Pape Diouf : "Je comprends la décision d'interdire Charlie Hebdo au Sénégal"

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POLÉMIQUE - Ancien journaliste et musulman de confession, Pape Diouf a forcément vécu la tuerie à la rédaction de Charlie Hebdo d'une manière particulière. Invité par La Provence à revenir sur cet évènement tragique, l'ex-président de l'OM assure qu'il ne se sent pas Charlie. Mais alors pas du tout.

On est Charlie ou on ne l'est pas. C'est un peu le dilemme du moment en France, après les attentats qui ont frappé Paris . Car la nouvelle caricature du Prophète publié en une de Charlie Hebdo mercredi dernier a récemment embrasé une partie du monde musulman , ce qui a ouvert un débat sur la légitimité d'une telle reproduction. Chacun a son avis et, lundi dans les colonnes de La Provence , Pape Diouf, musulman de confession et ancien journaliste très attaché à la liberté de la presse, a exprimé le sien.

"Non, je ne suis pas Charlie dans le sens où on l'entend", clame d'entrée l'ex-président de l'OM (de 2005 à 2009). Avant de développer : "Pourquoi donc faut-il être Charlie ? Pour être comme tout le monde ? On peut ne pas accepter cette définition et être humaniste, refuser toutes les formes d'extrémisme et de barbarie. La liberté d'expression n'a pas la même signification pour tout le monde. Quand on sait où les caricatures peuvent mener, quand on sait les conséquences qu'elles peuvent avoir, on doit se montrer responsable plutôt que de privilégier le plaisir personnel."

"Quand on dit que la liberté d'expression fait partie de nos valeurs, je ne suis pas d'accord"

Des propos qui, forcément, risquent de heurter ceux qui ont récemment rappelé leur attachement à la liberté d'expression en France. Que pense donc Diouf du fait que Charlie Hebdo soit interdit au Sénégal, son pays natal ? "Je comprends cette décision, même si je peux ne pas l'approuver, répond-il. Quand on dit que la liberté d'expression fait partie de nos valeurs, je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas une valeur, c'est une pratique. Une valeur ici n'est pas une valeur en Orient ou en Afrique. C'est comme exciser une femme. Il s'agit d'une pratique traditionnelle mais qui est manifestement négative. Une valeur est universelle, humaniste et positive. Elle doit être vraie partout." Le débat ne fait que commencer.

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