Pascal Chimbonda : "Si un joueur à 0 sélection est appelé par Deschamps pour l’Euro 2016, qu’il emmerde ceux qui disent qu’il est une surprise"

Pascal Chimbonda : "Si un joueur à 0 sélection est appelé par Deschamps pour l’Euro 2016, qu’il emmerde ceux qui disent qu’il est une surprise"

INTERVIEW – Avant chaque liste des 23, c’est toujours la même rengaine : y aura-t-il une surprise concoctée par le sélectionneur ? Celle de Didier Deschamps pour l’Euro 2016 (qu’il annoncera jeudi soir sur TF1) n’échappe pas à la règle. L’occasion de prendre des nouvelles de Pascal Chimbonda, la plus emblématique de toutes ces "surprises", et de lui demander ce qu’il en pense. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'ancien latéral, aujourd'hui âgé de 37 ans, en a gros sur la patate.

Comment allez-vous et qu’est-ce que vous devenez ?
Je vais très bien. Je passe mon BEF (brevet d’entraîneur de football, ndlr) et, en même temps, je me mets en situation en coachant les moins de 17 ans de l’AS Mazargues (club du 9e arrondissement de Marseille, ndlr), dont je connais le directeur sportif. Et ça se passe très bien, j’aime beaucoup.

Aujourd’hui, votre nom est devenu une expression. Quand on parle d’une surprise dans la liste d’un sélectionneur, on dit "une Chimbonda", est-ce que c’est quelque chose qui vous fait plaisir ?
Non, c’est un truc qui me casse les couilles. Je ne suis pas une surprise, moi. Je faisais mon petit bonhomme de chemin sans rien demander à personne. On m’a appelé en équipe de France, c’était la cerise sur le gâteau. Les gens ont dit que j’étais une surprise mais moi je n’ai pas volé ma place ! J’ai été élu meilleur latéral de mon Championnat (la Premier League, ndlr). J’étais meilleur que tous les latéraux qui jouaient en France. Donc je ne comprends pas en quoi j’étais une surprise.

Le moment où vous apprenez que vous êtes appelé, en mai 2006, est-ce que ça reste quand même un de vos plus grands souvenirs ?
C’est un bon souvenir, oui.

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Comment l’avez-vous vécu ? Vous attendiez devant la télévision ?
Je n’attendais rien du tout parce que je savais déjà ! Le sélectionneur (Raymond Domenech, ndlr) m’avait appelé plusieurs jours avant d’annoncer sa liste.

Et est-ce que cet appel vous a surpris ?
Non. J’étais en Angleterre et j’étais en relation avec Thierry Henry, qui jouait à Arsenal à l’époque. C’est lui qui, en premier, m’a appelé pour me dire que le sélectionneur voulait mon numéro. Déjà, quand il m’a dit ça, j’avais un peu deviné.

Comment ça s’est passé ?
Bah j’ai accepté qu’il lui donne mon numéro. Ensuite, il m’a appelé et il m’a demandé quels étaient mes projets. Je lui ai répondu que je partais en vacances en famille, comme le Championnat était terminé. Alors il a dit : "Je pense que tes vacances, tu vas les repousser, parce que tu vas peut-être faire partie du groupe. Il y aura deux surprises dans la liste." C’était Ribéry et moi.

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Mais alors, c’est bien que vous étiez une surprise, si même Raymond Domenech vous l’a dit !
Oui, parce que c’était ma première fois en équipe de France ! Je n’avais pas joué le moindre match de qualif’, rien. Après, moi, je ne me suis pas vu comme une surprise, c’est tout. J’ai fait mon taf sur le terrain. Avant que Thierry Henry m’en parle, je ne m’y attendais pas. J’avais booké mes vacances. Je ne pensais pas du tout à l’équipe de France. Mon seul objectif, c’était d’être bon en club. Ensuite, la récompense est venue. En équipe de France, il n’y avait pas de grands latéraux à part Sagnol. Derrière lui, il n’y avait rien (sic). Donc c’était très logique qu’on m’appelle.

