"Le Qatar s'inscrit dans le prolongement logique de l'histoire du PSG"

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INTERVIEW - Paru jeudi aux éditions Solar, le livre "Ici c'est Paris, l'épopée continue" retrace l'histoire du PSG sous l'angle original de la question identitaire : "Qu'est-ce qu'être supporter du PSG ?" Son auteur, Thibaud Leplat, répond aux questions de metronews, dressant de multiples passerelles entre l'actuelle gourvernance qatarie, dans le sillage de Zlatan Ibrahimovic, et toutes les autres grandes heures du club de la capitale.

Pour certains, le PSG a perdu une grande partie de son identité en s'offrant au Qatar. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Mais c'est quoi, au juste, l'identité du PSG ? Il y a des valeurs, des personnages clés et des mythes. Il y aussi des fantômes et des paranoïas, liés à toute organisation humaine. Ce qui se passe avec le Qatar est le prolongement logique de ce qui s'est passé avant.

C'est-à-dire ?
C'est exactement pareil que quand Canal+ a pris la tête du club (en 1991, ndlr) et a dépensé 250 millions de francs pour recruter Ginola, Weah... Déjà, quand Daniel Hechter arrive en 1973, on dit : "Encore quelqu'un qui ne connaît rien au foot et qui vient avec ses millions." Autour de lui, vous avez Simon Talar, producteur de musique, Francis Borelli, publicitaire, Jean-Paul Belmondo, acteur... Des pieds-noirs du Sentier, des gens qui aiment le foot et qui avaient de l'argent. C'est une œuvre commune, comme celle du Qatar. Les investissements sont d'une autre ampleur mais l'échelle est la même : à l'époque, un million de francs, c'était beaucoup pour le foot. Les Qataris sont dans cette lignée. Ils bâtissent le club de la capitale de la France. Par nécessité, il doit dépasser le foot.

C'est cette idée d'offrir un beau spectacle et non pas un simple match ?
Dahleb et Susic sont arrivés (dans les années 1970-80, ndlr) pour cette même raison. Just Fontaine aussi, en tant qu'entraîneur apôtre du beau jeu à la néerlandaise. C'est une partie de l'identité du PSG. Les autres sont l'ambition (obligatoire), la résilience (le fait d'être toujours au bord du suicide ou de la disparition), la révolte (propre à l'histoire de Paris, la ville des révolutions politiques et artistiques), l'argent... Des chose que l'on retrouve avec le Qatar. Zlatan, c'est le sens du spectacle, la révolte et l'ambition. La résilience aussi, puisqu'il sort d'un ghetto. Les Parisiens se reconnaissent en lui. Zlatan est parisien sans le savoir. Lui aussi dit que Paris, c'est la France.

Tout cela est aussi valable pour le public ?
On a toujours reproché au public du Parc des Princes de siffler ses joueurs, mais celui du Real Madrid est le même. Ce sont justement des connaisseurs. Mais ils sont là pour le spectacle. Pour voir les meilleurs. Le Parc, c'est un théâtre à l'intérieur de la ville. Il doit être capable de rivaliser avec l'Olympia, le Zénith ou l'Opéra Garnier. Le PSG se doit d'être à la hauteur de ces institutions.

Dans le livre, il y a un échange amusant avec Zlatan qui ironise sur le fait qu'il ne sache rien de l'histoire du club avant son arrivée. Avant, il y avait eu Thiago Motta. Est-ce que c'est un problème ?
Ces réactions indiquent non pas qu'il n'y a pas d'histoire, mais qu'il n'y a pas de discours sur l'histoire du club. C'est la charge des dirigeants ou de l'entraîneur, pas des joueurs. Il faut aussi dire que Thiago Motta a un plus gros palmarès que le PSG... Mais Zlatan, par exemple, il connaît Susic. Quand il dit qu'il n'y a pas d'histoire avant lui, il sait surtout qu'il tape là où ça fait mal. Ce n'est pas lui qui dit que tout commence avec Zlatan, il l'entend autour de lui.

