D’Évreux à l'équipe de France, l'ascension fulgurante de Dembélé

D’Évreux à l'équipe de France, l'ascension fulgurante de Dembélé

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PEPITE – Dix mois seulement après son premier match pro sous le maillot de Rennes, Ousmane Dembélé pourrait honorer sa première sélection en équipe de France ce jeudi face à l’Italie. Ses anciens entraîneurs nous racontent son ascension fulgurante.

"Crochet, crochet, crochet, Ousmane Dem-bé-lé". Cette chanson entraînante créée par les jeunes du club d’Evreux en l’honneur du petit nouveau de l’équipe de France (19 ans), susceptible de rêvetir le maillot des Bleus ce jeudi face à l'Italie (21h), résume à merveille ses prédispositions techniques. Sa vitesse, sa percussion et ses dribbles font un malheur depuis dix mois sur les terrains de Ligue 1 et de Bundesliga. 


Ces mêmes qualités avaient déjà sauté aux yeux d’Ahmed Wahbi, le premier éducateur du milieu offensif du Borussia Dortmund, à Evreux. L’homme qui l’a tout simplement convaincu de s’inscrire dans un club de foot alors que le petit "Ous", du haut de ses 6 ans, se contentait de taper dans un ballon sur un terrain vague d’Evreux. Il est revenu passer une tête pas loin de là lundi matin, offrant quelques maillots et serrant des mains aux copains, juste avant de prendre la direction de Clairefontaine, où Didier Deschamps l'a convoqué pour la première fois avec les grands. 

"Quand j’ai vu les touches de balle d’Ousmane, j’ai vite compris qu’il était en avance par rapport à ses copains, se remémore Wahbi. Je lui ai demandé si ça l’intéressait de jouer dans un club. Et il m’a répondu : 'Avec un arbitre ?' Je lui ai dit : 'Bien sûr, tu joueras comme à la télé, avec un arbitre et des maillots !' Il fallait que ses parents soient d’accord pour qu’il s’inscrive. Il a ramené ses papiers nécessaires le jour J et puis c’était parti !" La progression du gamin originaire de Vernon  "adorable, toujours souriant mais quand même un peu chambreur avec ses potes" est linéaire et conforme aux attentes qu’il suscite. Il faut dire que Dembélé consacre ses journées au football.  Très assidu aux entraînements, le futur international français s’est donné les moyens de ses ambitions et d’exister au haut niveau. Parfois au détriment de sa réussite scolaire.


"Le football, c’était sa vie. Il faut dire qu’à l’école il n’était pas terrible, terrible… S’il n’y avait pas eu le foot, je ne sais pas ce qu’il aurait pu faire. Quand il venait à l’entraînement, il amenait toujours son ballon personnel ! Au lieu d’avoir un cartable sous le bras, lui il avait son ballon, s’amuse son éducateur. Quand la séance était terminée, il continuait à jouer sur un terrain vague avec ses copains et son ballon." Jouer au football encore et encore. Même à 19 ans, quand il a été question de son transfert au Borussia Dortmund (15 millions d’euros) au sortir d’une saison exceptionnelle avec le club breton (12 buts, 5 passes décisives) auréolée d’un trophée de meilleur espoir de Ligue 1, ce facteur est entré en ligne de compte.

Il voulait aller au Borussia Dortmund et nulle part ailleursRolland Courbis

"Ce qu’il y a de bien, c’est qu’Ousmane est passionné. Il pense au côté sportif, il a du caractère. Il voulait aller au Borussia Dortmund et nulle part ailleurs, c’est quand même assez marrant, remarque Rolland Courbis, son entraîneur au Stade Rennais. Mais d’un autre côté, vu la politique du BvB, je trouve que c’est un choix compréhensible", continue Courbis. Pourtant, on a dit que les plus grands d'Europe, les plus belles écuries du continent, multipliaient les ronds de jambes. "Quand tu lui parlais du Barça, il te disait : 'Ok, si je deviens comme Messi, Suarez ou Neymar, j’irai au Barça. Mais pourquoi aller au Barça pour jouer 20 minutes ?' Ce sont des calculs qui sont logiques et qui démontrent qu’il est avant tout passionné de jouer. J’insiste sur le terme de jouer", poursuit celui qui conseille toujours le président du Stade rennais. 


Malgré un physique somme toute frêle (1.77 m pour 61 kg) , Dembélé sort du lot, remporte avec l'Evreux FC 27 les coupes régionales au nez et à la barbe des clubs professionnels du coin (Le Havre, Caen, Rouen). Et commence à véritablement se faire remarquer auprès de ces mêmes formations, désireuses de l'attirer dans leur centre de formation. "Dembouz' intéressait un peu tout le monde ! Il y avait les recruteurs du Havre, de Rennes, le PSG, Lens ou encore Lille… Mais c’est Rennes qui s’est montré le plus réactif et qui a pris ce dossier très au sérieux", rappelle Wahbi qui avait tout de même posé quelques conditions à son transfert.  "Je souhaitais que le club prenne en charge les parents d’Ousmane, leur trouve un petit job, un logement et ensuite il n’y avait pas de problèmes : Dembélé pouvait partir." Et devenir le phénomène que l’on connaît sous le maillot du Stade Rennais.

Aussi à l'aise du pied gauche que du droit

Lancé dans le grand bain de la Ligue 1 le 6 novembre 2015 par Philippe Montanier, Dembélé se démarque tout de suite par "sa fraîcheur, sa décontraction, son insouciance et sa jeunesse" (Courbis). Mais également par sa faculté à pouvoir jouer des deux pieds. Le principal intéressé était même incapable de dire sur quel pied il est le plus à l’aise. Alors imaginez son adversaire direct... "Il était fort techniquement des deux pieds. A l’entraînement, à chaque fin de séance, on terminait par un petit match où les jeunes devaient jouer avec le mauvais pied : le gaucher jouait du pied droit et inversement, souligne Ahmed Wahbi. Il a énormément progressé grâce à cet exercice."

Mais si le futur de Dembélé s'annonce doré et éclatant, sa marge de progression reste considérable. A l'heure de découvrir la Ligue des champions avec le Borussia  Dortmund, il devra encore gommer ses quelques petites scories qui lui font naturellement défaut. "Il doit continuer à progresser sur la variété de son jeu et à trouver le bon dosage entre dribbler et faire des passes, remarque Rolland Courbis. Aujourd'hui, ce dosage n’est pas encore parfait. Il faut qu’il rectifie ça tranquillement mais le plus rapidement possible. Il y a trop de dribbles et pas assez de passes. Mais le jour où il arrivera à bien doser ça, il sera  encore plus redoutable." Ça promet. 

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