Malade de football, causeries d'avant-match, proche des remplaçants... : mais c'est quoi la méthode Emery ?

Malade de football, causeries d'avant-match, proche des remplaçants...  : mais c'est quoi la méthode Emery ?

INTERVIEW – Au lendemain de l'exploit du PSG face au FC Barcelone (4-0), nous republions cet article sur la personnalité d’Unai Emery, recruté l'été dernier pour faire passer un cap au club de la capitale. Romain Molina, auteur de la biographie "Unai Emery, El Maestro", nous aide à mieux connaître le technicien basque.

Si vous pensiez tout connaître d'Unai Emery, vous vous trompez. Fin tacticien, acharné du travail, exigeant, pointilleux, véritable adepte de la vidéo, l’Espagnol a débarqué en France avec ses méthodes, sa philosophie, un nouveau staff. A l'occasion de son succès prestigieux face au FC Barcelone (4-0), nous republions notre rencontre avec Romain Molina, auteur de la biographie Unai Emery, El Maestro (ed. Hugo Sport), riche de 46 témoignages de joueurs et entraîneurs qui ont côtoyé le coach du PSG.

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LCI : Quel a été le point de départ de cette biographie sur Unai Emery ? Son arrivée au Paris Saint-Germain l'été dernier ?

Romain Molina : C'est mon éditeur qui m’a proposé fin juillet-début août de faire ce projet et de vulgariser Emery. Mais moi je n'avais pas envie de vulgariser le personnage. Donc j'ai appelé Igor Emery, le frère d'Unai, et je lui en ai parlé. En revanche, j'ai demandé une totale liberté à Unai et puis c'était parti. J'ai récolté plus de 40 témoignages. Le PSG n'a pas eu son mot à dire là-dessus. Personne ne l'a lu avant. J'ai laissé toutes les confidences des joueurs et entraîneurs pour que ce soit le plus intimiste possible.

LCI : Racontez-nous votre long entretien avec Unai Emery à la fin du livre. Comment s'est déroulée la rencontre ?

Romain Molina : On devait faire l'entretien avant le match à Arsenal, un dimanche (en novembre). Finalement, son frère m'appelle et me dit qu'Unai n'arrivait pas à se sortir de la préparation de ce match. Il était vraiment trop dedans, il ne parlait plus et s'était mis en mode commando. Il terminait de visionner les matches à 2-3 heures du matin pour voir la tactique à adopter, le discours à tenir pour chaque joueur. On a finalement réalisé l'entretien le vendredi, juste avant le déplacement à Lyon. On n'a pas compté le temps, on a fini sur les coups de minuit, il était à la salle de sport avant... Il a été vachement franc et il ne m'a pas servi la soupe. Il est notamment revenu sur sa relation avec Carlos Bacca (FC Séville), qui l'a insulté de tous les noms. Ou encore sur l'anecdote des paris sportifs où il raconte qu'il se mettait perdant car il n'avait pas confiance.

LCI : Quel est le trait de caractère qui vous a le plus marqué dans la personnalité d'Unai Emery ?

Romain Molina : Tout d'abord, j'ai essayé de faire ce livre sans un regard biaisé. Donc j'ai voulu entendre des personnes avec qui ça s'est bien passé et d'autres avec qui ça s'est moins bien passé. Certains n'ont pas voulu répondre comme Valeri Karpin (ex-entraîneur du Spartak Moscou), Monchi (directeur sportif du FC Séville). Mais tous les gros joueurs ont bien voulu témoigner et ça signifie quand même quelque chose du gars. Même David Villa, qui n'est pas très proche d'Emery, a bien voulu parler. Il a mis en lumière sa capacité d'échange. C'est un homme qui aime la confrontation et qui veut entendre le joueur argumenter pour qu'il progresse. Car Unai est toujours dans une quête de progression, c'est son fameux "chemin". Mais sinon c'est quelqu'un de têtu, de travailleur et d'humain avant tout.

Regarder 5 fois Guingamp-PSG, c'est limite du Bielsa !- Romain Molina

LCI : Au fil des années passées à Lorca, Almeria, Valence on remarque justement qu'il est constamment dans l'échange avec ses joueurs et qu'il entretient des rapports forts avec eux...

Romain Molina : Il faut reconnaître que c’est quelqu'un de très intellectuel, cérébral. C'est pour ça que ça se passe très bien au PSG avec des joueurs comme Thiago Motta, Maxwell, Thiago Silva ou Verratti. Pourquoi ça colle avec Verratti ? Parce qu'il aime le foot et qu'il arrive à avoir des débats. Aujourd'hui, Emery effectue un gros travail avec lui. Il est habité par le foot, d'où l'expression employée par Alvaro Negredo "un enfermo de futbol" (un malade de football) où l'on se demande si Emery ne bais... pas football. Car regarder cinq fois Guingamp-PSG (2-1), c'est limite du Bielsa ! Mais pour lui, le football est avant tout une vraie passion.

