Homophobie dans les stades : qu’en pensent les principaux acteurs du ballon rond ?

Football

AVIS - Plusieurs rencontres ont été émaillés de chants homophobes ces dernières semaines en Ligue 1 et en Ligue 2. Si la Ligue de football professionnel a sévi mercredi, fermant pour un match une tribune du stade de l'AS Nancy-Lorraine, qu'en pensent les principaux intéressés, à savoir les joueurs et entraîneurs ?

Ces dernières semaines, plusieurs incidents ont terni le déroulé de rencontres de football en France. Banderoles homophobes déployées, chants eux aussi homophobes entonnés... Conséquence, et pour la première fois en France, le match opposant Nancy au Mans le 16 août dernier (2-1), comptant pour la 1ère journée de Ligue 2, a été interrompu brièvement en raison de chants insultants.

La Ligue de football professionnel a d’ailleurs sanctionné le club lorrain d’un match ferme de suspension pour la tribune Piantoni, au stade Marcel-Picot. Du côté des joueurs et entraîneurs, si tous condamnent la nature des chants et banderoles, les avis divergent cependant quant aux sanctions et décisions à prendre en cas de nouveau faits d’homophobie dans les stades.

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L’entraîneur nancéien Jean-Louis Garcia craint ainsi que l’interruption des matchs et l’interdiction de ces chants ne fasse que mettre de l’huile sur le feu : "C’est toujours regrettable. On ne peut pas stigmatiser Nancy et l’ASNL sur ce genre d’événement. Il y a beaucoup de matchs qui risquent d’être arrêtés. En faisant ce genre d’annonces au micro, ne fait-on pas qu’attiser ce phénomène ?"

Son homologue manceau, Richard Déziré, condamne pour sa part "fermement ces chants homophobes". "Personne n’est à l’abri d’abrutis. J’ai apprécié la manière dont le club de Nancy a géré la situation. Il ne faut pas laisser passer ce genre de choses, ça n’a rien à faire dans un stade de foot ni dans un autre sport ni dans la vie en général."

Galtier pas favorable à un retrait de points

Pour l’entraîneur du LOSC Christophe Galtier, les sanctions contre les clubs ne sont pas justes envers les supporters n’ayant rien à se reprocher : "Faut-il intervenir de manière radicale pour arrêter un match ou faire un retrait de points ? Je ne pense pas. Comment vous voulez pénaliser des joueurs qui ne sont ni racistes, ni homophobes, parce qu’il va y avoir 1, 10, 100 personnes qui vont avoir des réactions racistes ou homophobes dans les tribunes ?"

"Même si ça fait partie de la vie des tribunes, si on pouvait se passer de ces chants et trouver un moyen de les empêcher, ce serait quand même mieux. Mais de là à sanctionner les joueurs, le match, à retirer des points à des clubs, ce serait trop injuste", ajoute-t-il. 

Il faut marquer le coup et que ça cesse.- Steve Mandanda, capitaine et gardien de l'OM.

Mercredi soir, lors de Nice-OM, la rencontre a également interrompu dix minutes pour des faits similaires. Une décision saluée par le capitaine et gardien du club phocéen, Steve Mandanda : "Je comprends totalement les arbitres. Il faut marquer le coup et que ça cesse. Le stade est censé être un endroit festif et de plaisir."

Pour le milieu niçois Wylan Cyprien, il ne faut toutefois pas tomber "dans une espèce de jeu" entre le public et la Ligue. "Tout le monde sait que ces insultes ont toujours existé avec les supporters, depuis la nuit des temps. Tout le monde sait aussi que ça ne vise pas la communauté gay et que ça vise d'autres personnes. Pendant des années, il y a eu des cris racistes dans les stades, encore récemment, et il n'y a pas eu d'interruption... Je ne suis pas là pour juger de ce qui est bien ou pas bien dans ces interruptions."

"Aujourd'hui, on est dans une situation où à chaque fois qu'il va y avoir ce genre de chants, on va être obligés d'arrêter les matchs et de couper le spectacle. On n'a pas envie d'en arriver là. En tout cas, ce serait bien qu'ils s'assoient autour d'une table avec les supporters et qu'ils discutent pour que les tensions s'apaisent", conclut le joueur de 24 ans. A ce sujet, la présidente de la Ligue de football professionnel Nathalie Boy de la Tour a d'ailleurs indiqué ce jeudi qu'une réunion aura lieu le 5 septembre prochain entre la LFP, des organismes de lutte contre l'homophobie et des associations de supporters.

Ce sont des choses inacceptables.- Patrick Vieira, entraîneur de l'OGC Nice.

L’ancien international français Patrick Vieira, aujourd’hui à la tête de l’OGC Nice, a lui aussi félicité le corps arbitral pour l’interruption du match : "L'arbitre nous a dit qu'il arrêtait  le match pour les deux: les chants et les banderoles. Je pense qu'il a eu totalement raison d'interrompre le match. Ce sont des choses inacceptables, le message a été clair, et l'arbitre n'avait pas le choix. Dans la forme, on aurait pu nous laisser plus de temps pour demander aux supporters d'aller enlever ces banderoles."

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