L’Allemagne sous le choc après la retraite internationale de Mesut Özil, qui se dit victime de "racisme"

L’Allemagne sous le choc après la retraite internationale de Mesut Özil, qui se dit victime de "racisme"

TENSION - L'annonce de la retraite internationale du footballeur allemand Mesut Özil pour cause de "racisme", vire ce lundi à la polémique outre-Rhin, certains dénonçant ses "jérémiades" alors que la Turquie salue son combat contre "le fascisme".

On pourrait penser que si l’Allemagne avait remporté la Coupe du monde 2018, elle se serait épargné la polémique qui l’agite ce lundi. Mais ce serait oublier un peu vite la pluie de commentaires racistes, en France et à l’étranger, qui a suivi le sacre des Bleus. Les questions liées à l’immigration crispent l’Europe entière et, cette fois, c’est l’annonce par Mesut Özil, le meneur de jeu d’origine turque de la Mannschaft, de sa retraite internationale qui cristallise ces tensions.

En cause : la photo prise par le footballeur allemand, au mois de mai, en compagnie du président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan. "J'ai deux coeurs, un allemand et un turc", avait ensuite justifié Özil pour tenter de calmer le tollé déclenché par ce cliché, tandis que de nombreuses voix s’élevaient pour réclamer l’exclusion du joueur de l’équipe nationale. En vain. Le sélectionneur, Joachim Löw, l’a maintenu dans son onze. Et l’Allemagne a finalement été éliminée piteusement dès le premier tour de la Coupe du monde. "Il aurait fallu envisager de se passer de lui", a lâché le manager de la Mannschaft, Oliver Bierhoff, évoquant "un manque de loyauté", après coup...

Malgré les impôts que je paye à l’Allemagne, les dons que je fais aux écoles allemandes, et la victoire à la Coupe du monde 2014, je ne suis toujours pas accepté dans la société.Mesut Özil

Muet depuis ce couac, Özil a publié un communiqué dimanche pour annoncer, à 29 ans, et alors qu’il reste titulaire à Arsenal, un grand club européen, son départ de la sélection. "J'ai rencontré le président Erdogan à Londres, lors d'un gala de charité. Pour moi, faire une photo avec le président Erdogan n'était en aucun cas politique. L'important, pour moi, n'était pas de savoir qui était le président, c'était de savoir que c'était le président. Que cela soit le président de la Turquie ou le président de l'Allemagne, mon comportement aurait été le même", argue-t-il. 

Avant de lâcher cette petite bombe : "C’est avec un cœur lourd et après beaucoup de réflexion que, à cause des événements récents, je ne jouerai plus pour l’Allemagne de matchs internationaux aussi longtemps que je ressentirai du racisme et du manque de respect à mon égard. (...) Lors de ces deux derniers mois, ce qui m’a le plus peiné est le mauvais traitement que m’a infligé la DFB (la Fédération allemande) et son président Richard Grindel. (…) Je suis allemand lorsqu'on gagne, mais un immigré quand on perd. Malgré les impôts que je paye à l’Allemagne, les dons que je fais aux écoles allemandes, et la victoire à la Coupe du monde 2014, je ne suis toujours pas accepté dans la société."

Il joue depuis des années comme une merde. Et désormais, il se cache derrière cette photo. Uli Hoeness

Accusée, la Fédération a répliqué ce lundi : "Nous rejetons catégoriquement le fait que la DFB soit associée au racisme, eu égard à ses représentants, ses salariés, ses clubs, les performances de millions de bénévoles à la base." De son côté, le président du Bayern Munich, Uli Hoeness, se joignant à une campagne médiatique dénonçant "une démission faite de jérémiades décousues" (Bild), en a remis une couche : "Il joue depuis des années comme une merde. Il n'a rien apporté à l'équipe nationale. Le dernier duel qu'il a remporté, c'était avant le Mondial 2014. Et désormais, il se cache derrière cette photo. Je suis très content que le fantôme arrête."

Tout cela a conduit Angela Merkel à s’exprimer, via son porte-parole : "La chancelière apprécie énormément Özil. C'est un grand joueur qui a fait beaucoup pour la Mannschaft. Son choix doit désormais être respecté." Derrière cette déclaration de soutien, le caractère symbolique du départ prématuré d’un symbole de l’intégration, mise à mal par l’essor sans précédent depuis 1945 de l’extrême droite en Allemagne. Katarina Barley, la ministre allemande de la Justice, a ainsi estimé qu'il s'agissait "d'un signal d'alarme lorsqu’un grand joueur de foot ne se sent plus représenté dans son pays à cause du racisme". De son côté, son homologue turc Abdülhamit Gül a, lui, salué Özil "qui, en quittant l'équipe d'Allemagne, a marqué le plus beau but contre le virus du fascisme". Un but peut-être, mais le match est loin d’être terminé.

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