Pourquoi l’En Avant de Guingamp ouvre-t-il son actionnariat aux supporters ?

Pourquoi l’En Avant de Guingamp ouvre-t-il son actionnariat aux supporters ?

FOOTBALL – C’est une grande première en France : le capital d’un club de Ligue 1 sera ouvert, ce samedi, aux supporters. Entretien avec Bertrand Desplat, président de l’En Avant de Guingamp, à l’initiative de ce projet. Et paroles de supporters purs et durs.

La mise, minimale, est de 40 euros. La somme à débourser, à partir de samedi, et jusqu'au 29 avril (pour la première vague d'adhésion), pour les supporters de l'En Avant de Guingamp désirant devenir membres fondateurs de l'association "club des Kalon", qui regroupera les premiers "socios" de l'histoire du football français. En clair : ces supporters deviendront actionnaires de leur club de coeur, sur le modèle des clubs espagnols. L'idée étant qu'il y en ait, au final, autant que d'habitants dans la commune bretonne, soit 7000. Pour quoi faire ? Comment ça marche ? Le président de l'EAG repond.

LCI : Quel est l’intérêt pour l’En Avant de Guingamp (EAG) d’avoir des supporters parmi ses actionnaires ?

Bertrand Desplat : Tout part des valeurs qu’on porte. Il y en a quatre : humilité, combat, exigence et solidarité. Ce projet est avant tout solidaire. On affirme que notre club n’est confisqué par personne : il appartient à tout le monde. On l’a prouvé, puisque notre club est déjà détenu par une forme de coopérative d’entrepreneurs locaux. Nous avons 141 actionnaires, qui sont tous minoritaires par définition. Divisez 100% par 141 et voyez (rires). Ils ont donc décidé de partager entre eux un actif, qui est l’EAG. Mais il y avait un oubli : nos supporters. Il nous paraissait logique de le réparer en leur ouvrant en grand la porte du club. Tout supporter pourra ainsi manifester son attachement.

LCI : Au-delà du symbole, de quels pouvoirs disposeront-ils exactement ?

Bertrand Desplat : Nos projections nous laissent à penser que cette association du club des "Kalon" ("cœur" en breton) deviendra notre premier actionnaire, en termes de parts de détention de capital.

LCI : C’est-à-dire l’actionnaire majoritaire ?

Bertrand Desplat : Non, le premier actionnaire. Aujourd’hui, le premier actionnaire du club est autour des 6%. On peut imaginer que le club des Kalon obtienne plus que ça, en fonction de combien ils seront. Comprenez bien qu’on ne cherche pas à avoir un actionnaire majoritaire. Ce n’est pas notre modèle. En revanche, qu’au sein du collège des actionnaires de l’EAG, celui qui représente les supporters soit le premier actionnaire, ça nous paraît tout à fait intéressant. Dans ce cadre-là, l’actionnaire "club des Kalon" disposera des mêmes droits et des mêmes devoirs que l’ensemble des autres actionnaires. Il sera convoqué aux Assemblées générales (AG) du club, il votera les résolutions ou pas, fera ses contributions, et il proposera certainement d’être l’un des 18 membres du conseil d’administration (CA).

LCI : De combien de représentants disposeront les supporters auprès des instances du club ?

Bertrand Desplat : Il y a 141 actionnaires, bientôt 142 donc, et 18 administrateurs qui élisent leur président. Moi, je détiens une part du capital aussi réduite que les autres. Dans notre club, ce n’est pas celui qui a la plus grande part du capital qui décide. Nous fonctionnons dans la plus pure expression de la démocratie. Les actionnaires élisent leurs représentants au CA, qui élisent leur président. Nous faisons le pari de la compétence plutôt que celui de la puissance. Donc pour vous répondre, cette association des Kalon, de type loi de 1901, aura un comité directeur élu, composé d’un président, d’un trésorier et d’un secrétaire. Ces trois personnes-là représenteront le club des Kalon lors des AG du club. Et le président de cette association pourra candidater pour intégrer le CA du club.

LCI : Certains des supporters que nous avons interrogés se demandent ce qui se passerait si le club descendait en Ligue 2, que leur répondez-vous ?

Bertrand Desplat : Quand on est actionnaire d’une société anonyme, on l’est à titre définitif, quelle que soit la performance de la société. On ne peut pas être plus impliqué à long terme. On grave dans le marbre le lien capitalistique entre des supporters et l’entité qu’est la société anonyme.

LCI : On peut donc imaginer l’un de ces supporters devenir un jour président du club ?

Bertrand Desplat : Il aura autant de chances que les 141 autres actionnaires. Peut-être qu’on sera super heureux que ça puisse arriver un jour. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra faire campagne, porter un projet, puis avoir des résultats une fois devenu président. C’est un système ultra sain. Parce que si on n’est pas au niveau, on reste à la disposition du CA ou de l’AG, qui peut vous révoquer.

