Racisme dans le football : qui est Prince Gouano, le capitaine d'Amiens victime de cris de singe à Dijon ?

Football

PORTRAIT - Vendredi soir, le stade Gaston-Gérard de Dijon a été le théâtre d'un spectacle affligeant quand, à la 77e minute de jeu, des cris de singe sont descendus des tribunes à l'encontre du capitaine d'Amiens Prince Gouano. Impressionnant de sagesse, ce joueur d'à peine 25 ans a déjà une carrière riche en expériences en Europe.

Dans le milieu du football professionnel, les semaines se suivent et, malheureusement, se ressemblent. Près de dix jours après le match Cagliari-Juventus, durant lequel les joueurs de la Juventus Turin Blaise Matuidi et Moise Kean ont été la cible de cris et de chants racistes, ce triste spectacle a traversé les Alpes pour s’inviter durant la rencontre Dijon-Amiens, vendredi soir, qui comptait pour la 32e journée de Ligue 1 (0-0). 

Des cris de singe sont ainsi descendus des tribunes du stade Gaston-Gérard, visant le capitaine amiénois Prince Gouano. Le match a ainsi été interrompu plusieurs minutes, plusieurs joueurs allant à la rencontre des supporters dijonnais pour leur parler.

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Après la rencontre, Prince Gouano a déclaré au micro de beIN Sports : "On est au XXIe siècle, c'est inadmissible. C'est pourquoi j'ai voulu marquer le coup en demandant d'arrêter le match. On est tous égaux, on est tous des êtres humains. J'ai entendu des bruitages de singe  (...). Je me suis retourné et effectivement il y avait un monsieur qui regardait dans ma direction et qui continuait". Très digne devant les caméras, le joueur, pourtant passé par de nombreux pays dans sa carrière, n’avait jamais eu à faire face à ce genre d’incident.

Parti très jeune à la Juventus Turin

A seulement 25 ans, Prince-Désir Gouano peut se targuer de présenter un CV dont peu de footballeurs de son âge disposent. Formé au Centre de Formation de football de Paris avant de rejoindre le Havre AC, Gouano était, lors de son adolescence, promis à un brillant avenir, évoluant notamment avec un certain Paul Pogba au sein du club normand.

Gouano va très vite céder aux sirènes étrangères et signer au sein de la prestigieuse Juventus Turin à l’été 2011, avant même de fêter ses 18 ans. Malheureusement, le défenseur central français ne parviendra jamais à faire son trou au sein de la Vieille Dame. Durant son passage à Turin, le jeune espoir sera prêté à des clubs de Serie B, Virtus Lanciano et Vicente Calcio, pour s’aguerrir. En vain.

J’ai joué en Turquie, en Angleterre… Je n’ai jamais vécu ça- Prince Gouano

De 2013 à 2017, sous contrat avec l’Atalanta Bergame, le stoppeur sera également prêté, cette fois aux quatre coins de l’Europe, au RKC Waalwijk (Pays-Bas), Rio Ave (Portugal), Bolton (Angleterre), Gaziantepspor (Turquie) et Vitoria Guimaraes (Portugal). Lors de tous ces passages, parfois dans des championnats où le racisme fait largement parler de lui, Prince Gouano n’a jamais connu un traitement identique à celui reçu vendredi soir.

"C’est une première. J’ai beaucoup bougé, j’ai joué dans énormément de pays. Il fallait que je rentre en France pour voir ça… C’est pour ça qu'au départ, je n’y croyais pas. J’ai joué en Turquie, en Angleterre… Je n’ai jamais vécu ça", a déclaré le joueur après Dijon-Amiens vendredi soir. Après ce tour d’Europe durant lequel il affirme avoir beaucoup appris, le capitaine d’Amiens va vivre un été 2017 mouvementé, notamment avec un départ avorté à Anderlecht avant de rejoindre le club picard. En deux ans, le natif de Paris, devenu le patron de la défense du SCA, totalise 60 matchs dans l’élite.

La LFP et la FIFA vent debout

Après le triste événement de vendredi soir, la Ligue de football professionnel (LFP)  a annoncé qu’elle allait "étudier les suites judiciaires à donner" aux "insultes racistes", alors que "le club de Dijon a identifié l'auteur des insultes racistes qui a ensuite été interpellé." Le joueur a reçu le soutien de la ministre des Sports Roxana Maracineanu, qui l’a invité pour discuter de la situation. "Il faut écouter les joueurs, comprendre leur point de vue. Ça me semble important", indique celle qui avait déjà pointé du doigt le comportement des supporters de football dans les stades ces dernières semaines.

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De son côté, la FIFA a réclamé samedi la "tolérance zéro" face au racisme dans le football. La Fédération internationale a notamment appelé à suivre sa procédure "en  trois étapes" pouvant conduire à l'arrêt d'un match en cas "d'incidents discriminatoires". "La Fifa presse toutes les fédérations membres, les ligues, les clubs et les instances disciplinaires à adopter une procédure identique, ainsi qu'une  tolérance zéro pour les incidents liés au racisme dans le football, et à infliger des sanctions sévères en cas de comportements de ce type", a-t-elle indiqué dans un communiqué.

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