Mercato : qui est Pini Zahavi, le sulfureux intermédiaire qui négocie le transfert de Neymar au PSG ?

Mercato : qui est Pini Zahavi, le sulfureux intermédiaire qui négocie le transfert de Neymar au PSG ?
Football
PORTRAIT – Il ne fait partie ni de l’état-major du FC Barcelone, ni de celui du PSG. Il n’est pas non plus l’agent de Neymar et pourtant, il se trouve au cœur des négociations en cours. Focus sur Pini Zahavi, l’homme sans qui le plus gros transfert de l’histoire ne se fera pas.

Entre les posts sur les réseaux sociaux que certains interprètent comme des annonces officielles et les bruits contradictoires relayés par les médias, il est pour le moins difficile de démêler le vrai du faux dans l’invraisemblable feuilleton Neymar qui fait trembler toute la planète football depuis plusieurs jours. Une certitude au milieu de cette confusion : les tractations n’ont pas lieu aux États-Unis, où le FC Barcelone et le PSG se trouvent en tournée, ni même en Catalogne, mais à Paris. C’est en effet dans la capitale qu’Antero Henrique, le directeur sportif du PSG, a encore rencontré, dans la nuit de dimanche à lundi, Pini Zahavi. Ce dernier n’est pourtant pas l’agent de Neymar, ni même un quelconque représentant de l’attaquant star annoncé au PSG. Non, il est présenté comme un intermédiaire du clan Neymar. Son rôle est essentiel dans ce dossier. L’occasion de se pencher sur le cas de celui que le milieu surnomme "Mr. Fix-it" ("M. réparation"), capable de boucler n'importe quel transfert.

Peu connu du grand public, cet Israélien de 73 ans avait déjà joué les entremetteurs lors du précédent transfert de Neymar, de Santos au Barça, en 2013. Un transfert qui avait fini entre les mains de la justice espagnole, qui découvrait deux ans plus tard que près de 40 millions d’euros de primes à la signature n’avaient pas été déclarés au fisc. Trois personnes s’étaient partagées ce pactole : Neymar Senior, le père du joueur, Wagner Ribeiro, l’agent, et Pini Zahavi. Le procès n’aboutira finalement à aucune condamnation, le tribunal ayant jugé que c’était de l’ordre de la justice sportive et non pénale. Mais la FIFA, elle, n’a rien trouvé à y redire. Il faut savoir que la plainte initiale avait été déposée par le fonds d'investissement brésilien DIS, s’estimant lésé alors qu’il détenait 40% des droits sportifs de Neymar. Droit obtenus grâce... à l’entremise de Pini Zahavi.

"Je change de journal tous les trois ou quatre ans, comme ça j’augmente mon salaire et je touche des indemnités."

Peu de choses ont filtré concernant ce personnage qui, contrairement aux joueurs, cultive volontiers son mystère, mais il pourrait donner bien des leçons à Mino Raiola et Jorge Mendes, réputés pour être les meilleurs agents de la planète. C’est en tant que journaliste qu’il a débuté sa carrière, en Israël. Et selon un de ses collègues de l’époque, cité par The Guardian, il avait pour habitude de dire cette phrase, qui sonne aujourd’hui comme le premier principe du football moderne : "Je change de journal tous les trois ou quatre ans, comme ça j’augmente mon salaire et je touche des indemnités." Cet amateur de gros cigares, décrit comme étant fin et très cultivé, profitera ainsi de la Coupe du monde 1974 pour se nouer d’amitié, à une époque où la proximité entre reporters et joueurs étaient grande, avec nombre d’internationaux anglais. Dont certains, ensuite, deviendront entraîneurs et l’aideront à concrétiser certains transferts, comme l'explique bien le journaliste Romain Molina dans une vidéo sur sa chaîne YouTube. 

En 1979, alors qu’il est encore journaliste, il réalise sa première transaction en tant qu’agent, en envoyant l’Israélien Avi Cohen à Liverpool. C’est seulement dans les années 1990 qu’il exercera ce métier d’agent à temps plein, se spécialisant dans l’Amérique du Sud et l’Afrique. Des territoires où les règlementations sont moins strictes qu’en Europe. C’est précisément en Amérique du Sud qu’il découvre le concept de tierce propriété, à savoir la vente d’une partie de droits des joueurs à des entreprises basées dans des paradis fiscaux. Très vite, il constate que la profession d’agent présente trop de limites par rapport à ses ambitions. "Je ne suis plus agent maintenant, je suis propriétaire de joueurs", affirme-t-il à des journalistes. Des propos repris en avril dernier par The New York Times.

Impliqué dans des transferts douteux avec des clubs de Ligue 1

Pour tout dire, il se définit comme "courtier", faisant le lien entre les clubs et les riches investisseurs. Les transferts de Veron, Staam et Rio Ferdinand à Manchester United au début des années 2000, c’est lui. En 2006, il aide Alexandre Gaydamak à racheter le club anglais de Portsmouth, allant même jusqu’à prêter ensuite de l’argent au club, via une société basée à Gibraltar, pour acheter des joueurs à la valeur pourtant douteuse. Et il touchera ainsi près de 2.000.000 de livres à l’issue d’un procès, quand Portsmouth sera relégué en 3e division pour ses trop lourdes dettes… C’est aussi lui qui trouve un repreneur à Chelsea en 2004 en la personne de Roman Abramovitch. Hasard ou coïncidence : le nom de Zahavi apparaîtra quelques années plus tard dans une enquête, des documents montrant qu’il a touché des commissions sur les transferts (datant de 2004) de Drogba (OM) ou de Cech (Rennes) à Chelsea, alors qu’il n’était a priori pas impliqué dans ces dossiers… Il s’en tirera indemne.

Si flirter avec la légalité est un art, alors Zahavi est un véritable artiste. Le quotidien argentin La Nacion a ensuite révélé que Zahavi avait racheté, via le fonds d’investissement HAZ Sports Agency, le minuscule club suisse de Locarno, par lequel transitera notamment (sans jamais y mettre les pieds) Gonzalo Higuain en passant de River Plate au Real Madrid. Le tout pour contourner des taxes. Mais son coup de maître reste d’avoir servi d’intermédiaire dans le rachat du club brésilien des Corinthians par Media Sports Investments (îles Vierges britanniques), ce qui lui a permis de toucher un paquet de commissions sur des transferts, dont ceux de Carlos Tevez et Javier Mascherano en Angleterre. Les joueurs de Porto arrivés en France en 2009, Lucho Gonzalez et Lisandro Lopez, comme la plupart de leurs partenaires de l’époque, avaient aussi cédé leurs droits à des sociétés obscures, dont une basée en Israël dans le cas de Lucho. Il faut dire qu'à Porto, Zahavi était en effet comme chez lui. Au fait, à l’époque, le directeur sportif se nommait Antero Henrique. Comme on se retrouve.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Le mercato hivernal 2019

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter