Rachat de l’AJ Auxerre : comment les nouveaux propriétaires chinois se sont mis Guy Roux dans la poche

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INTERVIEW – On pensait que le rachat de l’AJ Auxerre par des investisseurs chinois, officialisé ce jeudi, pousserait irrémédiablement Guy Roux vers la sortie. C’est finalement tout le contraire : non seulement l’ex-entraîneur emblématique continuera de faire partie de la direction du club, mais il a vu ses prérogatives renforcées. Il nous détaille tout ça ci-dessous.

"Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre." Ainsi Guy Roux avait répondu, fin août, à Corinne Limido, alors encore propriétaire de l’AJ Auxerre, qui venait de le menacer de le révoquer. En cause : la violente charge de l’ex-coach aux 42 saisons sur le banc du club bourguignon (du foot amateur à la Ligue des champions), dans les colonnes de L'Équipe, contre les investisseurs chinois en passe de racheter l’AJA. Ledit rachat a été officialisé ce jeudi, tandis que l'équipe continue de se débattre en Ligue 2. Le technicien reste-t-il membre du conseil d’administration ? Comment juge-t-il cette vente ? LCI lui a passé un coup de fil pour en savoir plus sur l’évolution de la situation.

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LCI : Quel regard portez-vous sur ce rachat de l’AJ Auxerre par des investisseurs chinois ?

Guy Roux : L’association, dont je fais partie (actionnaire minoritaire du club à hauteur de 40%, contre 60% pour les nouveaux propriétaires, ndlr), y était plutôt hostile, pour des raisons juridiques. Notre patrimoine était en danger. Mais ces éléments ont été résolus. Aujourd’hui, ma foi, on était luxembourgeois, on devient chinois. Bon… Pour moi, il n’y a pas une grande différence. On est au XXIe siècle. Et on est à présent une filiale d’une très grande société chinoise (ORG Packaging, qui fabrique notamment les canettes de Coca-Cola pour un milliard de Chinois, ndlr). S’ils se mettent à nous aimer et à vouloir nous développer, on n’y verra que du bon.

LCI : En août, vous disiez notamment : "Les Chinois veulent nous grignoter." Quelle était votre crainte exactement ?

Guy Roux : C’est bien de ça qu’il s’agissait ! Mais ce n’est plus possible . On avait une minorité de blocage à 23%, avec nos statuts, et ils (les investisseurs chinois) voulaient nous la faire sauter. Au final, on est devenu une société anonyme simplifiée (une SAOS, ndlr). On a pu mettre dans les nouveaux statuts ce que nous voulions. Nous ne sommes plus vulnérables.

LCI : Ils vous ont donc écouté ?

Guy Roux : Avant que les juristes ne trouvent cette solution, ils voulaient passer en force. Vous voyez, si vous êtes derrière une tranchée et que l’adversaire tente de vous transpercer, vous êtes féroce aussi. Alors que s’il vous invite à venir négocier, et qu’on aperçoit une lumière, on change d’attitude.

LCI : Est-ce que, selon vous, le club perd une partie de son identité dans ce rachat ?

Guy Roux : Pas du tout, puisqu’on était luxembourgeois. L’association a même été considérablement renforcée à cette occasion. Notre comité directeur devient plus puissant que celui de la SAOS. On va en tirer un bénéfice.

LCI : Lequel ?

Guy Roux : Déjà, ils vont nous donner beaucoup d’argent, 30% de plus que ce qu’on touchait, pour la location des installations (vingt hectares, ndlr) et du droit de jouer dessus. C’est intéressant hein. Ensuite, on a maintenant une équipe de neuf qui est très solide, motivée, courageuse, dans l’assemblée générale et au conseil d’administration (CA), sans parler des 20 autres qui constituent le fond de l’association. On sort concrètement renforcé de ce rachat.

LCI : Vous continuerez donc de siéger au CA, c’est une certitude ?

Guy Roux : Oui, j’ai été re-choisi ce (jeudi) matin, comme mes deux camarades (Thierry) Corniot et (Christophe) Rémy. On s’est tous les trois battu avec nos atouts. M. Corniot est un politicien, M. Rémy, lui, a un cerveau d’informaticien, c’est un ancien joueur professionnel du club qui a fait des études à Oxford après, ça donne des possibilités intellectuelles au groupe (rires). Et moi j’ai mis ma notoriété dans la balance, celle qui fait que vous m’appelez aujourd’hui. Je donne un peu de couleur.

LCI : Vous êtes donc sur la même ligne que le président, Guy Cotret ? Il n’y a plus de friture ?

Guy Roux : Je ne suis pas sur la même ligne pour tout ! Mais j’ai re-voté pour lui ce (jeudi) matin, si vous voulez savoir. Nous gardons un petit désaccord sur la politique sportive du club. Mais, par exemple, il m’a mis dans le coup pour le choix de l’entraîneur. Il m’a demandé de l’accompagner pour rencontrer un candidat au poste. C’est un très bon premier pas de sa part. J’espère que ce sera pareil à l’avenir pour les joueurs.

LCI : Vous n’aviez pas été consulté pour Viorel Moldovan (récemment limogé) ou ses prédécesseurs ?

Guy Roux : Bien au contraire ! C’est très simple, depuis que j’ai quitté le banc de touche en 2005, je n’ai choisi aucun joueur, ni aucun entraîneur. Et j’ai co-choisi celui que nous avons là (Cédric Daury, officiellement nommé la semaine dernière, ndlr).

LCI : Avez-vous bon espoir de prendre part aux prochains recrutements ?

Guy Roux : Le problème, c’est qu’on ne peut pas changer l’effectif. Ce n’est pas qu’il est mauvais, on a des bons garçons et tout, mais il est mal fait. Il y a trop d’arrières, pas de milieux… On n’aura pas une fortune. On aura tout juste de quoi équilibrer le budget.

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