Jean-Michel Larqué : "Les Verts de 1976 ont été la pierre angulaire de la renaissance du football français"

Jean-Michel Larqué : "Les Verts de 1976 ont été la pierre angulaire de la renaissance du football français"

INTERVIEW – Le 12 mai 1976, l’AS Saint-Étienne s’inclinait (1-0) face au Bayern Munich en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, se heurtant aux mythiques poteaux carrés de Glasgow. Quarante ans jour pour jour après cette malheureuse issue, le capitaine de ces Verts, Jean-Michel Larqué, publie un livre (Nos années en vert, ed. L’Artilleur). Et, pour metronews, mesure l’impact populaire et historique de cette aventure à l’échelle de tout le football français.

Qu’est-ce qui vous vient en premier à l’esprit quand vous repensez à cette fameuse finale de 1976 ?
Une épopée qui se termine par une défaite. Donc il y a à la fois tous les moments merveilleux vécus tout au long de la saison, et la déception finale qui atténue sérieusement tout le reste. On ne peut pas refaire l’histoire... Heureusement, la joie et la fierté qu’on en a tiré compensent cette déception.

Ce ne sont donc pas les fameux poteaux carrés qui vous viennent d’abord à l’esprit. Pourquoi sont-ils ancrés à ce point dans les mémoires selon vous ?
Parce qu’un jeune journaliste, qui n’avait jamais vu de poteaux carrés de sa vie, s’est étonné d’en voir en finale de Coupe d’Europe des clubs champions. Et il a eu raison d’en avoir parlé, après avoir vu des poteaux ronds toute la saison. C’était marrant et bien observé. Il en a conclu que s’ils avaient été ronds, on aurait marqué (les Verts ont touché deux fois la transversale ce soir-là, ndlr), ce qui n’est pas sûr du tout. Et donc la légende est venue de ce constat. Mais ça n’est pas venu des joueurs ni du staff. Nous, on ne s’était pas cherché d’excuses (rires).

Plus globalement, qu’est-ce qui fait que cette AS Saint-Etienne reste considérée comme un mythe, y compris par ceux qui n’étaient pas nés à l’époque ?
Il y avait une proximité entre nous et le public qui fait qu’on est devenus complices. C’est aussi sans doute dû au fait que le foot français était au fond du trou depuis de longues années à cette époque. Alors voir des petits hommes verts atteindre le sommet de l’Europe pendant trois ans, puisqu’il y a eu une demi-finale, une finale et un quart… Les gars qui ont au moins 45 ans aujourd’hui, c’est ce dont ils parlent. Quand ils avaient 16 ou 17 ans à l’internat, ou à la maison entre amis, à partager quelques tranches de jambon, du Coca-Cola et une boîte de biscuits… Je crois que les gens associent l’AS Saint-Étienne à des moments de plaisir.

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Et du coup, cette génération-là a toujours tendance à comparer une bonne équipe française à cette ASSE de 1976…
(il coupe) Oui, parce que c’était autre chose, mais pas sur le plan technique. Nous n’étions pas une équipe qui régalait. Aujourd’hui, nous serions plus l’Atlético de Madrid que Barcelone. C’est juste que le public se reconnaissait en nous. Nous venions du même milieu modeste, nous n’avions pas une vie tellement différente de la leur. Nous vivions parmi eux et nous étions toujours disponibles quand on nous abordait. Il y avait donc un profond respect mutuel.

Avec 40 ans de recul, quelle place occupe cette épopée des Verts dans le panthéon du foot français, par rapport au Reims de Batteux, à l’OM de Goethals,ou au FC Nantes de Suaudeau ?
Je suis bien mal placé pour en parler mais, pour l'anniversaire des 30 ans, il y avait eu un sondage où notre équipe occupait la première place. Aujourd’hui, les gens sont encore capables de vous donner la composition exacte de cette ASSE, et j’en ai été surpris. Une fois, alors que je me trouvais du côté du Puy du Fou, un ancien ministre (Philippe de Villiers) se disputait avec un écrivain (Denis Tillinac) pour savoir si l’arrière gauche était Farison ou Repellini (rires). Ils m’avaient pris à témoin parce qu’à midi, ils en avaient parlé sans arriver à se mettre d’accord. Ça touchait vraiment toutes les couches de la population. La preuve, c’est qu’on a été reçus par le président de la République après une défaite… Peut-être que nous sommes plus populaires que d’autres parce que nous ne cherchions pas à l'être.

