Raymond Domenech : "J'aurais aimé pouvoir porter un masque, comme les Daft Punk"

Football
INTERVIEW - Raymond Domenech a (encore) pris la plume. Après "Tout seul", ouvrage retraçant le cheminement jusqu'au fiasco du Mondial 2010, l'ex-coach des Bleus publie cette fois "Mon dico passionné du foot" (ed. Flammarion), une autobiographie footballistique qui ne dit pas son nom. L'occasion d'un entretien en tête à tête pour évoquer son vécu, son avenir et l'actualité.

Est-on en train d'assister à votre reconversion au métier d'écrivain ?
Non ! "Tout seul" est sorti de mes tripes. C'était angoissant. Ce dictionnaire est sorti du cœur. Je me suis installé à la terrasse d'un café, au soleil, et je me suis mis à pianoter sur mon iPad, comme ça me venait, sans me dire que ça deviendrait un bouquin. C'est ensuite que mes souvenirs dans le foot, sous forme de petites histoires, ont intéressé mon éditeur. Là, j'ai trouvé l'exercice épanouissant. J'étais libre parce que j'ai écrit pour moi. Mais ce ne sera jamais mon métier. Moi, je suis toujours dans le foot. Mon activité de consultant m'oblige à regarder plus de matches que quand j'étais sélectionneur. Je me fais même engueuler le week-end, tellement ça me prend de temps.

Qu'attendez-vous de l'avenir aujourd'hui ?
Du plaisir et du bonheur tous les jours. Ce qui me manque, c'est l'entraînement, la construction d'une équipe, l'assemblage des rapports humains. Mais le match en soi... Aujourd'hui, quand je vois les entraîneurs dont le moindre geste est disséqué, je me demande si j'ai envie de ça. Cet été, j'ai été contacté par un club et j'ai répondu que je voulais travailler du lundi au vendredi, pas le week-end. Je rigolais mais c'était la réalité. Avec les gamins de Boulogne que j'ai entraînés fin 2010, quand j'ai vu les caméras, j'ai regretté. Je suis trop normal pour cette visibilité. J'aurais aimé pouvoir porter un masque, comme les Daft Punk. Former des entraîneurs me plairait plus. Je suis un éducateur dans l'âme.

Comment Didier Deschamps a-t-il échappé aux problèmes de comportement cet été ?
Il a bénéficié du soutien total de la Fédération. C'est ce qui a fait la différence. Quand on impose des règles claires depuis le sommet, personne ne moufte. En 2010, c'est l'absence d'un vrai pouvoir au-dessus de moi qui a causé ces troubles. Pourquoi les joueurs français, quand ils vont à l'étranger, respectent les règles ? Parce que chez nous, on ne les met jamais au placard. À la tête des Bleus, Laurent Blanc a eu les mêmes problèmes que moi avec ses joueurs... et avec sa hiérarchie.

Ces problèmes n'existent pas à l'étranger ?
Au Barça, à l'Ajax ou à Boca Juniors, le premier qui l'ouvre, il dégage. Des entraîneurs de jeunes me l'ont dit. Là-bas, le comportement conditionne la survie. C'est cruel mais c'est ce qui forge ceux qui arrivent à devenir pro. Le footballeur français a tendance à se reposer trop vite sur ses lauriers. Parce que les clubs protègent les bons joueurs et c'est insupportable. On en fait des assistés.

Dimanche dans Téléfoot, Layvin Kurzawa a promis qu'il ne referait plus jamais son geste provocateur. Du coup, est-il moins "débile" à vos yeux ?
J'ai dit qu'il avait été débile sur ce coup-là. Ponctuellement, ça m'est arrivé aussi. Mais ça ne veut pas dire qu'on est un abruti ! La première fois que j'ai vu Kurzawa, il m'a tout de suite plu. Il va de l'avant, il est agressif. Maintenant, quand je le vois capable de reconnaître son erreur, d'en tirer les leçons, je me dis vraiment qu'il a un grand avenir devant lui. Il confirme ce que je pensais de lui.

Toute la France a su pardonner à Zidane son coup de tête en 2006. Toute la France sauf vous, si l'on se fie à votre livre...
Je comprends son geste. Mais j'essaie d'expliquer qu'on n'a pas le droit. Il est entraîneur aujourd'hui. Si, pendant un match décisif, un de ses joueurs met un coup de tête et laisse son équipe à dix, il va dire quoi ? Moi, je veux justement que les joueurs se rendent compte qu'on n'est pas seul sur un terrain. C'est aussi un problème d'éducation. Le mec qui fait ça se trompe parce qu'il a pensé à son honneur avant de penser à ses dix coéquipiers, au pays derrière lui.

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