Mai 68, ils ont testé l'autogestion (5/5)- Et pourquoi pas les footballeurs ?

Mai 68, ils ont testé l'autogestion (5/5)- Et pourquoi pas les footballeurs ?

MÉMOIRE - Cinquante ans après les bouleversements de Mai-68, la France commémore cet épisode historique qui l'a changée en profondeur. Guidé par un esprit de liberté, à l'instar des étudiants et des ouvriers, le milieu du sport lui aussi a fait sa (petite) révolution. LCI revient sur cette face méconnue de Mai-68.

Être populaire au sens le plus apolitique du terme. C'est l'essence même du sport. Aussi, dans l'inconscient collectif, s'il y a un domaine où l'on n'imagine guère flotter l'esprit de Mai-68, c'est bien celui-là. Pourtant, détrompez-vous : il y a cinquante ans, le monde du sport a lui aussi vécu au rythme des soubresauts du printemps. En marge des manifestations enclenchées par la révolte de la jeunesse étudiante à la conscience politique aiguisée, et des grèves générales initiées par la classe ouvrière en quête d’émancipation, la contestation gagne alors en quelques semaines la société française dans son ensemble.

Cette remise en cause des rapports sociaux impacte dès lors l'organisation d'événements dans le milieu sportif, comme en témoignent les archives de l'époque. Sur le terrain, cela se traduit par des reports ou des annulations. Parfois en raison des grèves du personnel (et de l'absence de bénévoles) chargé d'encadrer les manifestations sportives. Souvent à cause des routes barrées ou fermées, qui empêchent le public de se rendre sur place. Sont ainsi touchées la majeure partie des courses cyclistes, Roland-Garros avec une avalanche de forfaits constatés chez les joueurs lors des premiers tours, ou encore la course automobile des 24H du Mans, initialement prévues les 15-16 juin mais repoussées au week-end des 28-29 septembre.

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ARCHIVE - Il y a 50 ans, Mai-68 commençait

Le printemps du football français

Outre leurs répercussions néfastes sur l'organisation des compétitions, les événements de Mai-68 finissent par engendrer un phénomène d'imitation. Un mois après les étudiants et les ouvriers, les footballeurs entrent ainsi dans le mouvement.  Le 22 mai au matin, quelques dizaines de joueurs amateurs, épaulés par des journalistes du Miroir du football, un mensuel d'obédience communiste disparu en 1979, prennent d'assaut le siège de la Fédération française, symbole du pouvoir et de l'argent. Durant les cinq jours d'occupation du 60 bis avenue d'Iéna, les insurgés listent leurs revendications dans un tract. Ils expliquent rejeter l'autorité des dirigeants de la FFF, les "pontifes", et "vouloir rendre le football" aux 600.000 licenciés. 

Malgré cette action "coup-de-poing", et les avancées majeures qui en ont découlé, comme l'abolition définitive en 1973 du contrat à vie, qui interdisait pratiquement les changements de clubs, le mouvement des footballeurs révolutionnaires n'a pas réussi à gagner le reste de la France, ni d'autres disciplines. "À l'époque, les autres sports étaient amateurs. Ce n'était pas le même état d'esprit", explique à LCI Alfred Wahl, l'un des premiers en France à avoir investi le champ de l'histoire du football. Dépassés par l'accélération de l'économie et les mutations de leur sport, ils ont fini par rendre les armes face au foot "business", laissant la révolte sans lendemain.

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Mai 68, 50 ans après

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