Y a-t-il encore un patron chez les Bleus ?

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FOOTBALL – L’équipe de France aborde les deux derniers matchs des éliminatoires de la Coupe du monde 2018, face à la Bulgarie et la Biélorussie, dans un contexte anxiogène. La faute à un effectif considérablement rajeuni depuis l’Euro 2016. Et à un manque de tauliers dans les rangs ?

La défaite malheureuse en Suède (2-1), le 9 juin, avait été compensée par la victoire, a priori rassurante, contre les Pays-Bas (4-0), dès la reprise de la saison internationale, le 31 août. Mais, trois jours plus tard, patatras ! Le nul concédé à domicile face au Luxembourg (0-0) a rebattu les cartes en tête du groupe A des éliminatoires de la Coupe du monde 2018. À l’heure d’aborder les deux dernières rencontres qualificatives, en Bulgarie samedi 7 octobre, puis au Stade de France face à la Biélorussie le 10, les Bleus, tout vice-champions d’Europe qu’ils sont, n’ont plus le moindre droit à l’erreur. Une défaite les précipiterait dans de périlleux barrages, ou pire... Comment les hommes de Didier Deschamps en sont-ils arrivés là, après avoir survolé les débats durant neuf mois dans ces qualifications ?

Il est intéressant de noter, à ce sujet, que l’équipe de France, largement dominatrice face aux Luxembourgeois, s’est mise à déjouer lors de la dernière demi-heure du match. Cela disait l’incapacité des joueurs à supporter la pression : parce qu’ils ont craint de faire match nul, parce que cet embarrassant match nul se profilait concrètement au fil des minutes, ils ont perdu leurs moyens. Cela disait, surtout, un manque d’expérience et l’absence d’un esprit de corps. Qui est donc censé garder sa lucidité dans la tempête ? Précisément ceux que l’on appelle les cadres, ces grognards à même de rameuter les troupes, tels que l’étaient, durant l’âge d’or des Bleus, Zinedine Zidane, Claude Makelele, Laurent Blanc ou… Didier Deschamps.

Aujourd’hui sur le banc de touche, ce dernier n’a plus de relais de ce type sur le terrain, lui qui, pour aligner la meilleure équipe possible, en a été réduit, pour France-Luxembourg, à s’appuyer sur 8 joueurs de moins de 26 ans… Le premier réflexe, pour chercher un ou des tauliers, consiste à regarder du côté des leaders techniques de l’équipe. Ceux qui, par leur jeu et leur charisme, mènent les autres. Ceux-là se nommeraient Antoine Griezmann et Paul Pogba (blessé et suspendu pour ces deux matchs). Des joueurs qui se sont dispersés ce soir-là, et que le sélectionneur doit souvent recadrer et remotiver…

Vient ensuite la caution de l’expérience, celle-là même qui permettait à Patrice Evra de haranguer ses coéquipiers pendant l’Euro 2016, malgré des performances en dents de scie. L’expérience ? "Avoir une expérience au niveau international, c'est avoir 50 sélections", avait défini Didier Deschamps à son arrivée aux commandes en 2012. Le groupe actuel, affichant 19 sélections par joueur en moyenne, ne compte que trois joueurs répondant à ce critère : Hugo Lloris, Olivier Giroud et Blaise Matuidi.

Blaise Matuidi, de plus en plus menacé par l’émergence de N’Golo Kanté, n’est même plus certain d’être titulaire, et en est réduit à défendre comme il peut sa place dans le groupe ("Je fais partie des cadres", a-t-il rappelé mardi, comme s’il y avait un doute). Quant à Olivier Giroud, sa présence même dans les listes du sélectionneur n’a de cesse d’être remise en cause, du fait de son temps de jeu devenu famélique à Arsenal. Car oui, rappelons-le, le patron d’un vestiaire se doit d’être un titulaire indiscutable, sous peine d’être inaudible.

Reste, donc, seulement le capitaine, Hugo Lloris. Un capitaine que les observateurs qualifient de timide, voire de taiseux. "C’est un capitaine qui va seulement parler quand il le faut, avait nuancé Yohan Cabaye durant l’Euro. Il hausse même la voix quand il en ressent le besoin. Surtout, il montre l’exemple sur le terrain, par sa détermination." Didier Deschamps, lui, nous l’avait décrit ainsi : "Hugo a la légitimité. Il est reconnu par tout le groupe. Quand il parle, il sait se faire entendre. Il était déjà capitaine avant que j’arrive. Il l’est aussi en club. Avec le temps, il a pris plus d’assurance dans cette fonction. Il assume ses responsabilités mais elles ne lui pèsent pas. Ça se fait naturellement. En répétant les matchs, il a gagné en maturité." Problème : si la voix du gardien de but se fait entendre dans le vestiaire, elle porte rarement jusqu’à ses partenaires sur le terrain.

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