Gérard Houllier : "Peut-être qu'on a été champions du monde en 98 parce qu'on a manqué le précédent Mondial"

Football

INTERVIEW - Ex-entraîneur du PSG, de l'OL et de Liverpool, ex-sélectionneur de l'équipe de France où il a côtoyé Michel Platini et Aimé Jacquet, avant d'animer des groupes d'experts à la Fifa et l'UEFA, Gérard Houiller a connu tous les aspects du football. À l'occasion de la sortie de son autobiographie, "Je ne marcherai jamais seul" (ed. Hugo Sport), il s'est longuement confié à metronews.

Pourquoi avoir choisi de vous raconter maintenant dans un livre ?
Parce que c'est le moment. Avant, j'étais encore acteur, et je ne concevais pas d'être à la fois acteur et spectateur. Je ne concevais pas de faire des commentaires sur les gens pendant que je travaillais avec eux. Ces derniers mois, j'ai connu une période de recul, qui m'a aidé à mieux comprendre et analyser les choses. Je travaille actuellement avec les clubs sous contrat avec Red Bull. Mais je n'ai plus le droit d'entraîner (pour cause de fragilité artérielle, ndlr), les médecins ont été clairs.

Est-ce que que ça ne vous démange pas de retourner sur un banc de touche ?
Ça me manquera jusqu'à mon dernier souffle. Quand on aime ce métier, qu'on a une forme de compétence pour l'exercer, on se dit tous les jours que c'est dommage ne plus être sur la pelouse avec les joueurs. Je suis devenu une sorte de directeur sportif aujourd'hui mais je ne pourrai plus travailler pour un club. Parce que même un dirigeant est soumis au stress des résultats.

Est-ce que se plonger très jeune dans le métier d'entraîneur comme vous l'avez fait donne un avantage en comparaison avec les coachs ayant d'abord été joueurs professionnels ?
Dans ce métier, plus vous êtes en mesure d'acquérir de l'expérience tôt, mieux c'est. On passe tous par différentes étapes. Avoir été joueur de haut niveau offre d'autres avantages. Et comme je ne l'ai pas été, il valait mieux commencer plus vite, en s'inspirant d'autres coachs. Moi, je me suis presque lancé par hasard. On m'a souvent dit qu'on ne pouvait pas entraîner au plus haut niveau sans avoir été joueur. Mais, en finale de la Coupe du monde 1994, les deux entraîneurs, le Brésilien Carlos Alberto Parreira et l'Italien Arrigo Sacchi, n'ont pas été joueurs ! C'est comme dire qu'il faut avoir été très malade pour devenir docteur.

Quels liens peut-on établir entre votre ancienne activité d'enseignant et celle d'entraîneur ?
Ça m'a donné l'habitude de tout préparer méticuleusement et ça m'a permis d'établir ma propre méthodologie. Après, s'exprimer devant une classe ou dans un vestiaire, ce n'est pas comparable, même si c'est de la communication. Un enseignant doit enseigner alors qu'un entraîneur doit convaincre. Surtout, un entraîneur dépend du jeu. Un jeu joué par d'autres. C'est-à-dire que vous ne le maîtrisez pas. Selon qu'ils jouent bien ou non, vous êtes un bon ou un mauvais entraîneur. Mais on découvre mieux les hommes dans le foot, on devient plus patients et attentifs, on a plus d'empathie que dans n'importe quel autre métier.

Est-ce que votre passage à la tête de l'équipe de France est le plus grand regret de votre carrière ?
Non ! Mon plus grand regret, c'est de ne pas avoir fait le doublé avec le PSG en 1986 (premier titre de champion de l'histoire du club mais élimination en demi-finale de la Coupe de France, ndlr). Quelques fois, je me dis même que le fait ne pas nous être qualifiés pour la Coupe du monde 1994 a été une opportunité pour tout le monde. Ensuite, il y a eu une accélération des remises en question. Ça a finalement permis d'avoir une équipe plus ambitieuse et revancharde en 1996 et 1998. Peut-être qu'on a été champions du monde parce qu'on a manqué le précédent Mondial.

