Propos de Denis Balbir sur les femmes commentatrices : qu'en pensent les journalistes sportives ?

Propos de Denis Balbir sur les femmes commentatrices : qu'en pensent les journalistes sportives ?

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RIPOSTE - Après les propos de Denis Balbir estimant que les femmes ne peuvent pas commenter les matches de football car "elles vont monter dans les aiguës", plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer l'analyse du commentateur de M6 qui, depuis, a fait marche arrière.

"Une femme qui commente le foot masculin, je suis contre". Ces mots sont ceux du journaliste Denis Balbir, prononcés ce mardi. Après ses propos homophobes captés hors antenne lors du match OM-Leipzig en avril dernier, qui lui avait valu d'être suspendu à titre conservatoire, le commentateur de M6 a cette fois tenu à livrer son avis sur la place que devrait tenir les femmes journalistes. Il s'est depuis excusé, regrettant "la mauvaise interprétation de [ses] propos."


Invité de l'émission Le Buzz TV du Figaro, le journaliste passé auparavant par Canal+ s'était laissé aller. "Dans une action de folie, elle va monter dans les aiguës", a-t-il lâché. Avant d'ajouter, dans un éclair de lucidité : "Je sais qu'on va me traiter de misogyne et de sexiste. Mais ce n'est pas parce que c'est une femme ! C'est parce que le timbre de voix ne fonctionnerait pas".

Cette saillie, à quelques heures du coup d'envoi de France-Allemagne qu'il commentera sur M6 ce mardi (20h45), a suscité de vives réactions. À l'image de Candice Rolland, commentatrice sur la Chaîne L'Équipe, citée sans être nommée par Denis Balbir dans son entretien. "C'est l'heure de ma piqûre d'hormones !", lui a-t-elle répondu sur Twitter, accompagné du #voixgrave. D'autres consœurs, à l'instar d'Isabelle Moreau, l'un des premiers visages du Canal Football Club, et d'Anne-Laure Bonnet, la journaliste "bord terrain" polyglotte de beIN SPORTS, ont exprimé leur lassitude face à la répétition de tels propos à caractère sexiste et misogyne.

"Les propos sont complètement assumés"

Un sentiment que les journalistes que LCI a pu interroger partagent. "Je viens de découvrir ça. J'ai écouté l'interview en entier pour être sûre qu'il n'y a pas d'erreur. Là, ce n'est pas le cas. Même s'il ne semble pas à l'aise, il en parle pendant deux minutes", relate à LCI Cécile Grès, journaliste "bord de terrain" à Eurosport. "Le premier réflexe a été de soupirer et de lever les yeux en l'air comme l'emoji", ajoute Charlotte Namura, chroniqueuse à Téléfoot, pour qui "les propos (de Denis Balbir, ndlr) sont complètement assumés". "Penser ça c'est une chose, prendre la responsabilité de le dire dans un média grand public c'en est une autre."


Les deux femmes sont d'accord pour souligner le côté rétrograde des propos de leur confrère. "On dirait qu'il y a une loi écrite par les hommes pour dire que les femmes doivent être à cette place-là, et pas à celle-ci. C'est marqué nulle part. J'identifie cette action à un coup de pied de gamin dans un château de sable. Les fondations sont fragiles et on tape dedans comme ça", déplore la journaliste de TF1, qui nous raconte "être décrédibilisée tous les jours sur les réseaux sociaux en raison de [sa] position de femme, de [son] statut et de [sa] place dans le métier."

"Pas là à minauder toute la journée"

Concernant l'argument de Denis Balbir sur les voix féminines "qui montent dans les aiguës", Cécile Grès "trouve ça un peu cliché", elle qui avait déjà regretté de "cantonner quelqu'un à quelque chose d'inexorable" dans un interview pour Cheek Magazine. "Il y a des femmes qui peuvent avoir des voix très agréables. On n'est pas non plus à minauder toute la journée, je ne sais pas d'où ça sort. Il y a aussi des hommes qui ont des voix très aiguës et qui peuvent être désagréables à écouter", défend Charlotte Namura. "D'ailleurs, Denis (Balbir) peut parfois monter dans les aiguës", surenchérit la chroniqueuse, en guise de pied de nez au commentateur. 


Pour Cécile Grès, "il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac". "Je ressens moins cela avec la nouvelle génération", poursuit-elle. Véritable touche-à-tout dans l'univers du journalisme sportif, la jeune femme est devenue en quelques années l'une des figures du paysage médiatique féminin du rugby français. "À Eurosport, j'ai une position privilégiée sur la pelouse. On travaille sur un pied d'égalité avec Olivier Canton (le commentateur en cabine, ndlr). On pourrait dire que c'est une sorte de commentaire à trois. Je fais aussi des plateaux avant les matches et je suis de nouveau à l'antenne pendant la mi-temps", nous explique-t-elle.

"Les compétences avant tout"

Les deux journalistes ont le souci de faire que ce genre de sorties inappropriées, sexistes et misogynes n'empêchent pas les adultes de demain de faire du journalisme leur métier. "Vous savez, il y a beaucoup de jeunes filles qui rêvent d'être journaliste, et à cause de propos comme ça, elles ne vont jamais l'assumer. Elles vont peut-être passé à côté d'une carrière. D'où le tweet que j'ai fait cet après-midi (mardi, ndlr) pour leur dire de ne pas écouter ce qu'il se dit", précise Charlotte Namura,  qui se dit "fatiguée" par la répétition de ces situations. "À partir du moment où une phrase commence par 'une femme ne pourra jamais', l'erreur est commise."

Tous les deux en appellent à un retour aux fondamentaux, à savoir "les compétences avant tout" comme l'explique Cécile Grès. "Moi, je n'ai pas la compétence de prendre les manettes d'un commentaire mais j'ai des consœurs qui en sont capables", ajoute Charlotte Namura. "Il y a des hommes compétents et d'autres qui ne le sont moins. C'est pareil pour les femmes."

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