Rudi Garcia : "L'AS Rome doit rivaliser avec les plus grands clubs européens"

Rudi Garcia : "L'AS Rome doit rivaliser avec les plus grands clubs européens"

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INTERVIEW - Rudi Garcia, devenu en juin dernier le premier entraîneur français à diriger un club de Serie A, s'est longuement confié à metronews. À 50 ans, l'ex-coach lillois vient de publier "Tous les chemins mènent à Rome", son autobiographie (ed. Hugo Sport).

Après un doublé Ligue 1-Coupe de France avec le Losc en 2011, vous êtes devenu l'été dernier le premier entraîneur français à officier en Serie A. Aujourd'hui, que conservez-vous de vos expériences à Corbeil ou Dijon ?
Écrire ce livre, à l'âge de 50 ans, m'a permis de regarder en arrière, ce que je ne fais jamais. C'est une sorte d'arrêt sur image qui a fait revenir ces expériences à la surface mais je ne suis pas quelqu'un qui vit dans le passé. Je peux me servir de certaines choses pour le présent mais je n'y repense pas tous les jours. Ce livre m'a permis de raconter comment les choses se sont passées et comment j'en suis arrivé là. Mais ma manière de fonctionner, c'est vraiment de regarder devant. Mon management s'est affiné avec l'âge et le vécu. En revanche, mon approche personnelle et ma psychologie n'ont jamais changé. Elles sont restées basées sur les relations humaines, l'écoute, la communication et le dialogue. Je n'ai jamais cessé de croire en l'homme et en sa capacité d'avoir du bon en lui. Il n'y a qu'en se parlant, en accordant de l'attention, qu'on peut faire passer des messages.

Vous êtes maintenant souvent cité par vos pairs pour rappeler qu'il reste d'excellents entraîneurs français. Est-ce la plus belle des reconnaissances pour votre parcours atypique ?
Bien sûr. Je me souviens bien qu'Aimé Jacquet (sélectionneur de l'équipe de France championne du monde en 1998, ndlr) m'a fait, par le passé, un très joli compliment... Ce genre de commentaires ne fait pas que vous rendre fier, il vous donne envie d'être à la hauteur de l'éloge. La reconnaissance des pairs est certainement la plus importante, parce qu'on fait le même métier et que ces gens connaissent toutes les difficultés que vous avez pu traverser. En ce sens, c'est toujours très gratifiant.

Quels joueurs composent votre traditionnel conseil des sages à l'AS Rome ?
(rires) J'ai bien constitué un nouveau conseil mais l'identité de ceux qui en font partie ne regarde que moi. Tout ce que je peux dire, c'est que ça se passe aussi bien que dans mes précédents clubs. Surtout que notre bonne saison ne nécessite pas tellement qu'on se réunisse, sauf pour que je prenne la température du vestiaire. Mais j'y ai recours aussi souvent et de la même manière qu'en France.

Concrètement, en quoi le football italien a-t-il dû vous pousser à modifier vos méthodes ?
En rien (rires). Parce que c'est un football de haut niveau avec de très belles équipes. Moi, j'ai toujours mes convictions et j'ai tout fait pour que mon équipe me suive dans ces principes. En arrivant ici. Le travail le plus important consistait à convaincre les joueurs de mon projet de jeu. Cela a bien fonctionné. Pour ce qui est de l'aspect psychologique, une grande partie de mon groupe avait besoin de retrouver la confiance. On l'a retrouvée essentiellement à travers le plaisir de jouer. Sur le plan tactique, la seule chose dont je peux parler, c'est que 40% des équipes jouent à cinq derrière quand elles défendent. C'est une spécificité du foot italien. La Juve vient de gagner deux Scudetti en évoluant ainsi alors peut-être qu'elle a fait école... En Ligue des champions, seulement 2% des équipes jouent dans ce schéma, c'est dire la différence. La seule étude que j'ai dû mener, c'était donc pour trouver des moyens de poser des problèmes et contrer ce système de jeu-là.

Rien d'autre ne distingue fondamentalement le Calcio du foot français que vous avez toujours connu ?
Finalement, le football italien est beaucoup plus ouvert qu'on peut le penser. On y marque vraiment beaucoup plus de buts qu'avant. Cette image du catenaccio (le "verrou", système hyper défensif propre au football italien du XXe siècle, ndlr) n'a donc plus lieu d'être. Il y a de nombreuses équipes qui jouent bien, avec une philosophie audacieuse. C'est très plaisant. Après, l'autre chose qui frappe ici, c'est la vétusté des stades. Ça m'a beaucoup surpris. En revanche, il y a du monde qui vient. En tout cas quand la Roma joue. Rien qu'au stade olympique de Rome, on a près de 50 000 spectateurs de moyenne, dont beaucoup font aussi les déplacements à l'extérieur.

