Guy Roux fête ses 80 ans : la légende de l’entraîneur au bonnet en 10 anecdotes savoureuses

Guy Roux fête ses 80 ans : la légende de l’entraîneur au bonnet en 10 anecdotes savoureuses

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FOOTBALL – Mythique entraîneur de l’AJ Auxerre durant plus de 40 ans, Guy Roux fête ce jeudi son 80e anniversaire. À cette occasion, retour sur les 10 plus belles anecdotes qui ont servi la renommée du bonhomme.

Grâce à lui, les habitants de la Bourgogne ne sont plus les seuls à savoir placer Auxerre sur une carte de France.  Les amateurs de football aussi. Le passage de Guy Roux sur le banc de l’AJA, c’est l’histoire unique d’un coach qui a pris les rênes d’un club alors en division d’honneur, à l’âge de 21 ans, en 1961, pour le quitter quarante-quatre ans plus tard, en 2005, après lui avoir fait remporter un titre de champion de France de Ligue 1 (en 1996), quatre Coupes de France (en 1994, 1996, 2003 et 2005), et l’avoir hissé jusqu’en quarts de finale de la Ligue des champions.

Mais le passage de Guy Roux sur le banc de l’AJA, c’est encore bien plus que cela : de fameux coups de gueule, une radinerie légendaire, un bonnet, de vieux survêtements, de nombreux internationaux formés (Boli, Cantona, Cissé, Sagna...), la première utilisation des statistiques dans l’histoire du football français, le premier entraîneur à être aussi jardinier et trésorier d’un club, une marionnette aux Guignols de l’info, ou encore quelques spots publicitaires délicieusement ringards. C’est aussi, surtout, un paquet d’anecdotes comme on n’en fait plus. En voici dix particulièrement mémorables.

Il était un "gendarme"

Ce terme, employé par Taribo West dans une récente interview à Goal, n’est pas une référence au grand-père militaire de Guy Roux. Non, il s’agit ici de décrire comment l’entraîneur, "qui pouvait débarquer chez moi à 2 heures du matin" toujours dixit le défenseur nigérian, fliquait ses joueurs. "Dans le temps, dans les voitures, on voyait les compteurs kilométriques. J'avais mon carnet. Le soir, pendant que les joueurs dînaient... puis le lendemain matin à 7h30... je passais. Ils ont mis longtemps à deviner comment je savais ! Ils savaient que, s'ils étaient en ‘catégorie sorteurs’, ils avaient peu de chances de jouer. Quand on perdait, c'était de leur faute, même si ce n'était pas vrai", se remémore le technicien dans L’Yonne Républicaine

Une fois son entourloupe des compteurs découverte, il a eu une autre idée : tel un policier de l’ancienne école, il a fait des employés travaillant dans les péages autour d’Auxerre ses informateurs. "Il n'est jamais venu me chercher en boîte de nuit ou mettre des chaînes à ma voiture, comme il a fait pour d'autres. Mais à chaque fois que j'allais à Paris, je recevais un coup de fil du coach. Il me disait exactement où j'étais et à quelle heure j'étais parti. Je me suis souvent gratté la tête pour savoir comment il faisait. Après, on a compris le jeu. Quand on avait le temps, on faisait un détour par d'autres chemins. En tout cas, on prenait quand même le risque, puis on s'arrangeait avec lui, si possible", confiait Djibril Cissé à LCI en 2015.

Avant cela, il arrivait donc à Guy Roux d’aller cueillir lui-même les "sorteurs" au petit matin, devant une boîte de nuit parisienne, Basile Boli peut en témoigner. Alors les joueurs aussi ont dû se mettre à ruser. "Dans les boîtes, le DJ mettait une musique pour signaler que Guy Roux arrivait", a en effet avoué Lilian Laslandes. "La différence entre la réussite et l'échec, avait un jour philosophé l'entraîneur, c'est le soin apporté aux détails."

