Finale de la Ligue des champions : Mauricio Pochettino, du PSG à Tottenham… et de Tottenham au PSG ?

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FOOTBALL – Finaliste surprise de la Ligue des champions (le 1er juin contre Liverpool), Tottenham doit beaucoup à son entraîneur, Mauricio Pochettino, qui a su sublimer un groupe de joueurs que personne d’autre que lui n’imaginait à ce niveau. Auparavant, dans une autre vie, l’Argentin avait été défenseur au PSG. Et ceux qui l’ont côtoyé alors ne sont pas du tout surpris par son ascension...

Dans la folle succession d’images et d’émotions fortes ayant accompagné les incroyables demi-finales retour de l’édition 2018-19 de la Ligue des champions, personne n’oubliera le visage déformé par les larmes de Mauricio Pochettino à Amsterdam, où son équipe de Tottenham a renversé la table en arrachant à l’ultime seconde son billet pour la finale au moyen d’une victoire 2-3. Et ce, après que l’Ajax avait remporté la manche aller à Londres (0-1) et mené 0-2 à la pause au retour...

Quelques minutes plus tard, tandis que l’entraîneur argentin était interviewé par RMC Sport, son capitaine, Hugo Lloris, a déboulé, l’a pris dans ses bras avec tendresse et s’est emparé du micro pour rendre l’hommage suivant : "Celui qui le mérite le plus, c'est lui, c’est le coach. Ça fait cinq ans qu'il est là. Ce n'est pas facile tous les jours mais on travaille dur. On l'a encore montré. L'équipe est forte dans la douleur. Dos au mur, on a su montrer notre caractère, à l'image de notre entraîneur."

À Tottenham, le gardien des Bleus est aussi celui du temple, étant un des rares joueurs à avoir rejoint le club avant son entraîneur, en 2012. Il se souvient donc qu’en 2014, quand Mauricio Pochettino a débarqué en provenance du modeste Southampton, on parlait encore de "Big Five" pour désigner les prétendants au titre de champion d’Angleterre. Aujourd’hui, c’est un "Big six", puisque les deux Manchester, United et City, Liverpool, Arsenal et Chelsea ont pris l’habitude de composer avec les Spurs, qui les dépassent désormais régulièrement au classement, occupant même systématiquement depuis 2015 (tiens, tiens) l’une des quatre places finales qualificatives pour la Ligue des champions.

Être l’entraîneur du PSG, ça fait partie de mes rêves.Mauricio Pochettino en 2016

Dans l’imaginaire collectif français, cependant, Mauricio Pochettino reste cet élégant défenseur central aux cheveux longs, qui a fait le bonheur du PSG durant deux ans, de 2001 à 2003. Une marque tenace au point que de nombreux supporters parisiens soutiendront les Spurs lors de la finale à venir juste pour lui. Et au point que l’entraîneur, fin 2016, a déclaré sur RMC : "J’ai toujours dit que ça me ferait plaisir de rejoindre un grand club comme le PSG, dont j’ai été le capitaine. Oui, ça me plairait d’être l’entraîneur du PSG. Ça fait partie de mes rêves. Donc pourquoi pas ? En tout cas, j'essaye de regarder tous leurs matchs, surtout en Ligue des champions. Je suis toute l’actualité du PSG."

Un amour réciproque qui a donc traversé le temps, mais bien au-delà encore de ce que l’on pourrait croire. Comme si tout avait été écrit dès le départ. Comme si Mauricio Pochettino était déjà, à l’époque, le coach brillant et convoité qu’il deviendrait. Sollicité par LCI, Éric Rabesandratana, qui avait fait la paire avec lui dans la défense centrale parisienne, se souvient ainsi d’"un mec très gentil, avenant et surtout positif, qui avait tout le temps la banane, même quand il bossait. Des choses qu’il a certainement gardées en tant qu’entraîneur. C’est sa personnalité, ce qu'il a toujours renvoyé. Il fait plus sérieux maintenant, parce qu’il doit faire attention à son image, mais celle qu’on a vue à Amsterdam, où il est chaleureux avec ses joueurs, et ému de cette réussite, elle correspond bien au Mauricio que j’ai connu".

Jérôme Alonzo, lui, nous raconte ceci :  "Il était défenseur central et moi gardien, donc on était très proches pendant les matchs, et lui a eu cette intelligence de savoir que j’arrivais d’un club moins huppé (Saint-Étienne, ndlr), que je sortais d’une saison compliquée là-bas, alors il m’a beaucoup parlé, même si j’étais un parfait inconnu pour lui. Avec un sportif, généralement, c’est la carotte ou le bâton. C’est basique, mais c’est comme ça. Bon, moi, je n’ai jamais aimé le bâton (rires). Il fallait donc me prendre par les sentiments, avec beaucoup d’empathie. C’est drôle, quand j’y repense, parce que Mauricio l’a tout de suite compris. Il était toujours très doux avec moi, très paternel. Il avait perçu que ce discours-là, visant à me faire prendre conscience des choses calmement, me remettait en confiance. Du coup, j’ai tout de suite été très bon au PSG."

Quand Luis Fernandez croise Moussa Sissoko...

