Liverpool-Barcelone : Anfield, l'antre des Reds, aura-t-il une dent contre Luis Suarez ?

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LIGUE DES CHAMPIONS – Mardi 7 mai à Liverpool, en demi-finale retour de la Ligue des champions, Barcelone tentera de capitaliser son avantage de trois buts acquis à l’aller. Son buteur Luis Suarez, ancienne idole des Reds, revient à Anfield pour la première fois depuis son départ en Catalogne, en 2014...

Il en va des séparations dans le football comme de celles dans le reste de la vie : elles se font parfois dans la douceur de la bonne intelligence, d’autres fois dans le bruit et la fureur de la vaisselle cassée. Difficile, toutefois, de classer le départ de Luis Suarez de Liverpool, il y a presque cinq ans jour pour jour, dans l’une de ces deux cases. Alors que l’attaquant uruguayen revient pour la première fois ce mardi soir, en demi-finale retour de la Ligue des champions, à Anfield, l’antre mythique des Reds, sous les couleurs d’un FC Barcelone largement vainqueur à l’aller (3-0) grâce l’un de ses buts, la question est en effet de savoir comment le public va réagir au retour de son ancienne idole.

Les supporters n’ont pas apprécié son attitude lors du match aller...James Pearce, journaliste au Liverpool Echo

Une image vient spontanément en tête au moment de se souvenir de ladite séparation : celle, tragique, d’un Luis Suarez en larmes sur la pelouse de Selhurst Park, accablé par la détresse et la douleur d’une blessure lancinante (qui ne l'a pas empêché de jouer), tandis que Liverpool concédait un nul 3-3 après avoir mené 0-3 contre Crystal Palace (grâce à un but de Suarez), résultat ayant finalement condamné les Reds à offrir sur le fil à Manchester City un titre de champion d’Angleterre qui les fuit depuis 1990... Ce fut l’avant-dernier match de l’attaquant sous le maillot rouge, avant de plier bagage pour la Catalogne.

L’empreinte qu’il a laissée sur place est immense. En 133 matchs, de 2011 à 2014, Luis Suarez y aura inscrit 82 buts et donné 27 passes décisives. Mais, bien au-delà des chiffres, les supporters retiennent du n°9 son incroyable combativité, cette façon de lutter tel un défenseur à la perte du ballon et de déconcentrer l’adversaire en le provoquant, quitte à franchir la limite. Des insultes, des coups, dont des morsures... Ces polémiques qui le rendaient détestable aux yeux de l’Angleterre, le peuple Red les a, lui, adorées.

Si je marque contre Liverpool ici, je ne célébrerai pas de la même façon qu'au match aller.Luis Suarez lundi

C’est pourtant cet environnement spécifique, instrumentalisé par les tabloïds jusqu’à la caricature, qui, de l’aveu même de l’intéressé, l’a conduit à s’en aller. "Je ne sais pas s’il y a une campagne de la presse anglaise contre moi, mais peut-être que je leur manque. Ils me critiquent tellement qu’ils cherchent quelque chose pour attirer l’attention. Je leur ai dit que c’était assez et qu’ils me laissent tranquille, et c’est pour ça que je suis parti parce que j’étais fatigué d’eux, mais ils sont toujours après moi", avait-il en effet expliqué, un an après son départ.

C’est donc fâché avec l’Angleterre que Luis Suarez est parti, pas avec les fans des Reds, qui ont d’ailleurs tendance, contrairement à d’autres, à conserver de l’affection pour leurs anciens joueurs. Pourquoi, alors, douter de l’accueil qui lui sera réservé à Anfield ? Dans L’Équipe, James Pearce, journaliste au Liverpool Echo, avance quelques éléments de réponse : "Les supporters n’ont pas apprécié son attitude lors du match aller, parce qu’il a célébré son but (généralement, cela ne se fait pas contre un ancien club, ndlr), mais aussi parce qu’il a essayé de provoquer une bagarre avec Andy Robertson et de faire expulser James Milner en allant se plaindre de lui à l’arbitre."

Dit autrement : il est reproché à Luis Suarez d’avoir fait du Luis Suarez... contre Liverpool. Interrogé là-dessus lundi 6 mai en conférence de presse, l’attaquant a tenté de minimiser, en faisant valoir ses états de service : "Je serai toujours reconnaissant de la manière dont j’ai été reçu ici. Pour moi, c'est très spécial de revenir dans ce stade, c’est beaucoup d’émotions. Je garde un très bon souvenir de mon passage à Liverpool. J’ai tout le respect du monde pour les supporters. C’est vraiment leur 12e homme, comme un joueur en plus. Les gens ici se souviennent de ce que j’ai fait. Je pense qu’à Anfield, j’aurai droit à plus d’applaudissements que de sifflets. Et si je marque contre Liverpool ici, je ne célébrerai pas de la même façon."

Un peu plus tôt, alors qu'il est peu coutumier du fait, il a publié une "story" sur Instagram, dans laquelle il indique, sous une photo de l’antre des Reds : "Je suis excité de te revoir." Et une semaine auparavant, dans un entretien accordé au Guardian, il avait tenu à rappeler ses attaches au club et à la ville, allant jusqu’à préciser que sa fille se rendrait à Anfield pour cette demi-finale retour, non pour l'encourager lui, mais pour se nourrir de l’atmosphère si singulière de ce temple du sport-roi : "Elle a découvert le football là-bas, elle se souvient même y avoir chanté You’ll never walk alone." Le fameux hymne entonné à gorges déployées avant chaque match des Reds.

Autant d’éléments qui laissent penser que Luis Suarez tient à soigner son retour, et rêve sans doute d’une ovation comme celle qu’Old Trafford avait réservée, cet automne, à Cristiano Ronaldo, revenu à ses premières amours anglaises sous le maillot de la Juventus lors de la phase de groupes de l'actuelle Ligue des champions. Mais, étant donné la particularité du contexte, Liverpool devant vite emballer le match pour espérer renverser la table, il est probable que l’accueil soit mitigé, et que la foule tente de déstabiliser les joueurs du Barça, dont un Luis Suarez qui ne leur a rien épargné à l’aller, et qu’ils savent, pour bien le connaître, d’un naturel impulsif. Après tout, c’est connu : qui aime bien, châtie bien.

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