Pourquoi Ada Hegerberg, la meilleure joueuse du monde, refuse-t-elle de disputer la Coupe du monde 2019 ?

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La Coupe du monde féminine de football 2019

FOOTBALL - Ada Hegerberg, devenue en décembre dernier le premier Ballon d'or féminin de l'histoire, ne participe pas à la Coupe du monde organisée cet été en France alors que son équipe nationale, la Norvège, y participe. Une décision personnelle.

Si les proverbes recèlent souvent des vérités très profondes, ce n’est pas toujours le cas. L’adage disant, par exemple, que les absents ont toujours tort ne s’applique sans doute pas à Ada Hergerberg, incontestable meilleure joueuse du monde, au-delà même du Ballon d’or (le premier de l’histoire décernée à une femme) qu'elle a remporté en décembre dernier, et qui manquera la Coupe du monde à venir cet été (7 juin-7 juillet) alors que son équipe nationale, la Norvège, est qualifiée. Parce que la décision de l’attaquante de 23 ans de faire l’impasse sur le plus grand de tous les tournois porte une signification dépassant assez largement le simple cadre du sport.

La fédération norvégienne ciblée

On rembobine. Le 24 juillet 2017 aux Pays-Bas, la sélection norvégienne s’incline face à son homologue danoise (0-1) et quitte l’Euro, dont elle est pourtant l’une des favorites, dès l’issue de la phase de groupes. À ce camouflet s’ajoutent des critiques émises par les médias de son pays, et même par certaines de ses coéquipières, taxant la jeune star d’arrogance. Résultat : Ada Hergerberg, furieuse, profite du premier micro qui se tend à sa sortie du terrain et annonce sa "mise en retrait" de l’équipe nationale. "Si la sélection veut atteindre les objectifs et les résultats que l'encadrement a fixés, ça nécessite selon moi des améliorations dans plusieurs domaines, à la fois dans la planification, dans l'exécution et dans le suivi", argue-t-elle alors.

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Elle n’est pas revenue, depuis, sur cette décision. La Fédération norvégienne, clairement ciblée, avait pourtant vite réagi : dès décembre 2017, elle a mis en place l’égalité des salaires entre joueurs et joueuses, nommant au passage une directrice sportive, l’ancienne joueuse Lise Klaveness, dont la mission consiste à consacrer autant de temps aux sélections féminines qu’à leurs homologues masculines, tout en développant un centre de formation pour les femmes désirant devenir coach, l’idée étant de les mener ainsi au plus haut niveau. Des efforts inédits, à échelle mondiale, dans le football féminin.

En Norvège, le football est le sport le plus populaire pour les filles depuis des années, mais elles n’ont toujours pas les mêmes opportunités que les garçons.- Ada Hegerberg

Nécessaire mais pas suffisant aux yeux d’Ada Hegerberg. "Beaucoup de choses doivent encore être faites pour améliorer les conditions de travail des footballeuses", affirmait-elle à l’agence AP l’an dernier, sans s’étendre sur lesdites "choses". Avant de développer sur Canal+ : "En Norvège, le football est le sport le plus populaire pour les filles depuis des années, mais elles n’ont toujours pas  les mêmes opportunités que les garçons. La Norvège a une grande histoire dans le football féminin mais c’est plus difficile maintenant. Nous avons cessé de parler de développement et d’autres pays nous sont passés devant... C’était important pour moi de prendre une décision. J’ai donné mes raisons à la fédé, mais les détails restent entre nous."

Interrogée à ce sujet par AP récemment (le 23 mai), Lise Klaveness, la directrice sportive de la fédération norvégienne, qui a fait des pieds et des mains, ces derniers mois, pour tenter de faire revenir le Ballon d’or en sélection, expliquait : "Elle dit qu’elle ne peut pas donner le meilleur d’elle-même dans ce système. Je n’ai pas renoncé (à lui faire changer d’avis) mais nous avons besoin de nouer une relation de confiance et de nous parler plus directement, pour trouver un point de départ commun et peut-être l’avoir avec nous après la Coupe du monde. Voilà où nous en sommes."

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Ada Hergerberg, elle, vient de claquer un retentissant triplé avec Lyon face à Barcelone (4-1) lors de la dernière finale de la Ligue des champions, portant à 44 son nombre de buts (en 46 matchs) dans la compétition-reine. La veille de cette finale, elle confiait au Parisien : "Un Ballon d’or vous donne une voix plus forte. Mais je me suis toujours considérée comme quelqu’un qui représente mon sport. J’ai toujours porté des responsabilités. Mais on doit être plusieurs à le faire. Moi, je ne parle pas souvent d’argent. La base de la base, ce sont dans les attitudes, le respect pour les filles qui jouent au foot. Si cette base de respect existe, il y aura plus de moyens, d’installations, d’investissements. Tout est lié. Il y a une évolution et c’est tant mieux. Mais il y a encore beaucoup trop de beaux discours."

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Lyon - FC Barcelone : Voir l'énorme match d'Ada Hegerberg en vidéo

Sur sa décision de renoncer au Mondial, elle a dit : "Je représente mon pays quand même. C’est ça que les gens oublient. Je suis norvégienne, je suis très fière d’être norvégienne. Je ne représente pas ma fédération, mais je représente mon pays. C’est dur de prendre une telle décision, mais c’est encore plus dur de ne pas être cohérente avec soi-même et avec ses valeurs. Ce n’est pas une décision que vous prenez quand vous avez de l’ego, mais quand vous ne vous pouvez plus faire autrement vis-à-vis de votre conscience. J’ai choisi mon chemin. J’assume."

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De fait, en tout cas, son initiative en a appelé d’autres : depuis l’été 2017, les joueuses américaines ont poursuivi leur fédération en justice et obtenu l’égalité salariale, celles de l’équipe d’Irlande ont menacé de se mettre en grève, tandis que les Danoises ont délibérément fait l’impasse sur un match de qualification contre la Suède, entraînant leur élimination... et des avancées significatives (et définitives) en termes de salaire. Face à ce constat, Lise Klaveness fait contre mauvaise fortune bon cœur : "Nous sommes heureux que ce débat ait permis qu’on accorde plus d’attention et de respect aux footballeuses. Et je vois la décision d’Ada comme un vrai déclic pour changer les choses. Mais j’aurais juste aimé qu’elle soit dans notre équipe pendant la Coupe du monde."

Une consolation, tout de même, pour nous autres Français : Ada Hegerberg fera (aussi) entendre sa voix sur TF1 et TMC, pour lesquelles elle commentera plusieurs matchs du Mondial, dont un certain France-Norvège, le 12 juin à 21h.

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