L’ex-portier développe : "Cette présence un peu paternelle m’a beaucoup apporté. Et c’était au quotidien, pas seulement pendant les matchs, mais aussi pendant les jeux à l’entraînement, pendant les sessions de coaching tactique, etc. Il a toujours fait preuve d’une immense bienveillance envers moi, qui étais pourtant gardien n°2 à l’époque (derrière Lionel Letizi, ndlr). Je n’étais pas foncièrement important pour le groupe, mais lui considérait qu’on était tous importants pour le groupe. Il m’a donc traité avec une attention particulière, en sachant qu’un jour on aurait besoin de moi. Et ça s’est avéré payant, puisqu’on a fait deux belles saisons ensemble."

Dans ce même ordre idée, Luis Fernandez, l’entraîneur qui l’a fait venir à Paris en 2001, puis à l’Espanyol Barcelone en 2004, se rappelle à son tour : "J’avais croisé Moussa Sissoko il y a deux ou trois ans à une soirée. Il venait de signer à Tottenham mais ne connaissait pas encore bien Mauricio, et il se demandait pourquoi il ne le faisait pas jouer. Je lui avais répondu qu’il fallait qu’il soit patient, qu’il travaille, que Mauricio était quelqu’un d’humain, qu’il allait l’observer et lui donner sa chance au bout d’un moment. Et maintenant, ça fait bien un an, un an et demi que Moussa est redevenu titulaire. Mauricio lui a même donné une dimension que personne ne pensait qu’il atteindrait. Voilà, ça résume bien l’attachement qu’il y a entre ses joueurs et lui."

On pourrait presque dire que le 3e coach, c’était Mauricio. C’était un peu l’adjoint de l’adjoint.Jérôme Alonzo

Mauricio Pochettino fait donc assurément partie de ces entraîneurs ayant conservé un point de vue de joueur. Parce que, joueur, il voyait déjà comme un entraîneur ? "Oui, autant il y a des coachs, je n’aurais pas parié un euro qu'ils le deviendraient quand ils jouaient, autant Mauricio, c’était évident, confirme Alonzo. Il échangeait très souvent avec Luis Fernandez et son adjoint, Jean-Louis Gasset. On pourrait presque dire que le 3e coach, c’était Mauricio (rires). C’était un peu l’adjoint de l’adjoint. Il était très, très souvent avec eux. Et je me rappelle en avoir parlé avec Jean-Louis et Luis à l'époque, ils adoraient tous les deux échanger avec lui. Il posait des questions sur tout, il voulait savoir qui, comment on allait jouer. Donc quand un gars fait ça à 29 ans, et quand on connaît son caractère, son empathie, son intelligence, et surtout sa connaissance des hommes, là on se dit qu’il deviendra coach. Ça crevait les yeux."

D’ailleurs, quand Luis Fernandez rembobine, on ne sait pas bien s’il parle d’un joueur ou d’un entraîneur : "À lui seul, Mauricio maintenait une union dans le vestiaire. C’était un leader naturel, un personnage particulièrement apprécié, qui fédérait autour de lui. On croise peu d’hommes aussi rassembleurs, qui arrivent toujours à te rassurer quand tu leur parles, y compris dans les périodes plus compliquées. Lui te mettait toujours dans les meilleures dispositions psychologiques pour préparer un match. Il n’était jamais agressif. Toujours posé, calme. Et il posait beaucoup de questions très pointues sur nos schémas tactiques ou le jeu de l’adversaire, ses forces, ses faiblesses..."

"Le PSG a besoin qu'un de ses anciens reviennent entraîner l'équipe"Jérôme Alonzo

Après l’impensable exploit d'avoir propulsé les Spurs en finale de la Ligue des champions, beaucoup se demandent désormais si Mauricio Pochettino peut réussir à l’étage supérieur, là où l’oxygène se fait plus rare et la pression médiatique incessante. Par exemple, au hasard, au PSG. Pour Rabesandratana, pas de doute : "Bien sûr, je l’imagine très facilement entraîner un club comme Paris ou une grosse équipe européenne. Il n’y a aucune raison que la pression le déstabilise. Au contraire, ce serait une suite logique à tout ce qu’il a fait dans son parcours d’entraîneur. Déjà, en tant que joueur, il avait connu cette pression à Paris, et il n’y avait aucun souci. Franchement, je ne suis pas du tout inquiet pour lui. Il est prêt pour le job. Et il le mérite."

Alonzo va même un peu plus loin : "Non seulement je suis absolument convaincu qu’il peut réussir dans un club plus exposé, mais je crois que le PSG a besoin qu’un de ses anciens joueurs, qui a honoré les couleurs du club, revienne entraîner l’équipe première. Depuis Luis Fernandez au début des années 2000, il n’y en a plus eu. Pourtant, le PSG est à un moment de son histoire où il doit retrouver une unité, une identité, pour écrire une nouvelle page, plus importante. Depuis que le Qatar est là (2011, ndlr), on dirait que le club a oublié son passé... Et donc, pour aller dans ce sens de l’histoire que j’aimerais, et pour franchir enfin un palier en coupe d’Europe, Mauricio serait, à mon sens, le candidat idéal. En tout cas, il n’a rien à envier à Unai Emery ou Thomas Tuchel, c’est une certitude."

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