France-Ecosse : comment N'Golo Kanté est passé devant Yohan Cabaye

Football
EQUIPE DE FRANCE – Après avoir, toute une semaine durant, inclus Yohan Cabaye parmi ses titulaires potentiels lors des entraînements du stage des Bleus en Autriche, Didier Deschamps l’a finalement suppléé par N’Golo Kanté au dernier moment, vendredi soir, au moment de l’ultime mise en place tactique avant le France-Ecosse de ce samedi. Une indécision qui dit tout de la difficulté, et du caractère essentiel, du remplacement de Lassana Diarra.

"C’est une question déguisée, ça ! Enlève ton masque, je t’ai reconnu !" Didier Deschamps, en lançant cette pique à un journaliste qui lui demandait indirectement sa composition d’équipe, vendredi soir dans la salle de presse du stade Saint-Symphorien, à la veille du match France-Ecosse à Metz, affichait une mine étonnamment sérieuse. On s’est alors dit que le sélectionneur, habituellement si chambreur, portait les stigmates des accusations de racisme très violentes qui pèsent sur lui ces jours-ci. Mais pas que. Si le sélectionneur intériorise visiblement ses sentiments, il doute, aussi. La faute à la cascade de forfaits qui l’a conduit à revoir tous ses plans. En témoigne la façon dont il compte gérer l’absence de Lassana Diarra. Cas symptomatique s’il en en est.

Le retour miraculeux (mais inachevé) de Diarra

Rappelons d’abord le contexte : le destin des Bleus bascule lors du France-Ukraine (3-0) du 19 novembre 2013, barrage qualificatif pour la Coupe du monde 2014. Ce fameux soir, Yohan Cabaye devient la sentinelle attitrée des Bleus. Il le restera jusqu’au quart de finale perdu (0-1) contre l’Allemagne, le 4 juillet 2014, durant le Mondial brésilien, et même encore un an après cette défaite éventuellement fondatrice. Surviendra, à l’automne 2015, le retour quasi-miraculeux de Lassana Diarra, aussi fracassant qu’éphémère : la semaine dernière, le Marseillais a dû se résoudre à quitter le groupe, en raison d’une inflammation à son genou.

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La logique aurait voulu que Yohan Cabaye, transféré, durant l’été 2015, d’un PSG qui le considérait comme un second couteau à un Crystal Palace ayant fait de lui un leader technique, récupère sa place. Mais en mars, le milieu de Leicester a déboulé comme un chien dans un jeu de quilles et rebattu toutes les cartes de la hiérarchie de l’entre-jeu. Nous y voilà : Didier Deschamps, cette semaine en Autriche, a tous les jours inclus Cabaye parmi ses titulaires… Avant de le remplacer par Kanté, vendredi soir, lors de opposition de veille de France-Ecosse, répétition générale avant le dernier match amical de préparation, et donc avant le France-Roumanie du 10 juin.

On vous le confesse, on n’avait pas senti le coup venir, interrogeant vendredi soir Didier Deschamps sur la progression de l’ex-Lillois depuis deux ans. "A Crystal Palace, il a acquis du temps de jeu, mais dans un club qui ne joue pas le haut du tableau. Il a connu un gros passage à vide en fin de saison… Comme quelques autres de mes joueurs, il a eu une période de moins bien. Mais je connais ses qualités. Il a une expérience internationale. S’il est au même niveau qu’à la Coupe du monde, c’est déjà pas mal. Il n’a pas 22 ans (il en a 30, ndlr). Il a déjà un vécu important", a répondu le sélectionneur à metronews.

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La chance inespérée de Kanté

Une manière, finalement, de justifier son maintien sur le banc, avec diplomatie. Kanté, lui, a joué le haut du tableau cette saison avec Leicester, et fait valoir une certaine fraîcheur. On pourra rétorquer qu’il n’est pas une sentinelle de métier, et que sa titularisation nécessite de brider Blaise Matuidi dans ses projections offensives. Mais en même temps, Yohan Cabaye ne l’est pas non plus. "Ce sont deux joueurs qui peuvent évoluer à ce poste, voire un peu plus haut", a ainsi recadré Deschamps ce vendredi. Dès lors, on peut lire, dans sa décision d’inclure Kanté dans ses titulaires au dernier moment, deux interprétations : une marque d’hésitation ; ou de pur management, puisque le joueur initialement frustré (Kanté) se voit alors offrir une chance inespérée de s’imposer à long terme. Et n'a plus qu'à la saisir.

Comme si Deschamps voulait, dans le contexte anxiogène actuel, miser sur l'attrait de la nouveauté plutôt que sur une cohérence tactique très relative. On a, du reste, interrogé les deux bonhommes sur leur condition de remplaçant, avant le forfait de Lassana Diarra. "Il n’y a jamais rien d’acquis, ni dans le football, ni dans quoi que ce soit. L’important, c’est de toujours avancer, par le travail, et de rester au top de sa forme. Les circonstances donnent une motivation supplémentaire. Il faut conserver une marche à suivre, montrer qu’on est toujours là", nous a répondu Cabaye. Avant que Kanté nous dise, bien plus simplement : "Aujourd’hui, je connais mieux mes coéquipiers. J’espère faire mieux, si je peux."

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