Mercato : la Chine, entre transferts disproportionnés et réelle ambition politique

Mercato : la Chine, entre transferts disproportionnés et réelle ambition politique
Football

PROJET - Le salaire astronomique de Carlos Tévez de 38 millions d'euros par saison au club de Shanghai Shenhua a levé le voile sur l'explosion des transferts en Chine. Une démesure d'un point de vue économique mais qui découle d'une véritable ambition politique de la part des investisseurs chinois.

Trente-huit millions d'euros par saison : le salaire astronomique de l'attaquant argentin Carlos Tévez, accordé par le Shanghai Shenhua, illustre l'explosion des transferts en Chine, une absurdité économique qui s'inscrit dans une volonté politique plus générale, estiment les analystes. Avant le transfert de Tévez, celui d'Oscar avait déjà fait l'effet d'une bombe, le 23 décembre. Le milieu brésilien était passé de Chelsea au Shanghai SIPG contre 71 millions d'euros, un record en Asie. Tel un symbole, d'un marché chinois dépasse désormais l'anglais, avec plus de 8 milliards de yuans (1,1 miliard d'euros) dépensés en 2016.

Un tournant a été pris il y a un an

La tendance s'était précisée lors du mercato de janvier 2016, lorsque la Super League chinoise avait dépassé la Premier League anglaise en déboursant la somme record de 331 millions d'euros, selon le site Transfermarkt, pour s'attacher les services de 163 nouveaux joueurs.L'année dernière, "le monde entier a été surpris" mais désormais "l'effet de surprise est parti, et tout le monde s'attend à la même chose", soutient Mark Dreyer, du média China Sports Insider. "Les propriétaires milliardaires veulent se damer le pion les uns les autres et continuer à attirer de grands noms", explique Marcus Luer, PDG de l'agence de marketing Total Sports Asia.

Les clubs chinois visent des joueurs de premier plan

Précédemment, les clubs chinois attiraient surtout des Brésiliens inconnus ou des joueurs en fin de parcours, tels Nicolas Anelka, et plus recemment l'ex-Parisien Ezequiel Lavezzi. Les plus grandes stars du foot sont désormais dans le viseur.Même Cristiano Ronaldo a été approché : son agent Jorge Mendes a affirmé que le Ballon d'Or 2016 a refusé une offre hallucinante de près de 100 millions d'euros annuels d'un club chinois, sans le nommer, dans un entretien accordé jeudi soir à Sky Sports Italia. "Mais l'argent ne fait pas tout", a-t-il précisé. "Les joueurs étrangers de haut niveau ont apporté leur dynamisme à la CSL et en ont rendu les matches plus attrayants, mais ils ont aussi créé un fardeau économique pour les clubs tout en réduisant les opportunités pour nos joueurs", soulignait la Fédération chinoise. Précisant que seuls trois étrangers seraient autorisés à jouer en même temps dans chaque formation.

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Cristiano Ronaldo décroche son 4e Ballon d'Or

Objectif pour la Chine : organiser une Coupe du Monde

Outre les recrutements pharaoniques, les investisseurs chinois ont ouvert le porte-feuille pour acquérir des droits TV de championnats étrangers et des clubs étrangers, avec des participations capitalistiques plus ou moins élevées dans des clubs français comme Lyon, Auxerre ou Sochaux, et ailleurs en Europe (Espanyol Barcelone, Inter Milan, West Bromwich Albion, Aston Villa). Les énormes sommes investies n'ont pas vraiment de sens économique : du côté des recettes, les billets pour voir des matches des clubs les plus populaires de la Super League chinoise (CSL) se vendent pour trois fois rien et les droits TV de ce championnat restent très bas. "On ne peut rentrer dans ses frais quand on dépense ces sommes pour des joueurs au sommet, on ne peut pas faire de retour sur investissement", assure Mark Dreyer. Cette stratégie répond en fait à la volonté du régime et du président chinois, Xi Jinping, de préparer le terrain avec en point de mire l'espoir d'organiser un jour la Coupe du monde, et l'objectif de la gagner. Rien que cela.

Elle va devoir batailler

L' horizon semble lointain, puisque la Chine, qui n'a participé qu'à un Mondial (en 2002) et n'occupe que la 82e place au classement Fifa. Le pays le plus peuplé du monde (1,375 milliard d'habitants) est ainsi classé juste derrière les archipels du Cap-Vert et de Saint-Kitts-et-Nevis, moins de 600.000 habitants à eux deux. De plus, la sélection entraînée par l'Italien Marcello Lippi occupe la dernière place de son groupe dans les éliminatoires pour le Mondial-2018 et a perdu presque tout espoir de s'y qualifier. "On dépense beaucoup d'argent dans les salaires de joueurs étrangers alors qu'il devrait l'être dans les centres de formation", regrette Mark Dreyer. En 2017, la fédération chinoise de football (CFA) a prévu de réduire de cinq à quatre son quota de joueurs étrangés autorisés dans chaque club, afin de, dégager l'horizon aux joueurs chinois.

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