Il était prêt à tout pour faire des économies

Quand on le taxait de pingrerie, Guy Roux aimait à répondre qu’il avait connu la guerre. Il n’empêche, cette volonté absolue de "ne pas gâcher" a donné lieu à quelques scènes cocasses, dont une avait fait le tour des bêtisiers du monde entier dans les années 1990. On y voit l’entraîneur quitter son banc et courir tout autour du terrain, alors que se déroulait un quart de finale de Ligue des champions contre Dortmund en 1997, jusqu’au côté opposé du stade, puis s’arrêter devant la tribune et hurler en direction de supporters pour récupérer un ballon que l’un d’entre eux avait tenté de garder. Mission accomplie : il lui sera renvoyé. "Un ballon, c’est 500 francs" justifiera-t-il.

Il a rendu le Chablis populaire... en France

"Le Chablis était connu, mais il se vendait principalement à l’export, aux États-Unis. Le Chablis s'est rétabli en France grâce à la notoriété de Guy Roux. Il nous a fait une pub incroyable", affirme, au micro de France Bleu, Jean-Marc Brocard, l'un des plus gros producteurs de la région. Dès qu’il le pouvait, le coach mettait en effet en avant ce vin de Bourgogne, ne manquant jamais d’en faire la promotion publiquement, ni d’en offrir aux entraîneurs adverses ou aux journalistes. 

"Quand il venait en plateau, il était souvent accompagné d'amis vignerons qui ne venaient pas les mains vides. À chaque soirée de Ligue des champions nous dégustions quelques bonnes bouteilles", rembobine l’ex-journaliste de TF1 Roger Zabel. Même les politiques y avaient droit, jusqu’au sommet de l’État, puisque c'est avec une caisse de ce vin que Guy Roux avait remercié Jacques Chirac lorsque celui-ci lui avait remis la Légion d'honneur en 1999. Mais le Président n’avait pas daigné attendre "trois à quatre semaines" pour ouvrir une bouteille, comme l’entraîneur le lui avait recommandé.

Il est comme un père pour ses joueurs

"Il est venu me chercher à 14 ans, dans mon village. Il a dit à mes parents 'votre fils, il a les pieds en or et j'en ferai un international'. Il n'y avait pas de centre de formation à l’époque, donc il a dit à mes parents 'je vais le prendre chez moi'. J'ai cohabité avec François, son fils, pendant plus d'un an. Donc, j'ai eu évidemment des relations pratiquement père-fils pendant un an et demi avec Guy, se souvient Jean-Marc Ferri dans L’Yonne républicaine. En plus, il a tenu parole. J'ai été international : le premier qu'Auxerre ait formé."

Djibril Cissé, lui, nous a raconté ceci : "On eu de nombreuses prises de tête, au moins une dizaine. Comme un papa et son fils. Le lendemain, on se regardait, un peu embêtés, puis il me convoquait dans son bureau et me disait 'allez, on fait la paix.' Sans lui, rien n'aurait été possible pour moi. Aujourd'hui encore, si j'ai besoin de conseils sincères, donc pas intéressés, je me tourne vers lui. Je l'appelle souvent. La dernière fois, c'était pour avoir son avis sur ma prothèse de hanche."

Il a fait monter un autre club qu’Auxerre en Ligue 1

Guy Roux n’a jamais entraîné qu’une seule autre équipe qu’Auxerre, le RC Lens : une aventure qui n’aura duré que cinq matchs (pour quatre défaites) au début de la saison 2007-08. Guy Roux quittera prématurément le navire et Lens sera finalement relégué. Mais il faut aussi savoir que, dix-sept ans plus tôt, le même homme a promu à lui seul le même club en Ligue 1.

