Homophobie dans les stades : comment nos voisins européens perçoivent-ils la polémique ?

Football

VU DE L’ÉTRANGER – Si la question de l’interruption des matchs en cas de manifestation homophobe en tribunes fait couler beaucoup d’encre en France, ce n’est pas forcément le cas chez nos voisins des quatre grands championnats européens. Passage en revue.

Si l’on a tendance à considérer que, en général, on manque de recul sur soi, cela devient sans doute bien pire quand la confusion règne à tous les étages d’une polémique prenant de l’ampleur, mêlant débat de société, supportérisme et justice sportive, voire pénale, dans le football. C’est ce qu’il se passe aujourd’hui en France depuis que le gouvernement et la Ligue de football professionnel (LFP) ont entrepris de lutter contre l'homophobie dans les stades, entraînant des interruptions de match qui n’en finissent plus de faire débat. 

Nos voisins des quatre grands championnats européens peuvent-ils nous aider à y voir plus clair ? Focus, pays par pays, sur le traitement de cette actualité furieusement française.

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En Angleterre

Outre-Manche, l’homophobie est un sujet d'actualité central, y compris s’agissant de football. Si The Sun, le quotidien le plus lu du royaume, préfère consacrer ses pages de ce mercredi à des photos en maillot de bain de la sœur du défenseur français Aymeric Laporte, un tabloïd comme The Daily Mirror ou un quotidien aussi sérieux que The Guardian ont publié plusieurs articles sur le sujet dernièrement. 

The Guardian analyse même la situation en profondeur, pointant un problème de communication entre les instances sportives françaises et les supporters, déjà échaudés par la multiplication des interdictions de déplacement, et résolus à en découdre précisément parce qu’ils n’ont pas été consultés sur cette épineuse question de leurs chants.

Il est, du reste, à noter que, au cœur du mois d’août, quand les interruptions de match battaient leur plein dans nos contrées, Ryan Atkin, premier arbitre professionnel à avoir publiquement révélé son homosexualité, répondait sans le savoir à Noël Le Graët dans les colonnes du Telegraph : "Les remarques homophobes doivent être traitées de la même manière que les remarques racistes", proclamait-il en effet.

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En Allemagne

Outre-Rhin, où les supporters sont plutôt réputés pour leur bienveillance, on a eu beau chercher, aucun des grands journaux, qu’ils soient généralistes ou sportifs, n’a daigné accorder la moindre place à notre polémique. 

En revanche, la Tageszeitung, grand quotidien berlinois, s’était emparé du sujet dès la fin mars, saluant dans ses pages l’indignation de notre ministre des Sports Roxana Maracineanu, qui s’était émue d’avoir entendu des chants homophobes durant le PSG-OM du 17 mars, point de départ de toute cette affaire. “C’est une bonne chose car de tels commentaires sont quotidiens dans les stades de football”, pouvait-on lire dans le journal, qui considérait en outre que le terme de "folklore" alors employé par la présidente de la Ligue  de football professionnel (LFP), Nathalie Boy de la Tour, pour justifier ces chants, "défend[ait] implicitement la haine".

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En Espagne

De l’autre côté des Pyrénées, "ce n’est pas du tout un débat actuellement", nous dit l’un des correspondants de L’Équipe sur place. Ce mercredi, on dénombre ainsi seulement trois articles consacrés à nos interruptions de match ou au litige opposant Roxana Maracineanu au président de la Fédération française, dont deux sont issus de quotidiens généralistes (El Pais et El Mundo), contre un seul (très court) provenant d’un titre spécialisé dans le football (Marca). Ce mercredi, si l’on tient à chercher un prisme français dans l’actualité sportive ibérique, mieux vaut donc s’intéresser au nouveau penalty raté par Antoine Griezmann, la veille au soir face à Andorre (3-0), plutôt qu’à sa prise de position post-match en faveur de l’arrêt des rencontres.

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En Italie

De l’autre côté des Alpes, c’est le racisme et la discrimination territoriale nord-sud dans les stades qui accaparent l’attention. En conséquence de quoi, ni la question de l’homophobie, ni même l’emploi du fameux "vaffanc..." en tribunes, n’existent médiatiquement. "C'est un sujet qui n'est jamais abordé", confirme à LCI l’un des correspondants de l’AFP à Rome, spécialisé dans le sport. De fait, pas une ligne n’a récemment été consacrée à nos interruptions de match dans la Gazzetta ou le Corriere dello Sport. Tout juste nos voisins se souviennent-ils qu’en 2016, après un match, l’entraîneur Maurizio Sarri, alors en poste à Naples, avait traité Roberto Mancini, son homologue de l’Inter, de "pédé", ce qui lui avait coûté deux matchs de suspension et 20.000 euros d’amende. "J'aurais aussi bien pu le traiter de démocrate-chrétien", avait ensuite réagi Sarri.

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