Le Ballon d'or a-t-il vraiment changé d'esprit ?

Le Ballon d'or a-t-il vraiment changé d'esprit ?

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DÉCRYPTAGE - Comme Lionel Messi avant lui, Cristiano Ronaldo a remporté le Ballon d'or 2013 sans avoir glané le moindre titre durant l'année civile. Faut-il donc en déduire que marquer des buts a désormais plus de valeur que les grandes conquêtes collectives ?

Que reste-t-il encore du Ballon d'or ? La question mérite d'être posée tandis que le malaise grandit d'année en année, et pas à cause des choix de costume toujours plus audacieux de Lionel Messi pour assister à la cérémonie. Une nouvelle fois en ce début de XXIème siècle, la plus haute distinction individuelle dans le sport le plus collectif qui soit a été décernée lundi soir à un joueur (en l'occurrence, Cristiano Ronaldo) qui n'a remporté aucun titre durant l'année civile et n'a pour lui "que" d'ahurissantes statistiques. Mais comment s'explique cette incongruité, si c'en est bien une ?

Le sentiment général a, en tout cas, été parfaitement résumé lundi soir par le président de l'UEFA, Michel Platini  : "Cristiano Ronaldo fait un très beau Ballon d'or mais je suis déçu. L'an prochain, on va revenir, et ce sera Messi-Ronaldo, dans deux ans ce sera Ronaldo-Messi, dans trois ans ce sera Ronaldo-Messi... Je suis déçu car le Ballon d'or, pendant cinquante ans, a tenu compte du résultat, du palmarès sur le terrain. Là, on en est à la valeur globale des joueurs et ça pose problème. Il y a un petit quelque chose qui a changé dans le Ballon d'or depuis qu'il est passé à la FIFA. Franck, qui a tout gagné, aurait pu l'avoir, ça pose problème. Un Espagnol qui ne le gagne pas en 2010 (après avoir remporté le Mondial, ndlr), ça pose problème. Pour Franck, c'était l'année ou jamais, comme pour les Espagnols en 2010."

Le changement est effectivement facile à dater : c'est en 2010 que le Ballon d'or France Football a fusionné avec le prix Fifa du joueur de l'année pour devenir le Ballon d'or Fifa France Football. Seule conséquence concrète : les collèges de votants ont eux aussi fusionné, les sélectionneurs et les capitaines des 208 pays affiliés à la Fifa élisant désormais le meilleur joueur du monde au même titre que les journalistes, les seuls qui avaient voix au chapitre dans l'ancienne formule. Ils ne représentent plus aujourd'hui qu'un tiers des votants. Et force est de constater que, depuis l'avènement de cette fusion, seul Messi avait été distingué (quatre fois de suite) avant Ronaldo lundi soir.

Jean-Pierre Papin : "Sortir une liste de trois, c'est injuste"

Mais la Fifa en est-elle directement responsable ? Oui et non. Non, parce que personne ne peut raisonnablement affirmer que les capitaines et les sélectionneurs connaissent moins profondément le foot que les journalistes. Oui, parce qu'en plus d'avoir prolongé au dernier moment la durée du scrutin cette année, l'institution a bouleversé l'esprit du trophée dans sa forme, comme le pointait justement Jean-Pierre Papin, lauréat en 1991, dans nos colonnes dimanche : "Je ne dis pas qu'avant, on ne regardait pas les statistiques individuelles, ça m'avait bien servi pour le gagner (en 1991, ndlr), mais ce n'est plus pareil. Déjà que sortir une liste de 23, c'est compliqué, sortir une liste de trois ensuite, je trouve ça injuste."

Disons, en tout cas, que c'est précisément en cela que le trophée a pu changer. Et ce, dès 2010. "Ça me rappelle étrangement ce qui était arrivé à Sneijder, prédisait ainsi Papin. Il méritait vraiment le Ballon d'or. Comme Ribéry, il avait tout gagné (un triplé Ligue des champions-Serie A-Coupe d'Italie avec l'Inter) sauf la Coupe du monde (il avait échoué en finale contre l'Espagne, 1-0 a.p, ndlr). Et finalement il ne l'a pas eu. Voilà. J'ai peur que, de la même façon, Franck ne le gagne pas juste parce que Ronaldo a survolé le barrage et la fin d'année." Précision importante : en prenant en compte les seuls votes des journalistes, sur le modèle de l'ancienne formule, Sneijder aurait été élu cette année-là, exactement comme Ribéry lundi soir.

Que dit le règlement du Ballon d'or ?

Le nouveau mode de scrutin serait donc moins pointu et plus axé sur le business, comme une cérémonie des Oscars, récompensant d'abord ceux qui font le plus vendre, donc ceux qui marquent le plus de buts. Mais c'est oublier trop vite que les deux tiers des votants sont des sélectionneurs et des joueurs, et que du Chili à la Guinée en passant par l'Allemagne, les points de vue sont forcément très différents. Le "meilleur" est-il celui qui gagne le plus de titres avant d'être celui qui marque le plus de buts ? Quid des passeurs et des défenseurs ? A-t-on, de toute façon, déjà pu mettre tout le monde d'accord ?

"Là, Ribéry le mérite non seulement parce qu'il a gagné des titres, mais aussi parce qu'il a été bon. Alors que quand on parle de Ronaldo, il n'est question que de sa dimension individuelle. Moi, je pars du principe qu'en football, il faut des résultats. Un Ballon d'or, c'est un tout, pas juste une récompense individuelle. Je veux dire qu'on n'est jamais Ballon d'or tout seul. Il ne faut pas l'oublier. On est seulement la pointe de l'épée, pas l'épée entière", clame, par exemple, Jean-Pierre Papin. Comment lui donner tort ? En relisant l'article 3 du règlement ancestral du Ballon d'or, stipulant que "le trophée est attribué au joueur qui récolte le plus de points pour les performances sur le terrain et pour le comportement d'ensemble, sur le terrain et en dehors". Non, il n'a jamais été question de prendre en compte le palmarès.

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