Insultes racistes et homophobes dans les stades : la LFP et la Licra lancent une fiche de signalement anonyme

Football
DISCRIMINATIONS – Pour endiguer le fléau des manifestations racistes et/ou homophobes dans les stades de Ligue 1 et de Ligue 2, la LFP et la Licra sollicitent les spectateurs eux-mêmes pour qu’ils dénoncent des faits délictueux sur Internet. Explications.

L’union entre la Ligue de football professionnel (LFP) et la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), officialisée en mars avec la signature d’une convention et le lancement d’un "plan de lutte contre les discriminations", a accouché, quatre mois plus tard, d’un premier bébé : ce mardi, Le Monde révèle en effet que l’ensemble des présidents de clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 ont été avertis par courrier, le 5 juillet, de la mise en place d’un nouveau dispositif qui entrera en vigueur dès la reprise de la saison 2019-20 (le 26 juillet pour la L2, le 9 août pour la L1). À savoir une fiche de signalement visant à identifier les auteurs d’insultes racistes, antisémites ou homophobes.

Ça va aider à cibler une minorité de personnes, plutôt qu’avoir une sanction disciplinaire qui touche l’ensemble des supporters.Nathalie Boy de la Tour

Comment ça marche ?

Concrètement, il s’agit d’un formulaire à remplir, par les spectateurs, sur le site Internet de la Licra, dans les 48 heures suivant le coup de sifflet final d’un match où une telle manifestation serait survenue. Étape préalable à l’ouverture d’un dossier par la Licra. L’idée étant d’"aider (une victime) à faire reconnaître qu’elle a été injuriée, insultée, discriminée en trouvant des témoins, faisant en sorte que l’auteur soit identifié, notamment grâce aux enregistrements vidéos, et rapidement sanctionné", explique Mario Stasi, président de la Licra. Charge, ensuite, à la Licra de transmettre ledit dossier à la LFP, dont la commission de discipline demeure souveraine pour sanctionner ou non.

À quoi ça sert ?

Lorsque Le Parisien avait demandé, fin mars, à Nathalie Boy de la Tour pourquoi on ne sanctionnait pas les insultes racistes ou homophobes de la même manière qu’on le fait avec les fumigènes allumés en tribune, la présidente avait ainsi résumé toute la difficulté de la tâche : "Les sanctions sont une application de la loi. Et on essaie d’identifier les fauteurs de troubles. Sur une tribune qui chante, vous conviendrez que c’est plus compliqué." Ce lundi, dans Le Monde, la dirigeante justifie donc ainsi le lancement de cette fiche de signalement : "C’est dans la droite ligne de ce qu’attendent les présidents de clubs, ça va les aider à cibler une minorité de personnes, plutôt qu’avoir une sanction disciplinaire qui touche l’ensemble de leurs supporters." Comme, par exemple, la fermeture d’une tribune.

Qu’est-ce que ça va changer ?

C'est déjà un moyen d'éviter un amalgame avec l'ensemble des spectateurs. Cela devrait, en outre, soulager les arbitres et les délégués de la LFP, à qui, parfois, de telles manifestations échappent. Cela pourrait aussi permettre de recouper des témoignages, quand les images de vidéo-surveillance ne permettent pas d’identifier clairement un ou plusieurs fauteurs de trouble. Enfin, l’outil a vocation à mieux mesurer l’ampleur du phénomène, la présidente de la LFP annonçant qu’elle publiera le "nombre de signalements chaque saison". "Il y aura un bilan chiffré. Il n’y a pas de tabou, il n’y a rien à cacher", argue-t-elle.

Et à part cette fiche ?

À part cette fiche, la LFP et la Licra insistent de concert sur la nécessité de la prévention. "Le racisme est autant le fruit de l’ignorance que de l’intention nauséeuse. Il faut s’attaquer à l’ignorance et ce, dès l’école", préconise ainsi le président de la Licra dans Le Monde. Des propos faisant écho à ceux de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, lundi sur France Info : "Il y a, je crois, une éducation nécessaire au ‘supportérisme’ qui passe par l’école, comme on apprend à aller au concert, au théâtre, à l’opéra. Vous savez, ça se fait à l’école aujourd’hui pour apprendre à devenir spectateur. Le spectacle de sport en général, pas que de football, pourrait devenir un objet à étudier à l’école dans ce cadre-là pour apprendre à devenir spectateur."

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