Liverpool-Barcelone (4-0) : le triomphe de Jürgen Klopp et de son management par l’émotion

Football

FOOTBALL – Mardi 7 mai, Liverpool a accompli un invraisemblable exploit en terrassant 4-0, en demi-finale retour de la Ligue des champions, un FC Barcelone qui l’avait emporté 3-0 à l’aller. Il le doit, en grande partie, à son entraîneur, Jürgen Klopp, et à son style si particulier.

Au moment où, tard mardi 7 mai, le bus du FC Barcelone s’empressait de quitter Anfield Road aussi vite que possible et oubliait Lionel Messi dans le vestiaire, dessinant un ultime symbole du décalage fatal entre un attaquant star en plein état de grâce et une équipe ayant bâclé sa demi-finale retour de Ligue des champions, Jürgen Klopp, entraîneur d’un Liverpool vainqueur plein de panache (4-0) après sa défaite (3-0) au Camp Nou, laissait, lui, éclater sa joie, sans se soucier des conséquences.

Bon, les enfants sont couchés alors je peux le dire, les garçons ont été des putains de géants ! - Jürgen Klopp mardi soir

"Je ne sais pas comment les garçons l’ont fait, mais ils l’ont fait, et c’était incroyable, la façon dont ils ont défendu...", déclarait en effet le coach allemand, au micro de la chaîne de télévision anglaise BT Sports. Avant de regarder sa montre, puis de lâcher: "Bon, il est 22h10 (heure anglaise, ndlr), les enfants sont couchés alors je peux le dire, les garçons ont été des putains de géants ! (en regardant la caméra) Si vous vous voulez me mettre une amende pour ce gros mot, allez-y. Je ne suis pas anglophone, alors j’ai du mal à trouver les mots. Voilà, c’est incroyable. Incroyable. Ils ont une mentalité de géants." Hilare, le journaliste qui l’interrogeait l’a alors pris dans ses bras, lui aussi inéluctablement pris d’affection.

Lire aussi

À quelques kilomètres de là, sur l’antenne arabe de beIN Sports, José Mourinho, devenu consultant pour la chaîne qatarie après son limogeage de Manchester United fin décembre, ne s’y trompait pas : "Je dois bien le dire, cette remontada porte un nom, celui de Jürgen Klopp. Ce qui s’est passé ce (mardi) soir n’a rien à voir avec la tactique ou même un quelconque style de jeu, mais avec le cœur, l’âme, et l’empathie qu’il est arrivé à créer avec son groupe de joueurs."

Tout ce qui s’est passé ce (mardi) soir vient de la mentalité de Jürgen.- José Mourinho

L’entraîneur portugais, pourtant habituellement avare en compliments pour ses confrères, a  ensuite ainsi développé son hommage : "Liverpool risquait de finir la saison sans rien gagner, et maintenant ils ne sont plus qu’à un match de devenir champions d’Europe. Je crois que Jürgen le mérite. Son travail à Liverpool est fantastique. Tout part de lui. C’est un reflet de sa personnalité, ne jamais abandonner, le fighting spirit, chaque joueur qui donne tout. Contrairement à d’autres, lui ne se plaint jamais d’avoir des blessés ou de jouer 60 matchs par saison. Tout ce qui s’est passé ce (mardi) soir vient de la mentalité de Jürgen. Il est l’homme responsable de cet accomplissement. C’est grâce à lui que son équipe a su croire en elle."

La furie et la foi

Une tirade qui synthétise parfaitement ce qui singularise Jürgen Klopp dans la caste des plus grands entraîneurs du monde, qu’il a définitivement rejointe avec l’exploit du 7 mai : chez lui, le football n’est pas une histoire de tableau noir, de déplacements méticuleusement prédéfinis, mais une simple histoire d’hommes, courant les uns pour les autres à en perdre haleine, sans rien craindre de l’échec. Une histoire de foi, en somme.

J'ai dit aux joueurs combien j'étais fier de notre manière de jouer contre un tel adversaire. Je ne peux pas être plus fier d’eux.- Jürgen Klopp... après la défaite 3-0 au match aller

Reviennent alors en mémoire les récentes conférences de presse données par l’Allemand. D’abord celle consécutive, mercredi dernier, à la cruelle défaite (3-0) de l’aller à Barcelone, alors que son équipe avait  dominé les débats pendant une heure : "Nous avons produit du beau football mais à la fin, ils ont marqué trois fois et nous non. Ce n’était pas amusant pour nous mais j’ai pris du plaisir à regarder ce grand match. J'ai dit aux joueurs combien j'étais fier de notre manière de jouer contre un tel adversaire. Je ne peux pas être plus fier d’eux. C’était notre meilleur match de la saison en Ligue des champions. Je suis depuis assez longtemps dans ce métier pour accepter des choses comme ça."

Voir aussi

Puis celle du lundi 6 mai, à la veille de la manche retour, tandis qu’il venait d’annoncer le forfait de Mohamed Salah, amputant son trio d’attaque d’un nouveau membre après la blessure de Roberto Firmino (et rendant donc l’hypothèse d’une remontada encore plus improbable) : "Deux des meilleurs buteurs du monde sont indisponibles et on doit marquer quatre buts pour passer en 90 minutes. Si on peut le faire, magnifique. Si on ne peut pas, alors échouons de la plus belle des manières." Sans doute, peu ou prou, le discours qu’il a tenu devant ses joueurs ("Je leur ai dit que c’était impossible, mais que comme il s’agit d’eux, alors nous avions une petite chance", confiera-t-il après coup).

Lire aussi

La traduction, sur le terrain, de ce coaching hors norme, presque minimaliste, donne quelque chose comme un rouleau compresseur, écrasant tout sur son passage aux quatre coins de la pelouse, se refermant même tel un piège à loup acéré quand un joueur adverse a l’audace d’essayer de conserver un peu trop longtemps le ballon au milieu. 

Nous étions asphyxiés.- Lionel Messi

La semaine dernière, au sortir de la victoire (3-0) des siens, Lionel Messi en avait fait la description suivante : "Nous nous sommes laissé entraîner dans leur rythme de jeu, un football très rythmé, très physique, une contre-attaque après l'autre. Nous n'y sommes pas habitués, on a l'habitude d'avoir le ballon et de faire courir l'adversaire. C'était un peu compliqué, nous étions asphyxiés." Il ne croyait sans doute pas si bien dire. D’ailleurs, mardi soir, il n’a absolument rien dit. Il attendait le bus.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter