Étoile Rouge de Belgrade - PSG : "Avec l’appui du Marakana, ce n’est plus la même équipe"

Football
INTERVIEW – Ce mardi soir, le PSG joue sa qualification pour les 8es de finale de la Ligue des champions contre l’Étoile Rouge, à Belgrade, dans la fournaise du Marakana. Damien Le Tallec, seul Français à avoir porté le maillot du club serbe, détaille ce qui attend les Parisiens.

Damien Le Tallec ne connaît pas spécialement bien la Ligue 1. Et pour cause : il n’y évolue, en tant que footballeur professionnel, que depuis cet été et son arrivée à Montpellier. Avant cela, le petit frère d’Anthony, aujourd’hui âgé de 28 ans, a beaucoup bourlingué en Europe de l’Est après avoir quitté Rennes, son club formateur, sans jamais avoir disputé un seul match avec l’équipe première, en 2009. Son parcours atypique l’a notamment conduit à jouer pour l’Étoile Rouge de Belgrade durant deux saisons et demi, de janvier 2016... jusqu’à cet été.

Tandis que le PSG doit s’y rendre, ce mardi soir, pour disputer un match couperet synonyme de survie (ou non) dans le tableau final de la Ligue des champions, le milieu défensif français décrit à LCI ce qui fait la spécificité de ce que l’on surnomme communément "l’enfer du Marakana", de son vrai nom le stade Rajko-Mitic, cratère bouillonnant de 55.000 places toujours rempli à ras bord, où l’Étoile Rouge n’a encore jamais perdu cette saison. Et qu’il connaît, pour le coup, comme sa poche.

Vous êtes devenu, en janvier 2016, le premier joueur français à porter le maillot de l’Étoile Rouge de Belgrade, qu’est-ce qui vous a attiré dans ce club au départ ?

Un ami qui jouait avec moi en Russie, au Mordovia Saransk, est parti dans ce club-là six mois avant moi. C’est d’abord lui qui m’en a beaucoup parlé. Ensuite, un de mes anciens coachs dans le Championnat russe y est allé aussi et a voulu que je le rejoigne là-bas. Ils me parlaient de ce stade magnifique, de l’ambiance exceptionnelle. En les écoutant, puis en voyant toutes les images, je n’ai pas hésité, d’autant que ça me donnait la possibilité de jouer la coupe d'Europe.

Historiquement, l’Étoile Rouge est un très grand club, vainqueur de la Ligue des champions en 1991, mais qui a perdu beaucoup de sa superbe au détour du XXIe siècle. Quand on le vit de l’intérieur, a-t-on toujours l’impression de se trouver dans un grand club ?

J’ai connu un grand club dans ma carrière, le Borussia Dortmund (il y a joué de 2009 à 2012, ndlr), où je suis resté deux ans et demi, comme à Belgrade. Ça, on peut dire que c’est un très grand club d’Europe. L’Étoile Rouge, je dirais que c’est un grand club de l’Est. Après, c’est sûr qu’il manque les infrastructures par rapport à un club comme Dortmund. Mais en vérité, ce sont les supporters qui font un grand club, et de ce point de vue, l’Étoile Rouge en est un, puisqu’il en a partout dans le monde. Et quand tu y es, tu sens beaucoup le poids de l’histoire, ils te rabâchent souvent qu’il y a eu des grands matchs à l’époque. Le club a un peu coulé il y a vingt ans. Mais ça fait bien trois ou quatre saisons maintenant que le club est bien reparti, et qu’il enchaîne les participations aux coupes d’Europe.

Le Marakana, j’ai des frissons rien que d’en parler.Damien Le Tallec

Quels sont vos souvenirs les plus forts de votre passage là-bas ?

Franchement, toutes les fois où j’ai joué au Marakana, tous les matchs de coupe d’Europe déjà, qui sont beaux à disputer... Quand on gagne nos deux titres de champion de Serbie dans ce stade, la première qualification en Ligue Europa après plus de 25 ans d’absence du club... Mais surtout les derbies contre le Partizan Belgrade. C’est une ambiance électrique... (il souffle). C’est vraiment impressionnant. En "déplacement", c’était encore plus spécial, parce que les deux stades sont à 100 mètres de distance. Je me souviens qu’on devait se changer et se doucher dans notre stade, avant de prendre un bus escorté par la police pour faire ce trajet de deux minutes. Pourquoi ? Je ne sais pas, il y avait peut-être un risque de voir des supporters du Partizan débarquer dans notre vestiaire. Il y avait même des policiers dans le tunnel menant au terrain. Il y en a aussi au Marakana.

Le Marakana, est-ce que la plus grosse ambiance que vous ayez jamais connue ?

Oui, de très loin. C’est le feu pendant tout le match, et même avant, tu entends les chants des supporters, dans les rues de la ville et autour du stade. De notre hôtel, on les entendait chanter toute la journée (rires). Ça te motive beaucoup. Puis quand tu entres dans ce stade, que tu vois des tifos recouvrant toutes les tribunes, que tu entends cette passion, cette ferveur... Ça te booste ! J’ai des frissons rien que d’en parler. Ça fait que j’ai vraiment aimé mon passage là-bas. 

Est-ce plus impressionnant que l’ambiance à Marseille, Saint-Étienne, ou même Dortmund ?

Oui, c’est beaucoup plus fort que ce qu’il y a en France ou à Dortmund. Parce qu’à Dortmund, il n’y a que le fameux mur jaune, le kop derrière un des buts, qui chante. À Belgrade, c’est tout le monde qui chante, c’est tout le monde qui est debout, pendant 90 minutes. Il n’y a personne qui est assis. Ça fait beaucoup, beaucoup plus de bruit. Et c’est beau à voir et à entendre.

Est-ce que les joueurs du PSG risquent d’être intimidés par cette ambiance ?

Personnellement, je ne pense pas. Au contraire, ça peut même les galvaniser, leur donner encore plus de motivation, de se retrouver dans une ambiance aussi énorme. On parle de joueurs qui sont des stars mondiales. J’imagine qu’ils prendront même du plaisir à être là. Mais bon, je ne suis pas dans leur tête non plus. On a vu que Liverpool a perdu là-bas (2-0), que Naples a fait match nul (0-0). Donc même si le PSG a battu l’Étoile Rouge (6-1) à Paris, tout peut arriver à Belgrade. L’Étoile Rouge à domicile ou à l’extérieur, c’est complètement différent. Avec l’appui de ce public, ce n’est plus la même équipe.

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