Jouer au football avec la tête, est-ce dangereux pour les enfants ? Ce qu'il faut savoir

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PRÉCAUTION - Dans un entretien au Daily Mirror, l'ancien attaquant anglais Alan Shearer a fait part de ses inquiétudes concernant les dégâts neurologiques qu'ont pu engendrer ses nombreuses têtes tapées lors de sa carrière. Mais faire une tête au football est-il forcément risqué ? Jean-François Chermann, neurologue, a décrypté pour LCI ce "phénomène" au cœur des préoccupations des médecins.

Le football perd-il la tête ? Depuis quelques années, les études se multiplient et le débat est lancé : faut-il ou non interdire le jeu de tête (au moins à l'entrainement)  ? Si jusqu'ici la question - saugrenue - occupait surtout les spécialistes, elle a trouvé un second souffle grâce - ou à cause - d'Alan Shearer. Dans les colonnes du quotidien britannique Daily Mirror, l'ancien avant-centre de l'équipe d'Angleterre et de Newcastle a révélé souffrir de graves problèmes de mémoire. Après avoir pratiqué une batterie d'examens aux résultats "angoissants", il a confié craindre pour sa santé en raison des nombreuses têtes réalisées tout au long de sa carrière.


"Je pense qu'en additionnant celles que j'ai mises à l'entraînement et en match, j'ai dû mettre un millier de têtes", a expliqué l'ancien buteur des Magpies, parmi les meilleurs dans cet exercice avec 46 buts en Premier League. "S'il y a un lien entre frapper le cuir à coups de tête et des dommages sur le cerveau, je pense que je dois être sous le risque de la démence". De fait, ces propos interrogent sur les risques cérébraux liés ou non à la pratique du jeu de tête au football.

Un seuil de têtes à ne pas dépasserJean-François CHERMANN, neurologue

Ces derniers mois, une étude scientifique menée à l'Université de Stirling en Écosse démontrait que faire des têtes avec un ballon de foot avaient des conséquences désastreuses sur la mémoire et le cerveau. Les capacités mémorielles d'un joueur seraient réduites de 41 à 67% dans les 24 heures qui suivent un entraînement au jeu de tête. En février dernier, un autre travail de l'University College London Hospital et de l'Hôpital national britannique de neurologie et neurochirurgie avait pointé de son côté des risques plus élevés chez les footballeurs que chez des individus lambdas de contracter une maladie dégénérative


Interrogé par LCI, le neurologue Jean-François Chermann a fait des commotions chez les sportifs sa spécialité. "Il faut voir le problème de deux facons, les commotions et les sub-commotions. Ici, ce sont les sub-commotions qui nous intéressent. Une sub-commotion, c'est quoi ? C'est un coup sur la tête sans avoir une altération des fonctions cérébrales. Quelqu'un qui tape de la tête à répétition dans un ballon, est-ce que ça peut dommageable pour le cerveau ?", nous explique-t-il. "On s'est rendu compte qu'il y avait des anomalies, notamment ceux qui jouent derrière (les défenseurs, ndlr), par rapport au nombre de têtes réalisées. Il y a peut-être un seuil de tête à ne pas dépasser, pas plus de 1200 têtes par an." 


En 2011, une étude menée sur 32 volontaires avaient montré que des dégâts étaient constatés à partir de 1000 têtes par an, soit un peu moins de 3 par jour (2,7). Néanmoins, "on n'a pas assez de recul pour savoir quelle est l'incidence réelle de tout ça", a commenté le docteur Chermann. "Il faut des études prospectives", ou autrement dit de grande ampleur.

Ne faites pas faire de tête à vos enfants à l'entraînement

En ce qui concerne la prévention chez les enfants, le docteur Chermann juge qu'il faut "ne pas être alarmiste". "Il ne faut pas les empêcher de pratiquer le foot, le rugby ou d'autres sports. La pratique sportive a plus de bienfaits que de méfaits sur le corps." Toutefois, pour éviter tout dommage sur le cerveau chez les plus jeunes, "il faut utiliser un ballon en mousse ou mieux encore faire attention de ne pas faire de tête à l'entraînement". Une idée déjà appliquée aux Etats-Unis, où la Fédération américaine (US Soccer) a décidé d'interdire dès 2015 aux enfants de moins de 10 ans de faire des têtes à l'entraînement et en match. Pour ceux âgés entre 11 et 13 ans, le nombre de têtes est limité, à l'entraînement comme en match.

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