Il se rappelle, dans France Football : "En 1991, Lens perd les barrages pour remonter. Mais les circonstances ont fait qu’il n’y a que 19 clubs en L1 après les relégations de Brest et de Bordeaux (Nice avait aussi été relégué administrativement, ndlr). Moi, je suis en stage avec Auxerre dans les Alpes, près d’Annecy. Jean Sadoul, président de la Ligue, m’appelle avec son accent cévenol dont il abusait exprès. J’étais secrétaire général du syndicat des entraîneurs et il me dit ‘il faut absolument que vous veniez à notre assemblée, j’ai besoin de voix (c’était un vote, ndlr). Vous allez sauver un entraîneur !’ J’ai dit ‘comment je fais ?’ Il me répond 'je vous paye tous les frais, débrouillez-vous !’ J’ai pris un hélicoptère d’Annecy à Genève, l’avion de Genève à Paris, un autre hélicoptère m’a amené de Roissy jusqu’au stade de Levallois. Là une voiture de la Ligue m’attendait. La séance commençait vers 10 heures. J’ai fait l’appoint et Lens a été promu."

Il a refusé les Bleus... deux fois

"J'ai d'abord été contacté en 1994, après la défaite en Bulgarie, mais je sentais que j'avais quelque chose entre les mains à Auxerre et j'ai refusé. Ensuite, en 1998, j'ai de nouveau été sollicité. J'étais sous contrat. Hamel (Jean-Claude Hamel, président de l'AJA à l'époque ndlr) m'a demandé de rester. Là, je voulais rejoindre les Bleus. J'ai fait la gueule un moment. Ça a été ma plus mauvaise année."

Il a refusé... une île que lui a offerte Fidel Castro

C’était en 1993. Guy Roux passait alors ses vacances d’été à Cuba, et le Líder Maximo lui-même a tenu à le rencontrer pour le convaincre de développer le football cubain, moins populaire sur place que le base-ball, sport importé par les États-Unis. Pour ce faire, Fidel Castro propose de lui offrir une île cubaine pour le rémunérer. Mais le technicien ne venait pas de refuser une première fois l’équipe de France pour aller ainsi s’exiler loin de sa plus belle génération auxerroise.

Il a bloqué tout un stade libyen

Cette histoire-là date de 2005. Le coach veut tout faire pour que son attaquant, Bonaventure Kalou, rejoigne au plus vite ses coéquipiers pour disputer la finale de la Coupe de France. Problème : l’Ivoirien doit jouer un Libye-Côte d’Ivoire la veille au soir à Tripoli. Guy Roux contacte alors l’un des fils de Mouammar Khadafi afin que celui-ci empêche les supporters de quitter le stade pendant un quart d’heure après le coup de sifflet final, afin d’offrir une circulation fluide à son joueur pour qu’il rallie l’aéroport le plus rapidement possible. Une requête acceptée. Et Kalou a inscrit, le lendemain, le but de la victoire de l’AJA.

Il connaissait très bien François Mitterrand

En 1970, Guy Roux choisit d’effectuer toutes les mises au vert de son équipe dans la commune voisine de Château-Chinon. Et, à force d’y aller, il sympathise avec le maire, un certain François Mitterrand. Il trinquera même avec lui en 1974, pour célébrer la naissance de la petite Mazarine. Plus de vingt ans plus tard, l’entraîneur fera appel à son ami quand son ancien joueur, Éric Cantona, parti à Manchester, risquera de la prison ferme pour avoir frappé un supporter de Crystal Palace.

"Il faut que le président adresse un message de toute urgence à la reine d’Angleterre et qu’il lui dise que si Éric Cantona était condamné à une peine de prison ferme, les relations entre la jeunesse française et anglaise pourraient être sérieusement entachées." L’ancien attaquant s’en tirera avec des travaux d’intérêt général.

Il a assisté vraiment très tôt à son premier match de foot

Le match de Coupe du monde entre le Brésil et la Pologne se tient à Colmar en 1938. Dans les tribunes, une femme enceinte, Alice Roux, assiste à la rencontre. Le petit Guy naîtra quelques mois plus tard, le 18 octobre.  "C’est exact, j’y étais, confirmera-t-il une fois adulte. Je n’ai pas vu les buts mais c’est quand même la première des treize Coupes du monde où j’étais présent !"

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