Primes d’éthique au PSG (et ailleurs), mythes et réalités

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FOOTBALL – Jeudi 8 novembre, "Envoyé spécial" a remis en lumière les primes d’éthique que touchent les joueurs du PSG, pour "saluer les supporters", a dit le magazine de France 2. De quoi s’agit-il exactement ? Et est-ce une spécificité parisienne ? Réponses concrètes.

Les plus jeunes appellent cela une punchline, les moins jeunes une phrase forte. Celle qui ressort du sujet d’Envoyé spécial, diffusé ce jeudi soir sur France 2, consacré au PSG dans le cadre des révélations des Football Leaks, est la suivante : "Neymar touche 375.000 euros net pour aller saluer les supporters". Ce montant est en fait celui de la prime d’éthique incluse dans le contrat du joueur. Tous les footballeurs professionnels du PSG en touchent une, proportionnelle (à hauteur de 12%) à leur salaire. Celle du capitaine, Thiago Silva, avait été dévoilée fin 2016, déjà par les Football Leaks : elle s’élève à 33.333 euros. Des chiffres qui ont de quoi choquer. Raison de plus pour s’y attarder.

Une prime d'image plutôt que d'éthique

Dans un contexte où le club est déjà secoué par l’affaire du fichage ethnique de ses jeunes joueurs, la direction du PSG a d’ailleurs pris soin de réagir au reportage d’Envoyé spécial, dans un article du Parisien, expliquant que "saluer les supporteurs n’est que l’une des règles qui, si elle est respectée, permet aux joueurs de toucher une prime d’éthique". Cette prime a surtout été mise en place par les Qataris pour contrôler l’image du club, qu’ils veulent la plus lisse possible : avec la menace d’être frappés au portefeuille, les propriétaires présument que les joueurs se tiendront à carreau. Ce qui n’a pas toujours été le cas.

Lorsque Serge Aurier avait, en février 2016, insulté son entraîneur et certains de ses coéquipiers sur le réseau social Periscope, il se l’était vu retirer. Plus récemment, Edinson Cavani, rentré en retard, en janvier 2018, de ses vacances en Uruguay, et Marco Verratti, arrêté pour conduite en état d’ivresse la semaine dernière, s’étaient, eux, vus retirer une partie de cette prime. Mais ces cas sont rares. Remplacé en 1ère période après l’expulsion de Presnel Kimpembe lors de PSG-OL (5-0) le 7 octobre, Cavani, mécontent, n’était pas allé saluer les supporters avec ses partenaires après le match. Neymar, la saison dernière, l’avait très peu fait. Cela n’avait abouti à aucune sanction. Dans les faits, ce sont donc les répercussions médiatiques d’un manquement qui ont conduit, jusqu'alors, la direction parisienne à sanctionner via cette cette prime.

Un malus plutôt qu'un bonus

En théorie, cette notion particulière de "l’éthique" ratisse pourtant très large : comportement exemplaire vis-à-vis des coéquipiers, des adversaires et des arbitres ; interdiction de parier sur des matchs des compétitions auxquelles participe le PSG ; respect du personnel du club ; ponctualité et assiduité aux entraînements ; ne pas consulter son téléphone ou sa tablette dans le vestiaire ; aller applaudir les supporters à la fin des rencontres ; respect des engagements médiatiques... Sur ce dernier point, notons, à titre d’exemple évocateur, que répondre à un journaliste sans en avertir le club au préalable est passible de cette sanction, ce qui était arrivé à Javier Pastore fin 2011.

Si le PSG a eu recours à cette prime, c’est d’abord parce que le droit du travail français interdit les sanctions financières directes comme les amendes et les retenues sur salaire (arrêt de la Cour de Cassation du 15 mai 2014). C’est aussi une manière de dégonfler un peu les salaires, l’usage étant, dans la plupart des clubs de Ligue 1, d’ajouter une part variable de 40%, via des primes et des clauses, aux rémunérations fixes des joueurs, ainsi moins élevées.

En Angleterre, le "loyalty bonus"

En France, la prime d’éthique s’est généralisée dans le sillage du PSG, affirment de nombreux agents. Mais seuls trois cas sont publiquement connus : Paris, Lyon et… Clermont Foot, où la prime représente 2% du salaire. Elle est aussi répandue dans le Top 14 de rugby, où le Racing 92 ou Toulon y ont aussi recours, sans se cacher. Et dans le football étranger ? Elle n’existe pas en Espagne ou en Italie, par exemple, car le droit du travail y permet de faire des retenues directes sur salaire. Mais en Angleterre, le "loyalty bonus", inclus dans certains contrats, comme celui de Mario Balotelli avec Liverpool signé en 2014, reprend le concept.  L’Italien touchait un millions de livres (1,194 million d’euros) en plus à la fin de chaque saison s’il n’était pas exclu trois fois pour "comportement violent" ou... "crachat sur un adversaire". Cela ne s'invente pas.

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