On compare beaucoup le PSG actuel à ces équipes-là, est-ce juste selon vous ?
De la même manière qu’on ne peut pas comparer Jacques Anquetil et Bernard Hinault, on ne peut pas le faire avec des équipes évoluant dans des conditions totalement différentes. Zlatan Ibrahimovic marquera certainement les esprits… Bon, il leur manque quand même un petit coup de rein en coupe d’Europe. Le paradoxe, c’est qu’on ne considère pas les trophées nationaux qu’ils remportent. On a plutôt l’impression qu’ils réalisent une saison décevante. Il manque aussi le lien avec le public. Je ne pense pas qu’il soit possible de voir tous les Français supporter le PSG les soirs de Ligue des champions... Quand on affiche son objectif, il faut l’atteindre. À notre époque, l’entraîneur et le président ne fixaient jamais d’objectifs. Ce n’était pas la mode… On savait qu’il y avait une différence entre les paroles et les actes.

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L’Ajax de Cruyff, qui avait tout gagné au début des années 1970, a-t-il fait figure de modèle pour l'ASSE ?
Nous n’avions pas les mêmes joueurs. Nous n’avions pas de Cruyff. Il faut se souvenir qu’avant de devenir une star à Saint-Étienne, l’immense Johnny Rep était remplaçant à l’Ajax en 1970. Vous voyez ce que ça voulait dire. On parlait beaucoup de cette équipe et de cette génération exceptionnelle entre nous, mais on ne pouvait pas faire pareil. Vous savez, un cuisinier, s’il a de mauvais produits, il n’arrivera pas à sortir un grand plat. C’est la même chose pour un entraîneur avec ses joueurs. Il peut en tirer la quintessence mais il sera limité par leurs qualités techniques. Heureusement, il y a plusieurs manières de jouer au foot. On peut jouer comme le FC Barcelone et gagner. On peut jouer comme le FC Barcelone et perdre, aussi. C’est ce qui fait la richesse et la beauté de ce sport.

Est-ce que Robert Herbin, votre entraîneur d’alors, a montré la voie à Aimé Jacquet ? Est-ce que la France qui gagne, c’est celle qui bétonne ?
Non non non ! Je crois qu’à travers les campagnes de 1998 et 2006, le football français s’est affirmé. À travers Platini et Zidane, on considère quand même que le football français incarne une forme de technicité que d’autres n’ont pas. Dans nos centres de formation, on insiste plutôt sur une organisation défensive, probablement parce que c’est plus facile de défendre que d’attaquer. Mais Robert Herbin et Aimé Jacquet étaient des entraîneurs qui, avant de parler d'offensif ou de défensif, prônaient l’équilibre de l’équipe. Si Aimé Jacquet avait eu d’autres attaquants que ceux qu’il avait en 1998, il en aurait sans doute profité. Bon, il avait choisi de se passer de Ginola et de Cantona. Mais il y en a qui disent que Zidane s’est affirmé grâce à leur absence. Vous voyez, c’est le verre à moitié vide ou à moitié plein.

Est-ce que ce Saint-Etienne a contribué à la renaissance de l’équipe de France dans les années qui ont suivi, alors que le football français était dans le dur depuis presque 20 ans ?
Sans parler de déclic, on peut dire que ça a servi de base de travail intéressante à l’équipe de France, de 1978 à 1982, avec des jeunes comme Christian Lopez, Dominique Bathenay et Dominique Rocheteau. Il y avait Gérard Janvion qui était déjà là, aussi. Mais il ne faut pas non plus négliger les arrivées de Platini, de Giresse, de Bossis, de Trésor, qui ont été aussi déterminantes… Le mérite ne revient pas qu’à Saint-Étienne, mais ça a été la pierre angulaire de la renaissance.

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