Qui est Chuck Blazer, la taupe du FBI qui a fait exploser la Fifa ?

Qui est Chuck Blazer, la taupe du FBI qui a fait exploser la Fifa ?

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PROFIL - Retour sur le parcours de cet ancien cadre de la Fifa contraint à jouer les espions, par lequel le scandale est arrivé.

Chuck Blazer n'a jamais joué au football de sa vie. Il est même permis de se demander si regarder un match l'a un jour intéressé. Lorsque le site de la Fifa lui avait demandé qui était son idole de jeunesse, l'Américain avait répondu : "Ce n'est pas un joueur mais plus un symbole de l'élégance dans notre sport, le Dr Joao Havelange." Soit le président de la Fifa de 1974 à 1998, qui a fait entrer Sepp Blatter au sein de l'instance et mis en place le système de clientélisme et de corruption se trouvant aujourd'hui dans le viseur de la justice américaine. Ironie de l'histoire : Chuck Blazer est finalement devenu, à 69 ans, l'homme qui va faire exploser ce système, après en avoir longtemps profité au-delà de la décence. Retour sur le cheminement qui l'a conduit à devenir la taupe du FBI .

Né à New York en 1945, Charles Gordon Blazer de son vrai nom fait son entrée dans le monde des affaires en 1970 en prenant la tête d'une entreprise spécialisée dans la vente de badges et de pin's. En marge de cette banale activité, il consacre son temps libre à l'équipe de soccer où joue son fils. Et mesure assez vite le potentiel économique de cette discipline encore anonyme aux États-Unis. Il prend alors la tête de la Eastern New York League Association, où évolue l'équipe de son fils, puis grimpe un à un les échelons jusqu'à siéger, en 1984, au board de la Concacaf, la Confédération américaine, où il sympathise avec le vice-président, un certain Jack Warner.

Un appartement de la Trump Tower rien que pour ses chats

En 1990, il aide Warner à se faire élire président de la Concacaf et décroche un poste de secrétaire général. Puis lui vient une idée de génie : parapher un contrat avec l'USSF (la Fédé américaine de foot) qui lui accorde, via plusieurs sociétés écrans, 10% sur chaque dollar encaissé par la Concacaf. Dont les revenus atteignent à peine les 140 000 dollars par an, à l'époque, pour culminer à 60 millions annuels quand Blazer quittera son poste, en 2011... En 1991, il crée ensuite la Gold Cup, l'équivalent de l'Euro en Amérique du Nord, qui deviendra sa poule aux œufs d'or. Car, en 1997, année de son entrée, avec le soutien de Warner, au comité exécutif de la Fifa, il arrache un deal à 425 millions avec ESPN ,incluant la diffusion de la Gold Cup et de l'encore moins populaire MLS.

C'est à cette période qu'il mène grand train, toujours aux frais de la princesse, se faisant notamment payer un somptueux appartement au 48e étage de la Trump Tower à 18 000 euros par mois, plus un autre à 6000 dollars pour y loger ses chats, plus deux autres à Miami Beach pour 810 000 dollars, sans oublier un Hummer à 48 500 dollars et ses innombrables soirées organisées dans des restaurants étoilés. Entre 2004 et 2011, les dépenses de la Concacaf s'élèvent à trente millions de dollars, dont trois pour ses seuls frais personnels, dévoile le magazine So Foot.

Auditionné en chaise roulante après vingt semaines de chimiothérapie

Sa chute débute en 2010, quand Warner privilégie la candidature du Qatar à celle des États-Unis pour l'organisation du Mondial 2022. S'estimant trahi, Blazer dénonce celui qu'il considérait jusqu'alors comme son "meilleur ami" en adressant un rapport accablant au comité exécutif de la Fifa. Le document fait état de l'achat de voix de plusieurs officiels des Caraïbes (à 40 000 dollars par tête) au cours d'un meeting organisé par Warner et Mohamed Bin Hammam, l'opposant qatari de Sepp Blatter dans l'élection présidentielle de la Fifa. Résultat : Bin Hammam est radié et Warner suspendu. Le Trinidadien se venge ensuite en pointant de nombreuses irrégularités dans les comptes de la Concacaf.

Nous sommes en 2011 et Chuck Blazer pense s'en tirer comme à son habitude, c'est-à-dire en démissionnant sans laisser la moindre trace de son passage avant qu'un juge fédéral ait le temps d'obtenir un mandat de perquisition. Mais c'est finalement le fisc américain qui lui tombe dessus. Arrêté après dix ans et plusieurs millions de dollars impayés, il n'a plus que deux choix : la prison jusqu'à la fin de ses jours ou la coopération.

Le FBI, qui ne sait même pas comment prononcer le mot "Fifa" mais sent bien qu'il s'y passe des choses pas très nettes, en profite et somme l'Américain de glisser un micro dans son porte-clé puis d'aller retrouver des anciens "amis". Atteint d'un cancer du colon, Blazer se fait auditionner en chaise roulante à la fin 2013, après vingt semaines de chimiothérapie. Acceptant que ses communications avec 44 hauts responsables de la Fifa, dont Sepp Blatter, soient passées au crible. Et depuis, bizarrement, les ouvertures d'enquête se multiplient dans le monde entier.

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