L'arrivée de Cabaye marque la "francisation" du PSG

L'arrivée de Cabaye marque la "francisation" du PSG

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FOOTBALL - Il fut un temps, pas si lointain, où le Paris Saint-Germain version Qatar était considéré comme une sorte de club italien. Déjà un lointain souvenir... Récit de la mise en place d'une politique sportive aux airs de rêve d'intégration, comme une utopie perdue dans un football moderne toujours plus mondialisé.

La polémique n'a pas duré mais elle a eu le mérite d'exister. Le 1er décembre, lors de la large victoire (4-0) du PSG face à l'OL, l'entraîneur parisien Laurent Blanc avait aligné, pour la première fois de l'histoire de la Ligue 1, un onze de départ sans le moindre joueur français, et se l'était vu vertement reprocher. Metronews avait ensuite rebondi sur ce semblant de débat, soulignant que Paris s'était piteusement incliné (2-0) à Évian quatre jours plus tard avec cinq Tricolores titulaires dans ses rangs... Le sujet prêtait, en fait, d'autant moins à discussion que les propriétaires qataris avaient impulsé depuis presque un an une "francisation" du club. Une politique sportive trouvant son apogée dans l'arrivée de Yohan Cabaye .

Où trouve-t-elle son origine ? Sans doute dans les desseins initiaux de l'État du Qatar, mais surtout dans la mise en retrait de ceux-ci derrière l'omnipotence de Leonardo. Le directeur sportif avait en effet immédiatement profité de la méconnaissance du milieu du foot de ses nouveaux employeurs pour prendre ses aises, désignant Nasser Al-Khelaïfi comme président à sa place pour se trouver moins exposé tout en conservant les pleins pouvoirs sportifs. Face à son obligation immédiate de résultats, le Brésilien avait alors vite fait jouer ses réseaux en Serie A, donnant au PSG de Qatar Sports Investments (QSI) une coloration très italienne, à l'excellent rapport qualité-prix.

Leonardo en janvier 2013 : "J'apprécie beaucoup Cabaye"

Des joueurs (Pastore, Ibrahimovic, Thiago Silva, Verratti, Lavezzi...) à l'entraîneur (Carlo Ancelotti) en passant par les dirigeants (Jean-Claude-Blanc, ex-Juventus), Leonardo s'était ainsi constitué un socle de protection tandis qu'il critiquait à tout va dans la presse le retard pris par un football français frileux par rapport à ses voisins européens. Et il ne faisait pas bon, aux dires de certains, être français au Paris Saint-Germain durant l'année 2012. Mais début 2013, stupeur ! "L’idée de voir de grands joueurs français revenir me plaît. Je pense à Nasri, Ribéry ou Cabaye", lâche le Brésilien, comme si de rien n'était, dans La Gazzetta dello Sport. Avant d'insister : "Les Français brillent à l’étranger, comme Cabaye que j’apprécie beaucoup."

Invité dans la foulée à commenter ces propos, l'entraîneur Carlo Ancelotti ne comprend pas : "Ce n'est pas obligatoire d’acheter des joueurs français, mieux vaut les joueurs qu’il faut pour améliorer l’équipe." Quelques jours plus tard, dans un entretien accordé à L'Équipe, le directeur sportif tresse des louanges à son président, comme pour lui rendre sa légitimité : "Le seul décisionnaire au club, c'est Nasser." On connaît la suite : énorme colère dudit Nasser Al-Khelaïfi après la défaite du 2 mars à Reims (1-0), départ précipité d'Ancelotti en juin pour le Real Madrid puis démission surprise de Leonardo mi-juillet. Quelle que soit l'interprétation faite de cette suite d'évènements, le résultat est le même : en quelques semaines, le Qatar a très officiellement repris la main.

Nasser Al-Khelaïfi mardi : "Il est très important de recruter au PSG des joueurs français"

Pour remplacer l'Italien sur le banc, les médias citent Mourinho, Benitez, Mancini, Pellegrini, Villas-Boas, Hiddink, Capello, Laudrup puis Rijkaard. Autant de noms étrangers faisant passer le choix de Laurent Blanc pour une alternative par défaut. "Personne n'a refusé le poste d'entraîneur", assure pourtant Nasser Al-Khelaïfi dans la foulée. Comme un symbole, le jour de l'intronisation du nouveau coach, quelques jours avant la démission de Leonardo, le Brésilien ne monte pas sur l'estrade pour la première fois, restant assis au premier rang de l'auditorium pour regarder son président mener le bal... Moins d'une demi-saison plus tard, les mêmes médias évoquent la prolongation du contrat du Cévenol. Et cet hiver, Cabaye débarque, après que l'homme fort du PSG a déjà publiquement émis le souhait de recruter Pogba l'été prochain et admis son intérêt pour Griezmann .

De quoi raisonnablement imaginer que Leonardo ne faisait que relayer la parole présidentielle il y a un an. Surtout à la lecture des déclarations de Nasser Al-Khelaïfi, mardi dans L'Équipe, dont la ressemblance avec celles de l'ex-directeur sportif est frappante. "Cabaye est français et il est très important pour nous de recruter au PSG des joueurs français, de les ramener dans le Championnat de France. Quant à Pogba, il fait partie de ces excellents joueurs français que nous regardons", affirme ainsi le bras armé de l'actionnaire. Tandis que, de son côté, Carlo Ancelotti, qui stigmatisait il y a peu le manque de rigueur culturel des footballeurs français , n'y comprend toujours rien.

Lire aussi : notre interview de Nasser Al-Khelaïfi

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