Les pesticides bientôt interdits sur les terrains de foot ?

Football

ENVIRONNEMENT – Débattue au Sénat vendredi, la question de l’usage des pesticides sur les terrains de sport devrait faire l’objet d’une proposition de loi en 2020. En attendant, plusieurs problématiques émergent.

Généralement conseillée dans une optique de préserver, voire améliorer, son état de santé, la pratique du sport peut aussi s’avérer dangereuse. Il y a cinq mois, une enquête du quotidien L’Équipe, consécutive à la publication en 2018 dans Libération d’une tribune sur le sujet rédigée par des chercheurs du CNRS de l’Inserm, de l’Université, et de l’Inra, mettait en effet en lumière les risques encourus par les footballeurs, les rugbymen ou les golfeurs en raison de l’usage de pesticides pour traiter les pelouses. 

La question a fait l’objet d’un colloque au Sénat vendredi dernier, durant lequel a émergé la perspective d’une proposition de loi en 2020 afin d’interdire cette pratique.

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"Trous dans la raquette"

Il faut d’abord savoir qu’une loi existe déjà, depuis 2014, interdisant l’usage de ces produits dits phytosanitaires pour l'entretien des espaces verts dans les communes... À deux exceptions près : les cimetières et les terrains de sport. 

"Il y a eu une levée de bouclier à l'époque pour le sport, c'était extrêmement compliqué", expliquait, ce lundi sur France Inter, le sénateur du Morbihan Joël Labbé, à l’initiative de cette loi, qui porte son nom. "C'est un sujet sensible et au final il m'a semblé que si tout le reste était interdit, on pouvait quand même avancer", a-t-il poursuivi. "Aujourd'hui, il est temps de réfléchir à ces 'trous dans la raquette'." Les trous, en l’occurrence, étant les terrains, sur lesquels s’époumonent de jeunes enfants.

"Zéro phyto = zéro moyen"

Le terme de trou renvoie aussi à ce qui pourrait poser problème, notamment à l’échelon professionnel. Car si l’inhalation de ces pesticides peut provoquer des cancers ou des maladies telles que Parkinson, la perspective de leur abandon fait craindre, elle, une dégradation de la qualité des pelouses, ces produits ayant vocation à limiter le développement des champignons parasites. 

Durant le débat de vendredi au Sénat, Michel Raviart, président de la Commission fédérale des terrains et installations sportives au sein de la Fédération française de football (FFF), témoignait ainsi : "Le constat que l'on fait à travers les 25.000 pelouses classées pour la compétition, c’est qu’on a une baisse de qualité. L'équation actuellement est la suivante : zéro phyto = zéro moyen."

Il faut que les pelouses soient jouables en hiver- Patrice Therre, membre de la commission "surfaces de jeu" à la LFP

Même son de cloche du côté de Patrice Therre, membre de la commission "surfaces de jeu" à la Ligue de football professionnel (LFP) : "On aurait des pelouses par endroit grillées, dégarnies. Je ne dis pas qu'elles ne seraient pas jouables, mais elles seraient sur le plan esthétique extrêmement dépréciées. Aujourd'hui, on demande beaucoup de choses à ces pelouses. Il faut qu'elles soient jouables en hiver, il ne faut pas qu'elles gèlent et il n'existe aucun système au monde qui permet d'obtenir ça sans couvertures de produits phytosanitaires."

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Le sénateur Joël Labbé a cependant insisté sur la nécessité de distinguer un enjeu de santé publique des contraintes propres au milieu du sport. "C'est si sensible qu'il faudra faire la part des choses", préconise-t-il en effet. "L'objectif, c'est de sortir de ces fongicides. Mais peut-être d'une façon différée pour les terrains d'honneur. Donc je veux bien attendre un peu. On veut y aller doucement, mais nous sommes déterminés. On saura attendre pour les terrains de sports professionnels. En revanche, pour les terrains d'entraînement sur lesquels les jeunes joueurs pratiquent, il ne faudra pas tarder."

Finalement, les sportifs ont convenu qu'avoir un peu de trèfle sur la pelouse ne gênait pas le jeu.- Bertrand Martin, directeur-adjoint aux jardins de la préfecture de l'Ille-et-Vilaine

Au Sénat, les partisans de l’interdiction ont d’ailleurs mis en avant l’exemple de Rennes, où, depuis 2011, on n’utilise plus aucun produit phytosanitaire pour entretenir les 23 terrains de sport de la ville. "En 2010, nous avons fait un premier test sur un terrain", y détaillait Bertrand Martin, directeur-adjoint aux jardins de la préfecture de l'Ille-et-Vilaine. "On a vu que ça fonctionnait et, un an plus tard, on l'a généralisé sur toutes les surfaces de jeu." Lesquelles sont, au dire de la municipalité, parfaitement praticables aujourd’hui. "Finalement, les sportifs ont convenu qu'avoir un peu de trèfle sur la pelouse ne gênait pas le jeu."

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Pour en arriver là, il a toutefois fallu que les jardiniers s’adaptent du point de vue technique, et surveillent bien plus fréquemment leurs pelouses. Lors des débats de vendredi, un consensus a ainsi été trouvé autour de la nécessité de formations, sous l'égide du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT), à destination des employés communaux en charge des terrains de sport. 

Signe que le processus est déjà enclenché, et donc que l’urgence est reconnue au niveau politique. "On peut se dire à l'année prochaine", a en effet lancé Joël Labbé. "Il y aura besoin de législatif. Ça partira du Sénat puis ira à l'Assemblée. On n'est pas là pour faire des discours mais pour avancer."

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