Est-ce que dissoudre les groupes de supporters historiques, c'est une manière de renier son histoire ?
C'était imprudent de le faire sans utiliser un langage propre pour l'expliquer. Mais on a l'impression que le Parc, ce ne sont que des gens qui balancent des fumigènes et insultent la police. On a le droit d'aimer cela mais aussi d'avoir peur. La culture ultra ne résume pas la culture foot. Il y a d'autres discours. Le PSG, c'est quatre millions de personnes, par 5000 supporters "historiques", arrivés avec Canal pour la plupart. Ces gens se sont appropriés le club. Difficile d'être nostalgique sans être obscurantiste. Ça chante encore aujourd'hui mais il ne faut pas le dire. Et puis, est-on obligé de chanter ? C'est bien de pouvoir emmener son gosse au Parc. Le foot, c'est ça. La mixité n'a de sens que si elle concerne plusieurs générations. Aimer le PSG, ce n'est pas qu'une histoire de tribunes. Je précise que, dans les plus grands stades du monde, les groupes ultras sont aussi en dehors du stade. Le stade a cette fonction sociale de faire du lien, pas d'exclure. Pour Hechter, les vrais supporters, ce sont les 80 premiers (rires). C'est la limite du fondamentalisme.

Il est aussi beaucoup question des jeunes en ce moment. À l'origine, beaucoup de joueurs formés, comme Luis Fernandez, évoluaient en équipe première. Aujourd'hui, les Sakho et Coman s'en vont. Est-ce une insulte à l'identité de ce club ?
C'est plutôt la preuve que le PSG devient un grand club. Déjà, la formation n'a jamais fait partie de l'identité de ce club. Sakho capitaine à 17 ans, c'était une énorme connerie de Paul Le Guen. Il l'a cramé. Concernant Coman, à la Juve, les jeunes jouent parce qu'il n'y a plus d'argent en Italie. Dans une équipe, il faut à la fois des jeunes et des grands joueurs. Un mélange de trois générations. Une génération Messi-Pedro-Busquets-Valdes à Barcelone, c'est un accident ! Rabiot, je l'ai vu contre Leverkusen, il était perdu. Xavi a dû attendre un moment avant d'être titulaire. En tout cas, les grands clubs sont des clubs acheteurs, pas vendeurs. C'est immuable.

Est-ce que ce PSG-là n'est pas devenu un peu trop calme, pas assez "en crise" ?
C'est un club instable par nature. Mais avec l'arrivée du Qatar et son souci de la régularité, c'est en train de changer. Un grand club doit y aspirer et, en même temps, il suffira toujours d'un rien pour qu'il y ait une crise. Parce que vous intéressez tout le monde. Le PSG, lui, a, en plus, un côté brésilien. On croit qu'il va exploser mais il n'explose pas. Comme ces plantes dont le métabolisme change quand elles se trouvent à l'ombre, pour aller vers le soleil. C'est-à-dire que, dans l'adversité, le PSG développe des qualités nouvelles. C'est ça, la résilience, et c'est propre à Paris.

Vous liez beaucoup l'identité du club à celle de la ville de Paris, mais c'est aussi un club de l'ouest, que certains jugent artificiel en comparaison avec le Red Star. Comment expliquez-vous que, pendant si longtemps, de nombreux Parisiens ont refusé de s'identifier au PSG ?
Le mécanisme d'identification à un club est beaucoup plus complexe qu'on ne peut imaginer. Ce n'est pas nécessairement lié à un territoire. C'est une erreur du football français que d'avoir cru que c'était lié aux municipalités. À Paris, il y a des gens de partout. L'identification à un grand club est plus abstraite que la géographie. Le PSG, c'est le club des élites. On l'aime sans trop savoir pourquoi. En fait parce qu'on croit en la révolte, ou parce qu'on aime le strass. Moi, c'est le Parc, en tant que lieu, qui m'a frappé. Je ne suis pas né à Paris. Beaucoup de Parisiens aiment le PSG inconsciemment, parce qu'il n'y a pas de discours élaboré comme à Reims avec le football champagne ou à Marseille avec les années Tapie. Le PSG, on dit que c'est le business ou la violence. Alors que c'est le spectacle. Paris, c'est la ville du music-hall et de la révolution. Être parisien, c'est se sentir au centre du monde et même à l'avant-garde. Puis dire : "On vous emmerde."

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