Après le France-Bulgarie (1-2) fatal de 1993, il y a eu "l'affaire Ginola", sur laquelle vous revenez en parlant de votre fameuse déclaration ("Il a commis un crime contre l'équipe") comme d'une "énorme bêtise". Quels rapports entretenez-vous avec lui aujourd'hui ?
Aucun. Je regrette juste d'avoir employé ces termes sur le moment, mais je ne parlais pas de son centre raté à la fin du match (qui a abouti au but de Kostadinov, ndlr). Je faisais référence à la façon dont il a réclamé une place de titulaire par voie de presse quelques jours avant cette rencontre cruciale. Je voulais dire "faute grave". Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'en parler avec lui. La dernière fois qu'on s'est vus, c'était au tribunal. Et il a perdu.

Vous écrivez que David Ginola était "en décalage" avec l'équipe, comme "Zinedine Zidane devait l'être avec Raymond Domenech". Que voulez-vous dire par là ?
Vous avez suivi la Coupe du monde 2006, non ? Raymond Domenech l'a sorti à la 80e minute d'un match alors qu'il était suspendu pour le suivant. Il n'était pas très content, tout le monde l'a vu... C'est ce que son coup de tête à Materazzi a dû exprimer. Je l'ai vécu plusieurs fois avec des joueurs vivant mal leur situation. Être décalé, ça veut dire ne pas être en symbiose avec les valeurs du groupe et de l'équipe. Ou en vouloir à quelqu'un.

Vous avez côtoyé Michel Platini en tant qu'adjoint quand il était sélectionneur. Vous qui connaissez bien l'homme, comment vivez-vous les atermoiements qu'il traverse actuellement ?
Mal. Parce que je connais son intégrité et son honnêteté. Mais le temps va faire son œuvre et, à un moment, je pense qu'il sera capable d'expliquer une telle maladresse . Il va s'en relever. Je continue de penser qu'il est l'homme qu'il faut pour diriger la Fifa. Il a une vision moderne et son expérience à l'UEFA lui aurait bien servi...

On attendait de lui qu'il fasse le ménage à la Fifa...
Pas qu'il fasse le ménage mais qu'il mette en place un certain nombre de mesures pour promouvoir et développer encore plus le foot, notamment l'organisation de la Coupe du monde et d'autres compétitions.

Vous avez travaillé pour la Fifa, aviez-vous perçu de l'intérieur qu'il s'y passait des choses louches ou avez-vous été très surpris par la révélation de ces affaires ?
J'ai animé des groupes d'experts là-bas mais je n'y ai jamais travaillé ! Je n'ai rien vu et oui, j'ai été plutôt surpris.

Un dernier mot sur la Ligue 1. Ce PSG trop fort pour les autres équipes, est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?
Vous ne connaissez pas la nouvelle règle ? Ils doivent jouer à neuf maintenant (rires). C'est Arsène (Wenger) qui m'a dit ça récemment. Plus sérieusement, je trouve ça super d'avoir une équipe comme ça, en termes de dynamique européenne et de spectacle. Ce serait bien d'avoir deux ou trois clubs à ce niveau. On ne peut pas dire que le football français soit pauvre. L'OL ou l'OM doivent se battre, même si ce n'est que pour la 2e place. Le sport, c'est un défi permanent.

L'OL peut-il redevenir aussi fort qu'à l'époque où vous l'avez entraîné (de 2005 à 2007) ?
Une fois qu'ils seront dans leur nouveau stade, en janvier, ils pourront y créer quelque chose. Maintenant, ça ne s'était pas fait du jour au lendemain, il y a dix ans... Là encore, il faudra une progression. Ce sera possible s'ils arrivent à garder leurs meilleurs jeunes. La stabilité est essentielle.

Quelle équipe supportez-vous pendant un PSG-OL ?
Joker (rires). Je supporte le match nul ! En tout cas, je regarde tous leurs matchs, comme ceux du RC Lens. Ça me touche, ce qu'il s'y passe. J'espère vraiment qu'ils se maintiendront en Ligue 2. Gervais Martel se bat pour son club, il s'est presque ruiné pour lui... Je suis toujours de près les "3L", Lens, Liverpool et Lyon. Mais de mes anciens clubs, mon préféré, ça reste quand même le PSG.

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