Indispensables mais risquées, pourquoi les visites médicales font-elles capoter tant de transferts ?

FOOTBALL - Les cas de joueurs censés signer dans un club mais recalés in extremis à la visite médicale, comme Nabil Fekir avec Liverpool avant la Coupe du monde 2018, sont nombreux. Focus sur une étape trop souvent négligée, mais pourtant fondamentale pour valider une transaction.

En matière de football plus que dans n’importe quel autre domaine, mieux vaut se méfier de ce que l’on tend à considérer comme des formalités. De la même manière qu’un match n’est jamais gagné avant le coup de sifflet final, même quand on mène largement au score, un transfert peut capoter alors que les contrats sont prêts et que toutes les parties sont d’accord sur leurs termes. 


Une étape est en effet souvent négligée : celle de la visite médicale, préalable à toute signature, et qui a pourtant déjà fait s’écrouler instantanément quelques transactions que l’on considérait comme acquises.

De Platini à Thuram

Parmi ces recalés de dernière minute figurent des noms prestigieux : Lilian Thuram, qui s’était vu déceler une anomalie cardiaque avant son transfert au PSG en 2008 ; Anthony Réveillère, toujours à Paris, pour un problème au genou en 2012 (ce qui ne l’empêchera pas de signer à Naples un an plus tard) ; Loïc Rémy, refoulé par Liverpool en 2014 pour une anomalie cardiaque (qui avait failli l’empêcher de signer à l’OM quatre ans plus tôt) ; Khalilou Fadiga à l’Inter de Milan en 2003, en raison d’une arythmie cardiaque (qui mettra fin à sa carrière, à 28 ans) ; sans oublier Aly Cissokho, recalé par le Milan AC en 2009 pour… un problème de dentition (pouvant causer des pubalgies). 


En son temps, même Michel Platini avait été refusé par Metz, à 17 ans, après avoir échoué à un test respiratoire. Des exemples, francophones, parmi tant d’autres. 

L’idée, c’est surtout de rassurer le club qui achèteFrédéric Guerra, agent de joueurs

Plus largement, force est de constater que deux grandes tendances se dégagent dans les motifs menant les clubs à renoncer à un transfert à l’issue d’une visite médicale : le problème cardiaque et les genoux endommagés après une rupture des ligaments croisés, pépins les plus sérieux auxquels les joueurs sont exposés. Dans ces deux cas, c’est la découverte tardive du problème en question qui interpelle.


Agent de Loïc Rémy à l’époque de l’imbroglio ayant failli tuer dans l’œuf son transfert à l’OM, Frédéric Guerra, qui s’occupe aujourd’hui de Maxime Gonalons, Clément Grenier ou Alassane Pléa, connaît bien le sujet. LCI a pu s'entretenir avec lui.

Que se passe-t-il exactement durant ces visites médicales ?

Déjà, il y a un suivi médical du joueur. Les médecins des clubs se téléphonent avant un transfert et s’échangent des informations. Le public ne voit que des images succinctes, des garçons courir sur un tapis avec des électrodes, faire du vélo, des tests à l’effort, des choses souvent cardiaques, mais en réalité, c’est tout un dossier médical déjà existant que l’on surveille. Par exemple, j’étais la semaine dernière à Séville avec Maxime Gonalons (prêté au club andalou par l’AS Rome, ndlr). Ils sont allés le chercher dès le matin, à 7h30, pour le conduire à l’hôpital, à jeun. Il y a eu des prises de sang, qui révèlent aujourd’hui énormément de choses, des radios entières du squelette, un électrocardiogramme au repos, un test à l’effort…

Dans quel but ?

L’idée, c’est surtout de rassurer le club qui achète. Quand on dépense plusieurs millions pour quelque chose, on voudrait logiquement que ça marche, tant qu’à faire (rires). Il faut aussi savoir que les joueurs sont assurés par les clubs. Si vous payez un type 100 millions d’euros et qu’il a une défaillance, qu’est-ce que les assurances peuvent exclure ? C’est la question derrière tout ça. Si un joueur a des antécédents cardiaques, les assurances excluent, ou font payer plus cher ce type de problèmes. Idem pour une blessure au genou.

Comme pour Nabil Fekir récemment avec Liverpool ?

