Mercato : comment la cote de Nabil Fekir a-t-elle pu baisser à ce point en seulement un an ?

Football
TRANSFERT - L’été dernier, Nabil Fekir devait signer à Liverpool contre 65 millions d’euros. Aujourd’hui, l’OL le vend 20 millions d’euros au Betis Séville. Comment l’expliquer ?

On sait que, comme aimait à la rabâcher Lilian Thuram en 1998, "tout va très vite dans le football", et sans doute encore plus vite aujourd’hui qu’à l’époque, mais tout de même... Souvenez-vous l’été dernier, tout était calé pour que Nabil Fekir signe à Liverpool, tout frais finaliste de la Ligue des champions, l’OL étant alors en passe de réaliser la plus grosse vente de son histoire, à hauteur de 65 millions d’euros (plus 7 millions de bonus), devant celles des deux autres joyaux sortis de son centre de formation à la même période, Alexandre Lacazette (à Arsenal contre 53 millions d’euros en 2017) et Corentin Tolisso (au Bayern Munich contre 42 millions d’euros). Mais le transfert avait, inexplicablement, capoté au dernier moment.


Cet été, en revanche, Nabil Fekir quitte bien son cocon lyonnais. Mais direction une écurie bien plus modeste, le Betis Séville, 10e du dernier championnat espagnol, et contre une indemnité de transfert bien plus modeste elle aussi, estimée à 20 millions d’euros (plus 10 millions de bonus), soit le même tarif que celui auquel Lyon a vendu Willem Geubbels (17 ans) à Monaco en 2017…. Une décote pour le moins brutale, pour ne pas dire vertigineuse, en seulement treize mois, s’agissant d’un attaquant champion du monde âgé de 26 ans, demeurant considéré comme l’un des plus grands talents du football français. Passage en revue des raisons pouvant l’expliquer.

Les savants calculs de l’OL

Il faut d’abord savoir que, dans le football, un transfert consiste à racheter les dernières années de contrat d’un joueur (un joueur en fin de contrat ne coûtant, lui, aucune indemnité de transfert). Le contrat de Nabil Fekir devait, lui, expirer en juin 2020. Son salaire annuel lyonnais s’élevant à 4 millions d’euros, l’indemnité de 20 millions d’euros payée par le Betis pour le rachat d’une seule année apparaît ainsi, d’un strict point comptable, presque comme une bonne affaire pour l'OL. Surtout que le club lyonnais, conscient que son capitaine sortait là de sa pire saison en termes de statistiques (9 buts, 5 passes décisives) et qu’il compte se servir du Betis comme d’un tremplin vers de plus grosses écuries, a négocié au passage de toucher un pourcentage de 20% sur le montant de sa prochaine revente.

Un départ un peu trop précipité ?

Les suiveurs du mercato, dont font partie les footballeurs, ne l’ignorent pas : les plus belles offres ont tendance à affluer dans les derniers jours précédant la clôture du marché, en l’occurrence le 2 septembre en France et en Espagne. Ces derniers jours, Nabil Fekir se savait courtisé par plusieurs clubs de plus gros calibre que le Betis, qui auraient pu lui permettre de disputer la Ligue des champions, tels que Valence, l’Atlético de Madrid ou Naples. Lesquels s’étaient toutefois contentés de venir aux renseignements, courant plusieurs lièvres à la fois, et donc à l’affût de la meilleure affaire possible, quitte à devoir attendre encore quelques semaines. Nabil Fekir, lui, espérait déjà quitter l’OL l’an passé. Et, cet été, il a répondu positivement au premier, et seul club, lui ayant transmis une offre concrète. Certes, il tenait absolument à évoluer en Espagne et il doublera quasiment son salaire en Andalousie, mais cela ressemble tout de même fortement à une manifestation d’impatience. 

Une condition physique qui interroge

L’image, très forte, car très cruelle, a marqué les supporters des Bleus : le 3 septembre 2015 au Portugal, Nabil Fekir effectue ses grands débuts en équipe de France et, à peine 13 minutes après le coup d’envoi, le Lyonnais quitte la pelouse sur une civière, le genou en vrac. Le verdict tombe quelques jours plus tard, sans appel : rupture des ligaments croisés, et plus de sept mois d’absence, qui lui feront manquer l’Euro 2016. Selon la version officielle, c’est en constatant la fragilité de son genou droit lors de la visite médicale que la direction de Liverpool s’est ravisée. Ce qui, que ce soit vrai ou non, a pu décourager nombres de clubs potentiellement acheteurs, et contribuer à la baisse de son prix. Une certitude : pas une seule saison n’est passée, depuis, sans que le joueur ne doive rester sur le carreau plusieurs semaines en raison de diverses blessures à ce même genou.

Un entourage qui interroge aussi

Concernant le transfert avorté à Liverpool, une version officieuse existe également : l’affaire aurait capoté en raison de trop nombreux intermédiaires venus se greffer à la transaction dans la dernière ligne droite pour toucher une commission... Ce qui renvoie au mois de mars 2015, quand le père du joueur, soutenu par le grand-père et plusieurs cousins, avait fait des pieds et des mains pour que son fils choisisse l’équipe d’Algérie, avant que Jean-Michel Aulas, le président de l’OL, ne le convainque in extremis de privilégier les Bleus (valeur marchande oblige), puis de signer avec Jean-Pierre Bernès, agent des plus grands noms du football français, dont un certain Didier Deschamps. L’épisode disait, déjà, l’influence de l’entourage de Nabil Fekir sur ses choix, et la confusion qu’elle pouvait créer, à l’échelle d’un tel talent.

Hasard ou coïncidence : Nabil Fekir a officiellement mis fin, en mars 2019, à sa collaboration avec Jean-Pierre Bernès, et c’est son père qui a négocié cet été avec le Betis Séville au nom de son fils. D’ailleurs, le jeune frère de Nabil, Yassin (22 ans), lui aussi professionnel à Lyon, a été inclus dans la transaction et s’apprête à rallier le Betis dans le même mouvement. De là à imaginer qu’il s’agissait d’une exigence familiale, à laquelle peu de clubs auraient consenti, il n’y a qu’un pas.

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