LCI : Quelle sera la vocation exacte de ce club des Kalon ?

Bertrand Desplat : D’avoir un rôle actif dans la vie du club. Son autre mission, aussi importante, sera de recevoir délégation du club, de gestion de sa politique caritative et solidaire auprès de l’ensemble du tissu d’associations costarmoricaines. Avec un principe très clair : pour chaque euro versé par un Kalon, le club abondera à la même hauteur, pour donner un élan de générosité supplémentaire.

LCI : Le projet sera présenté ce samedi, quand sera-t-il mis en application ?

Bertrand Desplat : Samedi à midi, pile. Chaque Kalon recevra un numéro personnel, qui lui sera attribué à vie. On ne connait pas encore aujourd’hui qui sera le n°1. Il reviendra au premier qui arrivera à se connecter sur le site kalon.bzh. Il pourrait venir de très loin. On a déjà des sollicitations qui viennent de New York, de Pékin, de Melbourne, d’Afrique, du Vatican récemment (rires). C’est quand même marrant pour un village de 7000 habitants.

Qu’en pensent les supporters ?

Julien, 28 ans, supporter assidu de l’EAG depuis "une vingtaine d’années"

"Je trouve que c'est une super idée. Ce qui est bien, c'est que ça implique les gens sur la durée. Même si le club retombe en Ligue 2 ou en National, tu es engagé avec. Donc tu sais que tous ces gens continueront à se mobiliser pour club. C'est pour moi l'actionnaire le plus pérenne. Pas celui qui va chercher à récupérer ses billes quand ça ira moins bien. A 40 euros, on n'a rien ou pas grand-chose à perdre individuellement. Je me dis que c'est une belle manière d'ouvrir le capital du club et de le faire grandir. Et tout ça, sans pour autant se vendre à un investisseur dont on ne sait pas vraiment quelles sont les intentions."

Denis, 59 ans, abonné dans la tribune Est du Roudourou, membre du kop "le Kop'ain"

"J'entends souvent  dans les tribunes la question  'et toi tu es kalon ?' Les réponses sont souvent positives et ceci malgré les conditions souvent modestes des spectateurs. Pour ma part je suis absolument enthousiaste à cette idée, cela permet d'encore plus s'identifier au club et de participer ainsi à son développement. L'EAG a été précurseur dans l’évolution des statuts, passant en SASP, puis faisant entrer de nombreux partenaires économiques locaux dans son capital. L'actionnariat populaire s’inscrit dans la continuité. Il ne fait que renforcer cette solidarité. Maintenant, le club appartient aussi aux supporters. Je vais probablement profiter de cette opération pour offrir à mon beau-père une part de cette histoire."

Alexandre, 35 ans, supporter de Guingamp depuis 1996 et bénévole au club

"L'idée d’œuvrer comme les clubs espagnols avec leurs socios germait depuis plusieurs mois, pas seulement à Guingamp mais aussi dans plusieurs clubs français. Certains clubs ont hésité, Guingamp l'a fait ! Une idée originale et inédite en France donc, mais finalement tellement logique quand on est l'En Avant de Guingamp. Un club populaire dans tous les sens du terme. Un club à l'esprit familial très ancré, des joueurs proches des fans, qui attire les regards, et pas seulement dans les Côtes d'Armor, de toute la Bretagne et encore plus ! Le souhait du club est d'atteindre autant de socios que d'habitants dans la ville, c'est-à-dire 7000. Un objectif qui, à mon avis, est largement envisageable pour toutes les raisons que je viens d'énumérer. Un timing très bien choisi également puisque le club a vécu de magnifiques moments ces dernières saisons, avec deux victoires en Coupe de France face aux voisins rennais, un parcours surprenant en Ligue Europa en 2015, ce qui a encore conforté sa popularité auprès du public. Le fait de devenir 'actionnaire' est surtout symbolique pour les supporters. Une association devrait être créée afin d'élire le ou les représentants de ces nouveaux socios auprès des instances du club. Il faudra voir ce que ça donnera dans le temps, quel sera le rôle des actionnaires à court mais aussi à long terme. Ce qui se passerait si le club venait à redescendre et retomber dans l'anonymat... C'est tout nouveau pour nous comme pour le club, et on n’a pas d'exemples directs en France pour comparer. Quoi qu'il en soit, ce sera certainement une réussite au début car cela va pérenniser la ferveur qui entoure déjà ce club d'exception."

En vidéo

L'Affiche du Jour du 19 février 2017 - Bordeaux - guingamp : "kalon" coeur en breton

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