Sensible, humain, joueur... l'autre visage de "Coach Vahid" décrit par les anciens du PSG

Football
FACE CACHÉE - Personnage au caractère bouillonnant, Vahid Halilhodzic ne laisse personne indifférent. Alors qu'il retrouve le PSG, son ancien club, avec Nantes mercredi soir en demi-finale de la Coupe de France, des anciens joueurs livrent à LCI leur regard sur l'ancien entraîneur parisien.

Figure respectée et crainte, Vahid Halilhodzic suscite une sorte de fascination. A la fois pour la dureté de ses méthodes et de sa personnalité. Au fil de sa carrière, le Franco-Bosnien de 66 ans, au verbe direct, s'est forgé une réputation d'homme à poigne, longtemps entretenue par sa caricature dans l'émission Guignols de l'Info. Désormais entraîneur du FC Nantes, "Coach Vahid" va faire son retour au Parc des Princes, un stade qu'il connaît comme sa poche pour y avoir joué de 1986 à 1987, puis entraîné de 2003 à 2005.


En marge de ce retour aux sources, mercredi (à 21h) en demi-finale de la Coupe de France, LCI a discuté avec deux de ses anciens joueurs à Paris, le défenseur José-Karl Pierre-Fanfan et le gardien Jérôme Alonzo, aujourd'hui consultant pour La Chaîne L'Equipe. Au-delà d'un entraîneur exigeant et "mauvais perdant", les deux footballeurs décrivent un homme profondément sensible et humain, transformé par le drame qu'il a vécu. Loin de l'image du technicien caractériel et parfois tyrannique qui lui colle à la peau.

Il fait preuve de beaucoup d'humanité mais il ne le montre pas forcémentJosé-Karl PIERRE-FANFAN, agent de joueurs

"Il faut savoir une chose sur Vahid. C'est un ancien attaquant, donc par nature, il aime attaquer. Mais il a également ce côté pragmatique qui veut avant tout "bien attaquer" et aussi "bien défendre". Dans son discours, il insistait beaucoup sur l'abnégation, le don de soi, il fallait respecter l'institution, les horaires etc... Il partait du principe que si les efforts nécessaires étaient fournis à l'entraînement en semaine, cela allait rendre les choses plus faciles le week-end en match."


"D'un point de vue tactique, c'est un entraîneur qui avait une connaissance incroyable de ses adversaires. Il étudiait tout pour pouvoir identifier les qualités mais surtout les failles de ses adversaires, un peu comme le fait Deschamps. On évoluait principalement en attaques placées mais le maître-mot, c'était de ne rien donner à l'adversaire. Contrairement aux idées reçues, j'insiste sur le fait qu'à l'époque, chaque séance d'entraînement était essentiellement basée sur du jeu, beaucoup de travail avec le ballon, des séances très variées. Il se vantait d'ailleurs de ne jamais faire le même entraînement. À Nantes, j'ai perçu quelques similitudes dans le discours, l'approche, à savoir remettre les bases, les fondamentaux comme la rigueur et un bloc défensif compact."

"Après le décès d'Emiliano Sala (qui a péri dans un avion le 21 janvier dernier, ndlr), son émotion ne m'a pas du tout étonné. C'est un personnage entier, qui a connu des choses très difficiles dans sa vie, notamment la guerre dans son pays. À l'époque de son passage au PSG, on avait connu une épreuve très difficile avec le décès à quelques mois d'écart des parents d'Éric Cubilier. Le coach avait été très affecté par ces disparitions, il s'était plié en quatre pour aider Eric. C'est un homme qui fait preuve de beaucoup d'humanité mais qui ne le montre pas forcément, peut-être par pudeur."


"Si certains avaient du mal avec lui, il ne laissait personne indifférent. C'est quelqu'un qui faisait constamment preuve de second degré, il taquinait beaucoup les joueurs, était très cash et théâtral. Certains pouvaient en prendre pour leur grade lors des causeries d'après-match (rires). C'est quelqu'un de très exigeant, qui veut que ses joueurs donnent le meilleur d'eux-mêmes. J'ai savouré mon passage avec lui, j'ai beaucoup appris. C'est un entraîneur qui m'a marqué dans ma carrière."

Quand ça allait mal, je l'ai vu les larmes aux yeuxJérôme ALONZO, consultant La Chaîne L'Équipe

"Vous trouverez beaucoup de joueurs pour parler de Vahid en mal ou de manière assez dure. Moi, j'ai eu la chance d'avoir une relation très belle et très bonne avec lui. Aidé en cela qu'il me faisait confiance sur le terrain. D'ailleurs, ma meilleure saison en carrière, c'est avec Vahid en 2003-2004. J'ai été son gardien pendant 33 matches sur une saison où on a fini deuxième avec Lyon à portée de fusil."


"Il faut le reconnaître, Vahid est un coach dur. Mais j'ai eu Luis Fernandez les années d'avant (de 2001 à 2003), il l'était tout aussi. On courait beaucoup, Luis nous engueulait souvent. C'était la même chose avec Vahid, sauf que lui, il a cette image, avec l'accent et tout, un peu caricaturée par les médias et les joueurs qui ne l'aiment pas. C'est un entraîneur avec de la poigne. Il avait pour ambition de redorer le blason du PSG avec des titres et un podium. On a beaucoup bossé dès qu'il est arrivé. Il était dur mais juste."

"Niveau discipline, Vahid fait preuve d'une tolérance zéro. Il est très à cheval sur ce qu'on devrait tous faire.  Effectivement, parfois, sa voix monte et son accent des Balkans renvoie une image encore plus sévère. Ça a aussi joué sur l'image négative qu'il a pu avoir. En réunion collective, il pouvait se montrer très dur. Mais j'ai aussi pratiqué Guy Lacombe après, il n'était pas drôle non plus. Je me rappelle d'un débrief avec Vahid après un match de Ligue des champions contre Chelsea, où on perd 3-0 au Parc (le 14 septembre 2004). Pendant 1h30, il a défoncé tout le monde. Je n'avais même pas joué mais, quand on a revisionné le match, j'étais quand même enfoncé dans mon fauteuil. C'était... comment dire... musclé mais juste."


"Sous cette apparence, Vahid est un homme très humain et très sensible. Quand ça allait mal au PSG, je l'ai vu avec les larmes au bord des yeux. À l'époque de la "taupe" (qui dévoilait l'intimité du vestiaire), il avait été très affecté. Et sur son visage, les émotions se voient vite. Vahid s'est senti trahi de l'intérieur. Mais c'est un homme ouvert et intelligent. On ne le dit pas assez. Il a vécu des moments dramatiques dans sa vie et ça le rend incroyablement humain. L'image du coach tyrannique que lui ont façonnée les médias ou les joueurs qui ne l'apprécient pas est hyper injuste. En tant qu'entraîneur, il n'a pas la reconnaissance qu'il mérite."

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