La Ligue 1 tente de s’exporter à l’étranger... mais elle a (encore) beaucoup de pain sur la planche

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RAYONNEMENT – La Ligue de football professionnel (LFP) envisage d'organiser l'été prochain "une tournée" aux Etats-Unis avec les clubs français qualifiés en coupe d'Europe (hors PSG). Une démarche qui s’inscrit dans la volonté de l’instance d’exporter le Championnat de France. Ce qui pose la question de l’engouement qu’il suscite hors de nos frontières.

En 2005, les droits télé pour la diffusion de la Ligue 1 à l’étranger s’étaient vendus pour quelque 3 millions d’euros. Le montant a grimpé, en 2013, à 30 millions, pour atteindre, en 2018, la coquelette somme de 80 millions, soit exactement l’objectif que s’était fixé la Ligue de football professionnel (LFP)... en 2005. L’instance en charge de l’organisation de la Ligue 1, de la Ligue 2 et de la Coupe de la Ligue ne compte toutefois pas en rester là, dans sa volonté depuis longtemps affirmée de mieux vendre son "produit" phare, la Ligue 1, hors de nos frontières. 

Mardi, elle a annoncé, via son président Didier Quillot, son intention "d'organiser un mini-tour aux États-Unis à l'été 2019 avec quelques clubs européens français" pour assurer "une promotion de leur marque" sur ce marché stratégique. La LFP a aussi indiqué qu’elle allait reprogrammer "un match de Ligue 1 à 13h", afin que le public asiatique, et plus particulièrement chinois, puisse le regarder en prime time.

Il est impossible de voir un match de l'OM aux États-Unis !Jacques-Henri Eyraud, président de l'OM (club sous capitaux américains)

Il y a dix ans de cela, exporter la Ligue 1, si souvent raillée en France pour son jeu minimaliste et son manque de glamour, aurait pu paraître saugrenu. Mais depuis que le Qatar a racheté le PSG en 2011, et y a fait venir un nombre conséquent de stars internationales, l’idée a fait beaucoup de chemin. Mais notre Championnat dans sa globalité séduit-il pour autant ?

Le montant de 80 millions d’euros, en tout cas, ne le dit pas, car il s’agit en fait de la somme réglée par beIN Sports à la LFP pour que le groupe qatari utilise ensuite ces droits de diffusion comme il l’entend à l'international. Le cas de l’Amérique du Nord et centrale illustre bien le micmac : beIN Sports y a vendu les droits à ESPN, qui peut diffuser les matchs sur tout le continent... Sauf aux États-Unis et au Canada, où beIN Sports reste l’unique diffuseur. Problème : la chaîne fait partie, là-bas, d’un bouquet premium dont l’immense partie de la population américaine n’a jamais entendu parler. Ce qui a fait dire à Jacques-Henri Eyraud, le président de l’OM, qu’il "est impossible de voir un match de l'OM aux États-Unis !"

Aucun match de Ligue 1 visible au Brésil !

Autre incongruité : au Brésil, pays de la plus grande star de la Ligue 1, Neymar, où chacun de ses faits et gestes est scruté, aucun chaîne locale n’a daigné payer pour diffuser de la Ligue 1 en direct. Ce qui dit bien une forme de désintérêt, qui s’étend d'ailleurs au-delà en Amérique du Sud. "Culturellement, l'Espagne et l'Angleterre ont des avantages sur nous. En Amérique du Sud, on parle espagnol donc on va regarder la Liga. Aux Etats-Unis, on va regarder la Premier League. On a du retard par rapport à ça", expliquait Mathieu Ficot, directeur du développement économique de la LFP, au site Goal.com.

En Chine, la Ligue 1, ce ne sont encore que des statistiques.Un journaliste chinois

En Afrique du Nord, BeIN Sports fournit elle-même la quasi-intégralité de l’offre Ligue 1, comme en Asie (hors Chine) et dans le Pacifique. En Afrique subsaharienne, les droits ont été revendus à Canal+ Horizon, et en Chine à OTT Sports, pour des montants n’ayant pas été communiqués (mais qui représentent au moins la moitié des 80 millions d’euros évoqués précedemment). 

Les audiences elles-mêmes, du reste, sont globalement inconnues, y compris en Europe, où une chaîne différente par pays a acheté les droits, et où l’on consomme plus de Ligue 1 que par le passé (le PSG, l’OM et l’OL y sont désormais diffusés chaque week-end), mais où l’engouement reste bien moindre que pour la Premier League, la Liga, la Bundesliga allemande et la Serie A italienne, pour peu que le téléspectateur s'attarde sur un Championnat étranger.

L'Eldorado chinois

Il n’y a que pour la Chine que des chiffres ont été communiqués. Et pour cause : ils sont bons, et laissent entrevoir de grosses perspectives de croissance. En mars 2018, la rencontre Nice-PSG, décalée à 13h, avait réuni près d’1,6 millions de téléspectateurs chinois, "soit une audience 16 fois supérieure à la moyenne pour un match de Ligue 1", s’était alors enorgueilli la LFP. Puis en août, le Trophées des champions entre Paris et Monaco, organisé à Shenzen (41.237 spectateurs dans le stade), a fait encore mieux, avec 3 millions de téléspectateurs. Ce qui aide à comprendre pourquoi c’est en Chine que la LFP a ouvert son tout premier bureau étranger. Et pourquoi le PSG ira y faire sa tournée l’été prochain, snobant celle de la LFP.

"Le football est vraiment important aujourd’hui en Chine parce que les gens ici en regardent chaque week-end, indiquait Zhou Yin, journaliste de CCTV, à RMC en août. La Ligue 1 a du potentiel, mais elle est encore un petit peu nouvelle ici. Pour nous, la Ligue 1, ce ne sont encore que des statistiques. Principalement à cause des horaires, et de l’exposition des clubs français, liée à leurs performances en Ligue des champions." Sur ce dernier point, fondamental, la LFP ne pourra jamais faire grand-chose. 

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