LCI : La chose assez marquante, c'est qu'Unai Emery tenait à ce que le livre comporte des critiques de la part de ceux qui l'ont côtoyé...

Romain Molina : Oui, par exemple, Emery m'a transmis le numéro du directeur sportif du Spartak Moscou. Le seul contact qu'il m'a donné, c'était pour qu'on le critique, ça c'est un concept ! C'était un lundi soir, Igor Emery m'appelle, et j'entends Unai derrière, avec son français hésitant, lui dire qu'il voulait des critiques... Emery est contre le culte de la personnalité et c'est pour ça qu'il met souvent en avant tout le travail de son staff et de son fidèle adjoint Juan Carlos Carcedo. D’ailleurs, Emery est plus dur que Carcedo. Du fait qu’il soit adjoint, il est proche des joueurs, même si Unai l’est également. A Paris, Carcedo a eu un rôle très important avec les jeunes comme Kimpembe et Areola.

LCI : Y a-t-il eu des réticences chez certains joueurs du PSG lors de son arrivée ?

Romain Molina : Emery a eu beaucoup de discussions avec le groupe, il a beaucoup tâtonné. Après la défaite à Toulouse, il a fait un colloque avec des joueurs pour avoir leur avis. C’est son mode de fonctionnement. Et quand la situation est devenue critique, ça s’est bien passé entre Emery et les mecs qui comptent. Le meilleur exemple, c’est Verratti. Il pourrait faire des pieds et des mains pour rejoindre Ancelotti, mais il a vu qu’Emery était honnête et qu’il ne voulait que son bien. Unai Emery dit régulièrement que Thiago Motta est une des plus belles découvertes humaines de sa carrière. Et je pense que c’est réciproque. Emery fait des montages vidéo avant les matches et Cavani adore ça. Il regarde le déplacement des défenseurs adverses et à chaque fois il parle avec Aurier pour lui dire l’appel qu’il va réaliser. Donc grâce au travail du staff, il y a des automatismes qui se créent. Si Cavani est autant réceptif au travail d’Unai, les autres vont suivre aussi.

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LCI : Tout le travail accompli au quotidien explique-t-il la confiance qu’il affiche ? On a comme l’impression qu’il ne doute jamais de lui.

Romain Molina : Oui et en Espagne, certains disaient même qu’il était arrogant. C’est drôle car quand il était en joueur, c’était tout l’inverse. Il n’hésite pas à dire qu’il se chi… dessus. Aujourd’hui, quand il fait un choix, il sait que c’est le bon. Et à côté de ça, il attache une grande importance à la notion de groupe, il s’occupe presque davantage des remplaçants que des titulaires. Par exemple, quand Ben Arfa n’était pas titulaire, il allait le voir et il lui parlait plus d’une heure pour lui expliquer ce choix et depuis quelques temps les deux échangent beaucoup. Aujourd’hui, Unai veut installer Ben Arfa en numéro 9 et il travaille régulièrement avec lui car il croit en lui. Ben Arfa se montre de plus en plus réceptif et ça se passe de mieux en mieux dans le vestiaire.

LCI : On remarque également qu’Emery attache une grande importance à la causerie d’avant-match. Il arrive à trouver des leviers différents pour assurer ce moment toujours particulier…

Romain Molina : C’est quelque chose qu’il prépare beaucoup. Un ancien défenseur de Séville disait qu’il a trois types de causerie : 2-3 jours avant le match, Emery va parler de l’adversaire, ensuite il va se focaliser sur la manière dont joue son équipe et le jour du match il s’intéresse à l’aspect personnel de ses joueurs. Une fois, il avait fait sa causerie à la webcam avec Dani Pareja (FC Séville) qui était blessé et à l’hôpital. Les joueurs avaient pleuré parce que Pareja était le grand frère de l’équipe et ils sont sortis sur le terrain avec la rage. Emery essaye de s’adresser à chaque fois au cœur du mec qu’il a en face de lui.

LCI : Finalement, la méthode Unai Emery a-t-elle des limites ? Certains joueurs de Valence disaient notamment qu’au bout de 3-4 ans, ils commençaient à saturer.

Romain Molina : Oui, le problème avec Unai, c’est que si les joueurs n’aiment pas le foot et se surpasser, ça peut devenir difficile. Mais, aujourd’hui, au PSG, il a la chance de posséder des joueurs comme Marquinhos, Verratti, Thiago Silva qui ont envie de gagner. Mais si tu es un tire-au-flanc et que tu n’es pas passionné, il y aura des problèmes. Il faut reconnaître qu’il a eu du mal à tirer le meilleur des individualistes (Delofeu, Konoplyanka, Immobile, Aspas…) car il a toujours une vision collective. Mais au fil des années, Emery a également changé et il a appris de ses expériences. Il est moins pesant et essaye de laisser les joueurs un peu plus libres. Ce qui ne l’empêche pas de préparer ses matches de manière scientifique, parce qu’il ne veut rien laisser au hasard.

Romain Molina, "Unai Emery - El Maestro", Editions Hugo Sport, disponible depuis le 26 janvier

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