"On s'est dit que ce n'était pas mission impossible" : Amara Simba se remémore la nuit magique où Paris a renversé Madrid

INTERVIEW - Défaits 3-1 à Bernabeu en huitième de finale aller de la Ligue des champions, les Parisiens rêvent de marcher sur les pas de leurs illustres aînés ce soir pour le match retour, 25 ans après leur "remontada" face au Real Madrid. Amara Simba, ancienne gloire du PSG, se souvient pour LCI de ce jour magique de mars 1993 et assure croire à la qualification de ses successeurs.

Il y a des matches qui font l'histoire. Celui-ci en est indéniablement un. Le 18 mars 1993, le club de la capitale affronte le Real Madrid au Parc des Princes, en quarts de finale retour de la Coupe de l'UEFA (ancêtre de l'actuelle Ligue Europa). Battus 3-1 au match aller dans l'antre du Santiago-Bernabeu, la tâche s'annonce délicate pour les coéquipiers d'Amara Simba. Et pourtant, ce soir-là, ils parviennent contre toute attente à déjouer tous les pronostics, au bout du temps additionnel, signant l'un des exploits les plus retentissants du foot français. 


Vingt-cinq ans après ce glorieux fait d'armes face aux Merengue, LCI a retrouvé Amara Simba, 56 ans et désormais directeur sportif de l'Entente sportive Petits Anges Paris. Grand artisan du succès parisien en 1993, l'ancien membre du "carré magique" qu'il composait avec Valdo, Ginola et Weah revient sur cette folle soirée, au moment même où l'histoire se répète pour les Parisiens. Défaits 3-1 à Santiago Bernabeu en huitième de finale aller de la Ligue des champions, les voilà, eux aussi, dos au mur, pour décrocher une qualification inespérée.

LCI : Le 14 février dernier, Paris a perdu 3-1 au match aller à Madrid. La situation rappelle forcément la confrontation de 1993. Comment l'aviez-vous vécu à l'époque ?

Amara SIMBA : C'est à peu près similaire à ce que le PSG vit aujourd'hui. À l'époque, le Real Madrid était vraiment une grosse machine. On n'avait pas l'habitude d'affronter ce genre d'équipes. Rien que le stade et l'engouement autour du club, c'était quelque chose de grandiose à voir. On était partis là-bas pour ne pas prendre trop de buts et avec l'ambition de marquer à l'extérieur. Finalement, on est revenu de Bernabeu avec un 3-1 mais on s'est dit que ce n'était pas mission impossible. On a vu qu'il y avait de la place.

LCI : Comment était le vestiaire tout de suite après la défaite à Madrid ?

Amara SIMBA : Quand tu perds, tu n'es jamais content. Certes, on était déçu mais on y croyait encore. On se disait que la qualification allait sans doute être difficile à décrocher, mais qu'à domicile on se devait au moins de gagner contre eux. C'était notre calcul. C'était important de se mesurer à une équipe comme ça, avec les Michel, Butragueño et Zamorano, qu'on surnommait "Monsieur 1 but par match". On avait une grosse machine en face de nous, on était conscient qu'il fallait tout donner à la maison. D'ailleurs, on s'était vraiment réuni la veille du match retour dans une des chambres pour dire : "Là, les gars, on a quelque chose à jouer !"

La peur, on l'avait mise de côtéAmara SIMBA

LCI : Dans quel état d'esprit étiez-vous le jour du match retour ?

Amara SIMBA : Si on regarde les images avant la rencontre, on voit qu'on se parle beaucoup. On était vraiment conscient qu'on pouvait le faire. L'entame du match nous a bien aidés aussi. D'entrée, on a marqué. Il ne restait plus qu'à en mettre un deuxième sans en prendre pour se qualifier. Sur le terrain, de notre côté, il y avait beaucoup de maturité et d'expérience. Quand tu as un joueur comme Ricardo dans ton équipe, le capitaine du Brésil, ce n'est pas rien. La peur, on l'avait mise de côté. On était chez nous. On avait le public derrière nous. Tous ceux qui étaient dans le stade ce jour-là le savent, parce qu'ils ont ressenti cette force collective.

LCI : Lorsqu'on revisionne cette rencontre, ce qui saute aux yeux, c'est l'impact mis par les joueurs parisiens dès le début. C'était votre façon de faire douter le Real ?

Amara SIMBA : On a tout fait pour qu'ils doutent. Dès le coup d'envoi, on leur a mis une grosse pression. Ça a commencé avec notre composition d'équipe, qui été changée à la dernière minute. De deux attaquants à l'aller, on est passé à trois au retour avec David Ginola, George Weah et moi-même. On a tout de suite annoncé la couleur aux Madrilènes. Avant le match, on s'était dit que pour gagner, on n'avait pas 36.000 solutions : il fallait absolument marquer. Et pour marquer, il fallait mettre plus de poids devant. C'est ce qu'on a fait.

LCI : Quel a été le secret de votre PSG pour renverser les Madrilènes ?

Amara SIMBA : Pour ce match-là, pour faire ce qu'on a réalisé, il fallait un tout. Il n'y avait pas que les joueurs, il y avait aussi le club et nos supporters. Nous, on s'était déjà motivé avant d'entrer sur le terrain. On "bouffait" tous ensemble dans une chambre pour se mettre vraiment en condition de le faire. Derrière, avec l'appui de nos fans, ça n'a pas raté. On a fait le travail. Avec beaucoup de chance certes, mais cette chance qu'on a eu, elle a été provoquée.

LCI : Notamment avec ce but de la tête de Kombouaré au bout du temps additionnel...

Amara SIMBA : Ça, c'est... (Il cherche ses mots) Je ne sais pas comment l'expliquer. C'est difficile parce qu'il fallait être sur le terrain à ce moment-là. Il fallait être dans le stade à ce moment-là. Après le but de Zamorano (92e, ndlr), on était dans le doute. On était dans les arrêts de jeu, on s'attendait à jouer les prolongations, sans savoir ce qu'il allait se passer. Et puis, ce truc magique est arrivé. Je me souviens d'avoir eu la chair de poule. Croyez-moi, tout ceux qui étaient là dans le stade, se souviendront de ce moment toute leur vie.

C'est la cohésion et l'esprit du groupe qui vont l'emporter sur les matches comme ça. Nous, on l'avait, à eux de l'avoirAmara SIMBA

LCI : Ce quart de finale reste-t-il le moment le plus fort de votre carrière ?

Amara SIMBA : Oui, il n'y a pas de doute là-dessus. Ce sont des rencontres que l'on ne peut pas comparer à d'autres. C'est un match que l'on ne vit qu'une fois. Et encore, il faut avoir la chance de le vivre. Ce n'est pas une finale qu'on a gagnée mais, pour nous, les joueurs, c'était tout comme. Il y a quelque chose au bout qui dit que c'était notre finale à nous.

LCI : Le PSG d'aujourd'hui peut-il de nouveau réaliser l'exploit, 25 ans après ?

Amara SIMBA : Paris a une équipe qui peut rivaliser avec n'importe qui. Le PSG a cette chance d'avoir les deux plus gros transferts au monde dans son équipe, des joueurs qui ont l'habitude de jouer ce genre de rencontres. S'ils arrivent à sortir le Real, ça les mettra sur un chemin qui leur correspond et en adéquation avec leurs ambitions. Pour moi, la cohésion et l'esprit du groupe vont l'emporter sur les matches comme ça. Nous, on l'avait. À eux de l'avoir.

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