De "Hated One" à symbole de lutte contre le racisme, Raheem Sterling appelle à des décisions fortes dans un manifeste

Football
ACTION - Mardi dans les colonnes du Times, le footballeur anglais Raheem Sterling, qui évolue à Manchester City, a publié un manifeste appelant à mettre en place de lourdes sanctions, notamment sportives, pour lutter contre le racisme dans les stades. En quelques mois, la jeune star est passée du statut de mal-aimé à celui de symbole de lutte contre le racisme.

Ce n'est un secret pour personne, depuis de longues années, le football est frappé par un fléau très difficile à endiguer : le racisme. Ces derniers mois, les actes de racisme dans les stades se multiplient aux quatre coins de l'Europe, avec comme dernier exemple en date, le cas de Prince Gouano, capitaine d'Amiens et victime de cris de singe sur la pelouse de Dijon le 12 avril dernier. Si l'ensemble des autorités compétentes ont apporté leur soutien au joueur ces derniers jours, les sanctions et décisions concrètes tardent à pointer le bout de leur nez.

D'enfant terrible à symbole de lutte contre le racisme

De l'autre côté de la Manche, c'est un joueur directement concerné par ce mal qui a décidé d'agir. Pourtant, depuis le début de sa carrière, Raheem Sterling fait plus souvent parler de lui dans le cadre de polémiques concernant son comportement extra-sportif que par ses performances sur le terrain ou ses déclarations engagées. A tout juste 24 ans, il faisait d'ailleurs office de vilain petit canard auprès de la presse britannique, notamment après son transfert retentissant de Liverpool vers Manchester City à l'été 2015, pour 64 millions d'euros. 


Symbole du malaise global entre l'opinion publique et le joueur, le jeune footballeur, violemment critiqué pour ses performances à l'Euro 2016, durant lequel les "Three Lions" avaient chuté face à l'Islande en huitième de finale (2-1), s'était auto-proclamé "The Hated One", comprenez "le détesté", en contradiction avec "The Chosen One" (ndlr : l'élu). Pour ne rien arranger, avant le Mondial 2018, il avait également été au cœur d'un scandale, se faisant tatoué un fusil mitrailleur M-16 sur son mollet droit et s'attirant les foudres de l'ensemble des médias britanniques.


Cette saison, l'enfant terrible du football anglais va progressivement retourner l'opinion publique, cumulant des performances de très haut niveau avec Manchester City (23 buts, 16 passes décisives en 46 matchs toutes compétitions confondues) et prises de position fortes dans les médias. Victime de huées avec l'équipe nationale face au Monténégro le mois dernier (1-5), la star de Manchester City est devenu le nouveau symbole de la lutte contre le racisme en Angleterre.

Le problème du racisme dans le football est grave, profond et loin d'être réglé.Raheem Sterling dans les colonnes du Times.

Mardi, le natif de Kingston, en Jamaïque, a publié un long manifeste dans les colonnes du Times, pour proposer des solutions concrètes contre les agissements racistes dans les stades. "Il semble fou qu'en 2019 je ressente le besoin d'écrire un éditorial dans  un journal pour appeler à des changements radicaux dans le sport que j'aime.  Mais je le fais parce que le problème du racisme dans le football est grave, profond et loin d'être réglé" écrit le joueur.


Avant de pointer du doigt la multiplication des actes racistes dans les stades ces dernières semaines : "Vous avez tous entendu parler des différents incidents racistes de ces derniers mois: les insultes que j'ai subies à Chelsea en jouant pour Manchester  City, les huées subies par les joueurs noirs de l'équipe d''Angleterre au Monténégro, le traitement que le joueur de la Juventus Moise Kean a enduré en Italie, et les insultes sans fin dans les médias sociaux. (...) Mais ce n'est malheureusement que la pointe de l'iceberg."

Un retrait de neuf points comme sanction ?

Dans ce même manifeste, l'international anglais (49 sélections) propose des sanctions fortes appelant notamment à un retrait de neuf points en championnat et à trois matches à huis clos en cas d'insultes racistes. "Cela peut paraître dur, mais quel supporter va risquer de se comporter de façon raciste si cela peut reléguer son équipe ou ruiner ses chances de titre ? Les petites amendes ne causent aucun dommage aux clubs ou aux nations, mais un groupe de personnes a l'argent pour peser : les sponsors. La prochaine fois qu'un club ou une instance dirigeante n'agira pas de manière appropriée contre le racisme, j'aimerais bien voir ces entreprises retirer leur argent et prendre position moralement", développe-t-il.


"Je ne sais pas combien de temps cela prendra pour que les choses changent, mais nous devons commencer dès maintenant. Je ne veux pas que la prochaine génération de joueurs noirs doive supporter ce fléau" martèle le Citizen, dont le manifeste est soutenu par de nombreuses figures du football européen, comme ses coéquipiers de City Benjamin Mendy et Vincent Kompany, les Reds Alex Oxlade-Chamberlain et Trent Alexander-Arnold (Liverpool) ou encore les anciennes gloires David Ginola et Ruud Gullit.

Les maires de Manchester et Londres, Andy Burnham et Sadiq Kahn, la ministre des Sports, Mims Davies, et les associations FARE et Kick It Out ont aussi signé le texte. Ces dernières heures, l'UEFA et la fédération anglaise de football (FA) auraient, toujours selon le Times, signifié leur envie de rencontrer Sterling et d'autres acteurs du manifeste pour discuter des propositions à mettre en place.

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