Pelé : "Franck Ribéry est aussi fort que Cristiano Ronaldo"

Pelé : "Franck Ribéry est aussi fort que Cristiano Ronaldo"

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INTERVIEW - Dans ses yeux pétillants, trois Coupes du monde et 1283 buts vous contemplent. Considéré comme le plus grand footballeur de tous les temps, le roi Pelé, de passage à Paris dans le cadre du Trophy Tour Fifa par Coca-Cola, a accordé un entretien en tête à tête à metronews.

Dans l'esprit des Brésiliens, la Seleçao a le devoir de venger l'équipe de 1950, qui avait échoué en finale à domicile. Cette pression ne risque-t-elle pas d'être trop forte pour les joueurs ?
(Rires) Au Brésil, chaque match de l'équipe nationale implique énormément d'attente parce que les Brésiliens ne pensent qu'à gagner. Maintenant, imaginez une Coupe du monde là-bas... Il y aura forcément beaucoup de pression sur les joueurs. Mais presque tous ont de l'expérience. Ils évoluent en Europe et y sont habitués. Je pense que l'équipe devrait survivre (rires).

Vous aviez 9 ans en 1950, quand l'Uruguay a remporté la Coupe du monde au Brésil. Vous dites que vous avez vu votre père pleurer ce jour-là. Quelles conséquences cet épisode a eu sur votre carrière et surtout sur vos trois victoires en Coupe du monde ensuite ?
Je ne peux pas répondre à cette question parce que je ne sais pas. C'est vrai que je l'ai vu fondre en larmes. À l'époque, je jouais au foot dans la rue avec mes amis. Il n'y avait pas la télévision, nous ne pouvions suivre les matches qu'à la radio. Mon père était très triste, comme tous ses partenaires du club de foot de Bauru, qui étaient là aussi. Je lui ai demandé pourquoi il pleurait et il m'a simplement répondu : "Le Brésil a perdu la Coupe du monde." Sur le moment, je ne savais pas quoi faire pour le consoler. J'étais un enfant et je lui avais répondu que je gagnerais une Coupe du monde pour lui. Mais, sincèrement, jamais je n'aurais imaginé que, huit ans plus tard, je la remporterais en Suède.

Comme vous, Neymar est devenu une star à Santos. Le voyez-vous devenir une icône planétaire ou craignez-vous qu'il se perde un peu comme Robinho ?
C'est un excellent joueur, c'est sûr. Mais il n'a que 22 ans, il est trop jeune pour qu'on sache. Ce sera sa toute première Coupe du monde. Il est déjà l'une des stars de la Seleçao et peut-être que la pression sera trop forte pour lui. Mais les six mois qu'il vient de passer à Barcelone juste avant le Mondial devraient beaucoup l'aider. L'Europe permet aux joueurs de grandir plus vite, c'est très différent du Brésil. Alors peut-être qu'il dépassera tout ça. En tout cas, je suis persuadé qu'il fera une très grande carrière. Je le connais bien, il fait partie de notre équipe de Santos. Je l'ai vu débuter avec les moins de 17 ans. Mon fils Edinho, ancien gardien de but de Santos, a été son coach. Je suis donc bien placé pour vous dire que Neymar a énormément de talent et un bel avenir devant lui.

Quand vous voyez Messi et Ronaldo jouer, vous dites-vous que vous feriez aussi bien ?
Je pense qu'il est plus facile de jouer aujourd'hui (rires). Parce qu'à mon époque, il n'y avait pas les cartons jaune et rouge pour protéger les joueurs. Il n'y avait pas tous ces médias autour pour surveiller les moindres faits et gestes sur le terrain. Maintenant, les joueurs sont très entourés, soutenus même. Ils sont préparés bien plus efficacement. Mais je ne crois pas que le football ait changé. Il est important de dire aux gens que quand un joueur est bon, il l'aurait été quelle que soit l'époque.

