Mondial 2022 au Qatar : de nouvelles accusations de corruption

Football
FOOTBALL – Le Sunday Times, dans son édition du dimanche 1er juin, affirme détenir les preuves d'un système de pots de vin de grande ampleur, mis en place par Mohammed Bin Hammam, un haut représentant du football qatari, pour obtenir l'organisation de la Coupe du monde 2022.

Le monde du football avait découvert, le 2 décembre 2010, le visage rayonnant de l'Emir du Qatar, brandissant la Coupe du monde comme le plus précieux des trophées de guerre. Le cheikh Hamad al-Thani (aujourd'hui remplacé par son fils Tamim à la tête de l'Emirat) célébrait l'obtention de l'organisation de la Coupe du monde 2022 dans son confetti désertique. Aujourd'hui, c'est un autre visage, plus ténébreux, qui fait la une des gazettes. Et surtout du Sunday Times, qui révèle les rouages d'un "complot" d'ampleur mondiale, fomenté par Mohammed Bin Hamman, ex-éminence grise du football qatari et président de la Confédération asiatique. Ce négociateur perfide, déjà radié de la FIFA en 2012 pour tentative de corruption alors qu'il souhaitait prendre la tête de l'organisation, aurait organisé un large système de corruption pour permettre à son pays d'organiser la Coupe du monde.

Une caisse noire de 5 millions de dollars

Des soupçons de pots de vin enflaient depuis déjà plusieurs mois. Mais aujourd'hui, le Sunday Times frappe plus fort. Le journal, au terme d'une enquête fouillée, affirme détenir des milliers de documents (emails, lettres, virements bancaires) prouvant la culpabilité de ce Machiavel du Golfe. Un lobbying du carnet de chèque déployé à grande échelle pour faire passer en douceur un dossier fragile (matches par 50 degrés, record d'infrastructures à bâtir, faible culture footballistique locale...) au rang de vainqueur incontestable.

Mohammed Bin Hammam, selon les révélations du quotidien britannique, aurait ainsi mis en oeuvre une stratégie complexe, digne des films d'espionnages aux scenarios les plus retors, pour s'attirer les faveurs des votants. Il arrosait non seulement les protagonistes (1,6 millions de dollars pour Jack Warner, président de la Concacaf, juste avant le vote...), mais aussi leur entourage, histoire de créer un "élan de sympathie" autour du dossier qatari. Le futur représentant de l'Océanie à la FIFA soutiendrait la candidature de l'Australie? Voilà Bin Hamman qui débloque 305 000 euros pour retarder l'exclusion de son prédécesseur (pro-qatari, cela va de soi). Besoin d'un large appui auprès des représentants africains? L'intrigant verse 200 000 dollars sur les comptes des présidents de 30 associations de football africaines, et utilise le prétexte de quelques soirées caritatives pour distribuer de généreux bonus en coulisses...

"Petite mafia"

Ces nouvelles révélations, qui n'ont pas été commentées jusqu'ici par les protagonistes qataris, viennent renforcer un peu plus le jugement du Suisse Guido Tognoni, lequel, en vrai repenti de la FIFA, qualifiait de "petite mafia" l'organisation dirigée par Sepp Blatter. Elles pourraient avoir des répercussions puissantes. Une déflagration qui devrait rejaillir sur la FIFA et ses partenaires "diplomatiques" (on sait que le Qatar a pu bénéficié d'un soutien français dans sa stratégie de lobbying...) et sur la tenue même, au Qatar, d'une Coupe du monde déjà largement discréditée huit ans avant son coup d'envoi.

>>> Retrouvez notre dossier sur le Qatar et la Coupe du monde 2022

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter