Mercato : pourquoi les clubs chinois payent-ils les joueurs aussi cher ?

Football
TRANSFERTS – Voilà maintenant plusieurs années que les clubs chinois font grimper jusqu’à d’incroyables hauteurs les prix des joueurs. On pourrait penser que c’est pour compenser leur manque d’attractivité, mais ce n’est pas la seule explication.

Il fut un temps, pas si lointain, où le montant d’un transfert reflétait plus ou moins la valeur sportive du joueur. Aujourd’hui, force est de constater que ce n’est plus le cas : Cédric Bakambu, attaquant congolais de Villareal, vient de signer au Beijing Guoan contre 74 millions d’euros, soit plus que ce qu’avait coûté Zinedine Zidane au Real Madrid pour l’arracher à la Juventus en 2001. La faute à l’inflation galopante qui s’est emparée du marché des transferts, dans le sillage de l’augmentation des droits TV en Angleterre, conjuguée à la volonté affichée par les écuries chinoises, toutes appuyées par de grosses entreprises locales, de recruter des stars internationales pour accroître leur notoriété. Mais ce ne sont pas les seules raisons.

Une taxe à l'effet pervers

Certes, pour compenser le manque d’attractivité d’un Championnat aussi faible qu’isolé, les clubs chinois doivent souvent surpayer les joueurs. Mais la Fédération, pilotée par le gouvernement, a fini par s’inquiéter de la surenchère permanente et astronomique  des dernières années, qui a conduit les équipes locales à dépenser un total de 388 millions d'euros en transferts lors du seul mercato hivernal de l’an passé. Alors elle a mis en application de nouvelles mesures l’été dernier, pour décourager les clubs de "rechercher des résultats à court terme, se concurrencer aveuglément, acheter des joueurs étrangers à des montants élevés et mener des actions faisant grimper les prix", selon les termes employés dans son communiqué.

Derrière cela, il y a l’ambition du président Xi Jinping de voir un jour la Chine organiser puis remporter une Coupe du monde. Et donc d’offrir aux joueurs locaux la possibilité de progresser. Les clubs sont donc désormais obligés d’aligner, dans leurs onze de départ, au moins trois joueurs chinois de moins de 23 ans et un gardien chinois. Les joueurs étrangers, eux, sont limités à trois par équipe. Surtout, pour chaque transfert de plus de 6 millions d’euros, la Fédération impose une taxe… de 100%. Un argent ensuite directement reversé dans un fonds gouvernemental consacré à la formation des jeunes footballeurs chinois et à la promotion du ballon rond en Chine.

C’est là toute l’ironie de l’affaire : plutôt que de brider les clubs dans leurs dépenses, la mesure gonfle au contraire le montant des transactions. À ce titre, le transfert de Cédric Bakambu est parfaitement révélateur de l’effet pervers de cette taxe : pour l'acheter à Villa, le Beijing Guoan a en fait simplement réglé sa clause libératoire de 40 millions d’euros. Mais, en doublant les 34 millions payés au-delà de la limitation à 6 millions, l’imposition a ainsi fait grimper la note à des hauteurs encore plus improbables que pour des stars telles qu’Ezequiel Lavezzi, Oscar ou Carlos Tevez il y a un an. Comme on dit : le mieux est l'ennemi du bien.

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