On dit que les gardiens et les défenseurs étaient moins bons en ce temps-là...
Ça dépend ! Il y a toujours eu des bons et des mauvais gardiens (rires). À mon époque par exemple, il y avait Yachine (seul portier à avoir remporté le Ballon d'or, en 1963, ndlr), Banks ou Gilmar (deux fois champion du monde avec lui en 1958 et 1962, ndlr), tous d'excellents gardiens. À tous les autres postes, et de tous temps, il y a eu de nombreux joueurs que l'on pourrait comparer à Pelé ou Messi. Mais les gens ont oublié les Garrincha, Di Stefano, Zidane... Le football a toujours connu assez d'immenses joueurs pour que l'on puisse faire des comparaisons.

Qui est pour vous le meilleur joueur de la planète aujourd'hui ?
Il y en a plusieurs qui évoluent à peu près au même niveau, personne ne se détache vraiment, à mon avis. Parlons par exemple de Xavi. Il n'est jamais cité parmi les grands noms alors qu'il est vraiment excellent. Les gens oublient ce genre de joueurs parce qu'ils ne marquent pas assez de buts. Une injustice vécue par Beckenbauer à mon époque. Il était immense mais n'a jamais reçu autant de compliments que Pelé ou Zico. Encore une fois, il y a eu énormément de grands joueurs. Aujourd'hui, il y a Messi. Avant, c'était Maradona. Ce sera toujours comme ça.

Que pensez-vous de Franck Ribéry ? Le situez-vous parmi les meilleurs du monde, même s'il marque moins de buts que Messi ou Ronaldo ?
En ce moment oui, sans aucun doute. Il est aussi fort que Ronaldo.

Au mois de juin dernier, le Brésil a battu la France (3-0) juste avant la Coupe des Confédérations. Ce score traduit-il la différence de niveaux entre les deux équipes ?
Le football est une boîte à surprises. Ce n'est qu'une question de timing. Les trois derniers matches importants que la France a eu à disputer contre le Brésil, en Coupe du monde (1986, 1998 et 2006, ndlr), elle les a remportés. Là, c'est un amical qu'elle vient de perdre (rires). Il ne faudra pas y faire attention si les deux équipes se rencontrent durant ce Mondial. Vous pouvez perdre un match, que vous jouiez bien ou mal. Tout peut arriver en un match.

Depuis qu'il a remporté la Coupe des Confédérations, le Brésil est devenu le grand favori de cette Coupe du monde et jamais le grand favori annoncé n'a remporté la Coupe du monde. Est-ce que le statut d'outsider ne convenait pas mieux à la Seleçao ?
On ne peut pas contester le fait que cette victoire en Coupe des Confédérations a fait du bien au Brésil. Nous avons eu du mal à mettre une équipe sur pied durant les deux années qui ont précédé ce tournoi. Ça a été fait durant cette Coupe des Confédérations, avec un nouveau coach. C'était très important du point de vue de la confiance. Aller jusqu'en finale et battre l'Espagne, qui est pour moi la meilleure équipe nationale du monde, a fait énormément de bien à tout le monde.

Quelles sont les forces et les faiblesses de cette Seleçao ?
Le Brésil a toujours eu une excellente équipe. Et c'est bien pour ça que notre sélection est celle qui a remporté le plus de Coupes du monde (cinq en tout, ndlr). Mais pour celle-ci, ce sera un peu différent. De tous temps, le Brésil est allé au Mondial avec de très grands attaquants. Et là, pour la première fois de notre histoire, nous avons les meilleurs défenseurs. Ce sera clairement le point fort du Brésil durant ce Mondial, alors que notre attaque n'est pas au top. Il nous manque un avant-centre comme Romario ou Zico. Mais nous avons quand même une très grande équipe.

Vous avez vu jouer l'Algérie la semaine dernière à Blida (victoire 2-0 face à la Slovénie), qu'en avez-vous pensé ? Cette équipe peut-elle créer la surprise au Mondial ?
Je vais vous dire, évidemment que si vous comparez l'expérience des joueurs algériens à celle des joueurs de l'Argentine ou de l'Italie, il est difficile de penser qu'il peuvent aller très loin. Mais aujourd'hui, toutes les équipes évoluent à un niveau très proche. Aucune de celles qui se sont qualifiées n'est faible. Chaque sélection sera très dure à jouer parce que tous les entraîneurs ont vu les autres à la télévision et savent comment s'y prendre pour les contrer. En Coupe du monde, aucun match ne sera facile.

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