Oui, lui avait fait sa visite médicale à Clairefontaine, pendant le stage de l’équipe de France juste avant la Coupe du monde. Soit le problème était réel, soit Liverpool s’en est servi pour tenter de faire baisser le prix du joueur (Lyon a refusé et Fekir est finalement resté, ndlr). En tout cas, Liverpool a considéré qu’à 60 millions d’euros de transfert, et étant donné ses problèmes récurrents au genou depuis sa rupture des ligaments croisés (fin 2015, ndlr), leur assurance ne compenserait pas une perte du joueur pour un problème de ce type. Une certitude : cette affaire causera du tort à Fekir lors sa prochaine visite médicale.

Qu’est-il arrivé à Loïc Rémy, dont la visite médicale avait révélé une anomalie cardiaque, mais qui avait tout de même signé à l’OM à l’été 2010 ?

Son dossier médical avait précédé notre arrivée à Marseille. Les dirigeants étaient pressés de qualifier Loïc pour qu’il puisse jouer dès le samedi suivant, contre Lorient. Son dossier a donc été d’abord envoyé à la Ligue par courrier, avant que Loïc ne passe son test à l’effort. Ce test a ensuite été interrompu, et Loïc et moi avons été envoyés dans le bureau de Jean-Claude Dassier (président de l’OM à l’époque, ndlr) pour signer les documents. C’est là que le cardiologue du club téléphone et demande à ce qu’on lui renvoie le dossier parce qu’il a repéré un problème cardiaque. Il refait alors un test à l’effort et s’aperçoit que la paroi du cœur de Loïc est anormalement épaisse. Sauf que le dossier était parti. Jean-Claude Dassier ne voulait plus valider le transfert mais il était trop tard. Même si Loïc ne pouvait plus jouer, il était sous contrat avec l’OM.

Et il a pu jouer, finalement…

Oui, il n’y a pas eu de soucis, ni à l’OM, ni ensuite à Chelsea d’ailleurs. En fait, l’électrocardiogramme qu’il a fait à Nice (son club avant l’OM, ndlr) juste avant était bon. Mais il y a eu la préparation estivale entre-temps. Et le cœur est un muscle, sa paroi gonfle comme un mollet ou un biceps. Les médecins tiquent mais les footballeurs peuvent jouer derrière. Après, on voit bien aujourd’hui le nombre de cas de décès de jeunes joueurs ayant des anomalies cardiaques...

Comment expliquer que ces problème cardiaques soient passés inaperçus aussi longtemps, dans plusieurs clubs qui effectuent aussi un suivi médical ?

Parce que les réglementations sont aberrantes. En France, avec une paroi de 13 mm, comme celle de Loïc Rémy à l’époque de son transfert à Marseille, il ne pouvait pas jouer. En Espagne, la tolérance est à 15. Aux États-Unis, à 11 ou 12 mm, vous ne pouvez plus du tout faire de sport. Alors qu’en Angleterre, la tolérance va jusqu’à 20 ! Comment imaginer que le risque varie selon l’endroit de la planète où on se trouve ? Je me souviens que quand l’histoire du problème cardiaque de Loïc a été révélée par la presse, un agent anglais réputé, Willie McKay, m’a appelé pour me dire qu’il pouvait signer sans problème en Angleterre. Jean-Claude Dassier, lui, m’avait dit que, selon trois cardiologues sur quatre, il pouvait jouer. Je lui ai répondu que c’était un enjeu de vie ou de mort, que j’en voulais quatre sur quatre ! Mais la charte du footballeur stipule qu’on ne peut pas rompre un contrat en raison d’une visite médicale. D’où l’intérêt de la faire avant la signature.

Cela arrive souvent qu’on la fasse après ?

Jamais, normalement.

Et comment expliquer que, quatre ans plus tard, Liverpool, un club anglais, ait refusé de recruter Loïc Rémy après la visite médicale, au motif de la même anomalie cardiaque ?

Je n’étais plus son agent à ce moment-là mais vous savez, Loïc a beaucoup d’autres problèmes que ses problèmes physiques, il est bipolaire, et les troubles psychologiques figurent aussi dans le dossier médical… Je ne sais pas si le coeur est la véritable raison.

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