Pourquoi une nouvelle crise couve à l'OM (alors que tout va bien sportivement) ?

Le directeur sportif de l'OM, Andoni  Zubizarreta, l'entraîneur, André Villas-Boas, et le président, Jacques-Henri Eyraud, un trio encore soudé en début de saison...
Football

FOOTBALL - Un entraîneur qui sous-entend qu'il pourrait quitter le club, un président qui reçoit des menaces de mort... Que se passe-t-il donc à l'OM, alors que l'équipe réalise une saison au-delà de toutes les espérances initiales ?

Si les Marseillais ont l'habitude, quand ils lèvent le nez au ciel, de contempler un ciel sans nuage, ils ne peuvent pas filer cette métaphore lorsqu'il s'agit d'évoquer leur cher club de football, l'Olympique de Marseille. Cette saison pourtant, tout allait pour le mieux : malgré un effectif limité qualitativement et quantitativement, la faute à une cure d'austérité budgétaire imposée par le fair-play financier de l'UEFA (une règle selon laquelle les clubs européens ne doivent pas dépenser plus qu'ils ne gagnent), le club phocéen trône à une inespérée deuxième place du classement de la Ligue 1. 

L'OM reste même sur une superbe série de dix matchs sans défaites (huit victoires et deux matchs nuls), rendant ainsi tout à fait envisageable une qualification pour la lucrative Ligue des champions après laquelle il court depuis sept ans.

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On écrit "tout allait pour le mieux" au passé parce que, mercredi, l'entraîneur Andre Villas-Boas, unanimement considéré comme le principal artisan de ce renouveau plein de panache, a rué dans les brancards en conférence de presse, allant juqu'à laisser planer la menace d'un départ. 

Pourquoi cela ? Au départ de ce retentissant coup de gueule, il y a une question sur le récent recrutement par l'OM du dénommé Paul Aldridge, officiellement au poste de conseiller du président Jacques-Henri Eyraud, officieusement en tant qu'intermédiaire chargé de vendre des joueurs dans le richissime championnat d'Angleterre... Une nomination sonnant comme un désaveu pour le directeur sportif Andoni Zubizarreta, à qui la direction reproche de ne pas avoir assez allégé l'effectif l'été dernier, alors que le club accusait, au 30 juin, un déficit de plus de 80 millions d'euros.

"Malheureusement, c'est comme ça"

"C'est une décision qui a été prise par Jacques-Henri", s'est désolidarisé l'entraîneur mercredi. "Je l'ai apprise par Andoni la semaine dernière. Lui-même l'a apprise le 30 décembre dernier. Nous avons tous les deux été surpris." Il a ensuite ajouté, histoire de ne laisser aucune place au doute : "Si cette décision va contre ce qui a été fait en six mois, sportivement, par moi et Andoni, alors je suis à ses côtés. Je suis venu ici un, pour la grandeur du club, et deux, pour 'Zubi', mon futur est intimement lié au sien." Du côté de l'OM, on fait savoir ce jeudi que l'arrivée du conseiller anglais n'est "pas du tout une mise à l'écart" du dirigeant espagnol. "Les cessions de joueurs font pleinement partie du champ de compétences d'Andoni Zubizarreta", assure en effet Jacques-Henri Eyraud dans les colonnes de L'Equipe. Il n'empêche : le mal est fait. Et étalé publiquement.

Au point que, mercredi soir sur Twitter, le hashtag "#PrimeSurLaTeteDeJHE" a émergé, avec notamment un tweet dévoilant l'adresse à Marseille du président de l'OM. Le dirigeant a déposé plainte ce jeudi, commentant l'affaire d'un fataliste : "Malheureusement, c'est comme ça."

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Au fond, ce conflit dépasse pourtant très largement les personnes. Il porte sur la gestion d'un club de football au XXIe siècle et a ainsi été verbalisé mercredi par André Villas-Boas, qui n'avait déjà que très peu goûté le départ, sans compensation, de Luiz Gustavo au dernier jour du mercato estival : "Je savais en arrivant que la situation économique du club était prioritaire par rapport à l'aspect sportif. Mais normalement, ce qui aide les clubs à vendre ce sont les performances sportives, qui sont au top actuellement. Je pense que l'intérêt du club est donc de maintenir ces performances au top, d’atteindre les objectifs, et ensuite de voir à la fin de saison en fonction des offres."

D'un point de vue sportif, on a donné en six mois de la stabilité à un des clubs les plus instables du monde- Andre Villas-Boas

Le problème, c'est que l'OM doit avoir rééquilibré ses comptes d'ici au 30 juin prochain, que le mercato estival débute, lui, le 1er juillet, et que, dans cette optique, le mois de janvier représente la dernière fenêtre pour se délester de quelques gros salaires. Or, l'entraîneur refuse qu'on affaiblisse son équipe en cours de saison, en raison d'un cruel manque d'anticipation qui n'est pas le sien. 

En témoigne cette anecdote, surréaliste, confiée par le coach portugais aux journalistes mercredi : "Jacques-Henri est passé dans mon bureau l'autre jour et m'a demandé si on avait des ventes, ce qu'on fait ou pas. Mais c'est à lui d'exécuter ou non ce type de choses." Puis de conclure, lapidaire : "D'un point de vue sportif, on a donné en six mois de la stabilité à un des clubs les plus instables du monde, pour la presse, les supporters... Et si quelque chose peut aider un club à vendre des joueurs, c'est bien le rendement sportif de l'équipe." Dit autrement : à chacun son boulot.

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