5 mai 1992 : il y a 28 ans, l'enfer de Furiani

5 mai 1992 : il y a 28 ans, l'enfer de Furiani

RÉCIT - L'Assemblée nationale s'est prononcée ce jeudi en faveur d'un jour sans match de football le 5 mai, en hommage aux victimes de la catastrophe de Furiani. Il y a 28 ans, l'effondrement d'une tribune du stade Armand-Cesari, à Bastia, faisait 18 morts et plus de 2300 blessés. Retour sur ce triste 5 mai 1992 qui a meurtri la Corse.

5 mai 1992, il est 20h15. Jean-Pierre Paoli, le speaker du stade Armand-Cesari, invite les supporters de la tribune nord "à ne pas taper des pieds, surtout sur les parties métalliques". Depuis 19h, les responsables de la sécurité de Furiani s'inquiètent du comportement de la nouvelle structure montée à la hâte, sur laquelle travaillaient encore plus de 200 personnes la veille. Les tubes soutenant l'échafaudage, posés sur des cales en bois et des parpaings empilés mais non scellés, commencent à bouger. Des pièces de la structure métallique se détachent, dégringolent du sommet de la tribune et s'échouent en contrebas.

Sous la tribune, des techniciens s'affairent à resserrer des vices et boulons. À côté, les 18.000 spectateurs surexcités attendent le coup d'envoi de la demi-finale de Coupe de France entre Bastia et Marseille prévu à 20h30. Il est encore temps d'arrêter le match. Soudain, à 20h23, un bruit sourd se fait entendre. Tel "un château de carte qui s'écroule", une partie de la tribune nord - qui se révélera trop vite et trop mal montée - s'effondre. Aux cris de ferveur succèdent ceux d'agonie. Près de 3000 personnes, assises sur la vingtaine de rangs supérieurs, gisent, 15 mètres plus bas, dans un amas d'acier, de tôles et de sièges.

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Combien de secondes a duré la chute ? Cinq, dix ?- Claude FASANO, journaliste à La Marseillaise

"Combien de secondes a duré la chute ? Cinq, dix ? Impossible de savoir. Impossible de me souvenir de ces graines de temps qui ont décidé, toutes seules, de me placer dans le camp des rescapés plutôt que sur la liste noire. Coup de bol", racontait en 2012 à L'Humanité Claude Fasano, journaliste à La Marseillaise, qui était installé tout en haut de la tribune. "Impossible de me souvenir de ces secondes cruciales. Elles resteront toujours pour moi un trou noir. Et pourtant, vingt ans après, je n'ai rien oublié des moments qui ont précédé la tragédie", ajoutait le journaliste décédé en 2016. "Ni des heures qui l'ont suivie."

Dans la panique ambiante, retranscrite en direct à la télévision, les premiers secours s'organisent. Les joueurs, entrés sur le terrain, se pressent pour libérer les spectateurs coincés sur ce qu'il reste de la tribune. La pelouse se transforme en hôpital de fortune. À 21h, l'ordre d'évacuation est donné pour faciliter le travail des secours. Dans l'heure, une quinzaine d'hélicoptères et d'avions militaires et civils se posent sur le terrain et évacuent les blessés vers les hôpitaux corses, puis vers le continent. À 22h, Paul Quilès, alors ministre de l'Intérieur, déclenche le plan rouge face à l'urgence de la situation. Le premier bilan fait état d'un mort et de 50 blessés. À minuit, un bilan réactualisé fait déjà état de huit morts et plus de cent blessés. 

Dans les jours qui suivent, alors que le bilan du drame de Furiani s'alourdit, la polémique sur le manque de sécurité gonfle après les premières constations. La France s'interroge, la Corse pleure ses morts. Les premières responsabilités sont pointées. Lors du procès en 1995, les enquêteurs mettront en lumière les défauts d'assemblage de la tribune. Ils diront qu'elle ne pouvait que crouler sous le poids des milliers de spectateurs. Le bilan total des victimes fera état de 18 morts et 2357 blessés.

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