Retraites : les footballeurs professionnels, les autres perdants de la réforme ?

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Les grèves contre la réforme des retraites d'Emmanuel Macron

REGIME SPECIAUX – SI l’on ne risque pas de les voir descendre dans la rue pour manifester, les footballeurs professionnels font partie des salariés que la réforme des retraites va désavantager. Du moins, si l’on en reste au régime général...

Jeudi 12 décembre au soir sur RMC, Pierre Ducrocq, ex-footballeur devenu agent, était interrogé sur le rapport des joueurs professionnels à leur retraite. "Ils n’y pensent pas du tout ou très, très peu, a-t-il assuré. Tu es dans une profession où tu y penses moins que les autres parce que tu sais que tu en as pour entre dix et quinze ans de carrière, pas plus, donc la retraite te semble abstraite. Tu sais que tu cotises mais qu’il va falloir faire quelque chose d’autre derrière, travailler, si tu veux avoir le total des cotisations nécessaires dans le régime général. En tant qu’agent sportif, on est amené à en parler avec nos joueurs qui parfois peuvent se poser un peu la question, mais c’est finalement assez vite évacué. On leur conseille surtout de conserver tous leurs documents pour avoir toutes les traces nécessaires."

On pense peu, de manière générale, aux footballeurs professionnels, quand il s’agit d’évoquer l’actuelle réforme des retraites. Parce qu’ils touchent, dans l’exercice de leur profession, des salaires largement supérieurs à la moyenne nationale. Et donc parce qu’ils sont considérés comme à l’abri des turpitudes financières au moment de leurs vieux jours. C’est, déjà, négliger la longueur de leur carrière : six ans et demi en moyenne ! En effet, seulement 40% des individus qui exercent cette profession ont une carrière égale à cinq ans ou plus. Et les rémunérations varient forcément beaucoup selon que l’on évolue au Real Madrid ou à Louhans-Cuiseaux.

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La réforme impacte cependant le football professionnel français, parce qu’il est directement concerné par le régime général de Sécurité sociale. L’article L 311-2 du code de la Sécurité sociale stipule que "toute personne, quelle que soit sa nationalité, son sexe, salarié ou travaillant à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs, et quel que soit le montant et la nature de la rémunération, la forme, la nature ou la validité du contrat, est assujetti au régime général de sécurité sociale". Ainsi, le footballeur qui touche une rémunération versée par un club en contrepartie de certaines obligations (entraînements, matchs, etc.) cotise auprès du régime général.

Première spécificité, majeure : ce salarié doit renoncer à exercer cette profession à l’âge moyen de 35 ans, mais a aussi l’obligation d’attendre l’âge légal de départ à la retraite pour faire valoir ses droits et bénéficier de sa pension. Un âge légal de départ à la retraite qui est de 60 ans si un joueur a signé son premier contrat professionnel avant l’âge de 20 ans, et de 62 ans s’il l’a signé après. En clair : même si les footballeurs peuvent cotiser énormément d’argent durant l’exercice de leur profession, ils doivent ensuite subir une période de latence d’au moins vingt-cinq ans durant laquelle ils ne toucheront rien. Durant laquelle ils devront, dans la plupart des cas, travailler.

Le "pécule de fin de carrière"

L’Etat, conscient du coût abyssal que cela engendrerait (en prenant en compte les stars du foot), n’en a pas fait un régime spécial pour autant. La compensation venait d’une part d’un régime complémentaire spécifique, fonctionnant sur la base... d’un système par points, comme celui que le gouvernement compte mettre en place dans le régime général. D’autre part d’un calcul sur la base de la moyenne de leurs vingt-cinq meilleures années, laquelle englobait toujours leurs dix ou quinze années de footballeur. Mais la réforme à venir, qui prévoit de calculer la pension, dans le régime général, sur la moyenne de l’ensemble des quarante-deux années cotisées, change la donne.

Cette perte financière, fatalement plus conséquente chez les joueurs de Ligue 2 ou de National que chez les internationaux (mieux payés et ensuite plus sollicités), classerait ainsi les footballeurs, dans la globalité de leur profession, parmi les grands perdants de cette réforme... Sauf que cette perte avait déjà une autre compensation. L’UNFP (le syndicat des joueurs professionnels) propose en effet depuis 1964 aux footballeurs un "pécule de fin de carrière", régime "de solidarité" géré avec la LFP (Ligue de football professionnel) et l’UCPF (syndicat des clubs professionnels), financé par l’assureur Axa... Un fonds privé.

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Concrètement, les clubs et les joueurs cotisent chaque mois, respectivement à hauteur de 2,5% et 4%, sous le libellé "prévoyance LFP", tandis que le syndicat ajoute un million d’euros par an, pour constituer "une caisse de prévoyance", selon le terme employé sur le site de l’UNFP. Et, à la fin, chacun de ceux qui ont joué en France durant au moins quatre ans, quelle que soit leur nationalité et leurs salaires, touchera à peu près le même pécule, par ailleurs imposable. Un pécule dont les joueurs disposent six mois minimum, et trois ans maximum, après avoir raccroché les crampons (à condition d'en faire la demande). 

Quel pécule ? Le calcul s’effectue, explique l’UNFP, sur "une base annuelle (correspondant aux cotisations) multipliée par le nombre d’années de contrat professionnel ou fédéral effectuées par le joueur", soit une sorte de salaire de substitution étalé sur une durée correspondant à celle de la carrière du joueur en France. 

"En fin de carrière, 99% des footballeurs pensent plus au pécule de l’UNFP, qui est quelque chose de beaucoup plus concret, qu’à la retraite, expliquait encore Pierre Ducrocq. Tous les joueurs sont au courant. Et s’ils ne le sont pas, ils sont mis au courant par leur entourage. L’UNFP se charge aussi de les informer au fur et à mesure et surtout à la fin de leur carrière. Ça permet de redistribuer un peu. C’est une sorte de parachute pour attendre ta retraite normale mais c’est surtout quelque chose qui te permet, en général pendant un, deux ou trois ans, d’avoir une somme d’argent pour basculer sur autre chose, un nouveau métier par exemple." Un vrai régime spécial, donc.

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