Est-ce que c’est plus dur de débarquer dans un groupe au moment d’une grande compétition, alors que personne ne vous attend ?
Oui, c’est difficile. Avec 0 sélection, on n’arrive pas en terrain connu. Heureusement, je connaissais la majorité des joueurs. Il y en avait beaucoup que j’avais affrontés et avec qui j’avais gardé de bonnes relations. Les seuls auxquels je n’avais jamais parlé, c’était Zidane, Sagnol et Trezeguet. Ceux qui jouaient en Angleterre, Makelele, Malouda, Vieira, je les avais tous croisés et le courant était bien passé. Boumsong, j’étais au Havre avec lui. Et puis, dans le groupe, il y avait beaucoup de gars qui venaient de chez moi (les Antilles, ndlr). Alors je me suis vite fondu dans le collectif.

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Vous n’avez pas eu la moindre difficulté d’intégration ?
Non, tout le monde m’a bien accueilli, même ceux que je ne connaissais pas. Il faut dire que je ne suis pas quelqu’un de timide. Je suis allé vers eux. Ça aide.

Est- ce qu’on vous chambrait avec cette fameuse chanson des Guignols ?
Chambrer, non, mais on rigolait un peu avec ça, oui. Il y en avait qui me la chantaient.

Et vous ne trouviez pas ça lourd ?
Entre joueurs, non. Médiatiquement parlant, en revanche, c’était trop. Mon nom s’est mis à sortir de façon négative. Ça soûle. Et maintenant, chaque fois qu’il y a une liste, on le ressort pour parler de surprise. Surprise de rien du tout ! Pour moi, ce sont des jaloux, c’est tout.

Ce statut du joueur surprise, l’aviez-vous traîné tout au long de la Coupe du monde 2006 ?
Non, dans le groupe, les autres ne me disaient rien, j’étais un joueur comme un autre. Les "on dit" viennent toujours de gens qui ne savent rien. Pour beaucoup de gens en France, si tu n’es pas Zidane, il faut jouer dans le Championnat français pour être en équipe de France. Avec Wigan, cette saison-là, on est longtemps restés dans les équipes de tête. En décembre, on était juste derrière Chelsea. Quoi, l’Angleterre n’a pas un bon Championnat ? Regardez N’Golo Kanté. Il joue à Leicester et il est appelé en équipe de France, non ?

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Au final, est-ce que la médiatisation soudaine que vous avez vécue a été une bonne ou une mauvaise chose pour votre carrière ?
Je ne sais pas… Avant d’arriver en équipe de France, il y avait déjà des clubs qui me suivaient, par rapport à mes performances avec Wigan. Donc ça n’a rien changé de ce point de vue-là. Ensuite, j’ai pensé que je pourrais rester en équipe de France, mais ça ne l’a pas fait (Chimbonda n'a finalement disputé que deux minutes avec les Bleus, c'était face au Danemark en prépa à au Mondial 2006 face au Danemark, ndlr). Je suis un peu frustré pour ça. En 2006, juste après la Coupe du monde, je suis parti dans un club plus huppé (Tottenham, ndlr) et je ne me suis pas mis à moins bien jouer. J’étais titulaire à tous les matchs, y compris en Coupe d’Europe. Moi, quand je joue au foot, je ne ressens jamais la moindre pression. Je suis en vie, je suis en bonne santé, je pratique le meilleur sport du monde, pourquoi je me mettrais la pression ?

Si Didier Deschamps appelait jeudi un joueur encore jamais sélectionné dans sa liste pour l’Euro 2016, quels conseils lui donneriez-vous ?
S’il a fait son taf sur le terrain et qu’il bosse en équipe de France, ce sera une bonne expérience pour lui, alors qu’il emmerde tous les gens qui disent qu’il est une surprise ! Et puis qu’il ne reste pas dans son coin, même s’il est réservé par nature, qu’il aille vers les autres. Mais bon, je ne pense pas qu’il y aura des surprises. Et puis, à mon époque, il y avait de gros joueurs, des anciens. Là, il n’y en a pas vraiment. Ce sera beaucoup plus facile d’arriver maintenant.

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