À chacun de vos passages dans un club, il s'agissait pour vous de franchir un palier. Si la Roma rêve de Scudetto, d'un point de vue plus personnel, la finalité n'est-elle pas de jouer la gagne en Europe ?
Tout doit se faire naturellement. Il faut juste que l'ambition du club colle avec la mienne. Je serais sans doute resté à Dijon plus longtemps si la construction du stade avait avancé plus vite... Au Mans et à Lille aussi, il y avait des projets ambitieux et à la fin de la première saison, on perdait plusieurs titulaires de l'équipe. Ça devenait compliqué, comme ça l'est dans la plupart des clubs français hors PSG et Monaco, d'un point de vue économique. Là, je n'ai aucune raison d'aller voir ailleurs, mais ce n'est pas à moi de dire ce que le club doit faire.

Est-ce que, selon l'expression de votre président, vous vous rêvez en "Alex Ferguson de la Roma" ?
À Lille et à Dijon, j'étais resté cinq ans, ce qui est beaucoup à l'échelle du football moderne. Si ça ne tenait qu'à l'entraîneur de rester longtemps dans un club, il y resterait longtemps. Mais vous savez très bien qu'à la moindre succession de résultats négatifs, on est souvent mis sous pression. L'objectif avec la Roma, le projet du propriétaire américain, c'est de gagner des titres. Maintenant, à nous de nous qualifier pour la Ligue des champions. Ensuite, on verra si les moyens qu'on se donne seront à la hauteur de nos ambitions.

Est-ce qu'entraîner la Roma est une forme d'aboutissement pour vous ou pensez-vous qu'il vous reste d'autres étapes à franchir dans votre carrière ?
J'espère surtout les franchir avec Rome. Si on peut lutter pour le Scudetto et se qualifier pour la Ligue des champions chaque année, et surtout si on peut rivaliser à terme avec les plus grands clubs européens, je n'ai aucune raison d'aller franchir des paliers ailleurs.

Dans l'absolu, le Barça ou l'équipe de France ne vous font pas rêver ?
Ce qui me fait rêver, c'est de gagner des trophées avec l'AS Rome. Ici, il faut venir pour se rendre compte de la passion qui entoure l'équipe... Trois Scudetti en tout au palmarès du club de la capitale, c'est vraiment trop peu. James Pallotta, le propriétaire, veut faire de la Roma l'une des meilleures équipes du continent. Mon rêve, c'est d'y parvenir avec lui.

La Juventus n'est-elle pas trop forte pour la Roma ?
S'ils continuent comme ça, ils vont passer les 100 points en Serie A à la fin de saison. Ils sont bien trop forts pour toutes les équipes italiennes. D'ailleurs, dans n'importe quel autre Championnat européen majeur, ils seraient aussi devant tout le monde, à part peut-être en Allemagne où le Bayern mène un train d'enfer. Cette Juve-là est en train de battre des records. Nous, on ne peut qu'être prêts au cas où elle ralentirait. Si cela n'arrive pas, bravo à elle. On fait déjà une saison au-delà de toutes nos espérances. On a réalisé la meilleure première moitié de saison de l'histoire du club. On ne peut guère faire mieux.

Diriez-vous que rester zen en toutes circonstances est votre marque de fabrique ?
Il y a le Rudi Garcia public et celui du vestiaire. En rester à un unique mode de communication n'est pas efficace. On ne peut pas tout le temps être conciliant dans le dialogue. Moi, je suis un Latin, un Méditerranéen. Alors quand je dois faire comprendre à l'équipe qu'il y a des choses qui ne vont pas, je peux le faire très tranquillement, mais je peux aussi y mettre un peu plus de conviction (rires). Après, si on ne fait que gueuler sur ses joueurs, ça a forcément beaucoup moins de portée... Mieux vaut le faire une fois de temps en temps, quand c'est justifié.

Vous citez Benitez ou Sacchi comme des références, mais ne vous retrouvez-vous pas dans le parcours d'un homme comme Mourinho, dont la carrière de joueur a prématurément pris fin ?
Dans le parcours, peut-être un peu oui... Je lui tire un coup de chapeau parce qu'il a déjà à peu près tout gagné partout où il est passé, ce qui est exceptionnel et force l'admiration. Maintenant, je ne me retrouve pas du tout dans sa manière de communiquer. Comme moi, il s'est plongé très jeune dans le métier d'entraîneur mais je ne sais pas si ça donne un quelconque avantage. Ce que je sais, c'est qu'avoir été joueur, c'est quelque chose qui aide beaucoup pour comprendre la psychologie de ses hommes. Ils ne peuvent vous la faire à l'envers quand vous l'avez fait avant eux. C'est simple et les joueurs le sentent bien. Ça permet d'être sur la même longueur d'onde.

Finalement, qu'est-ce qui vous a tant attiré dans ce métier si ingrat ?
J'ai longtemps pensé qu'il l'était, oui. Mais je crois que c'était pour repousser l'inéluctable. C'est vrai que quand l'équipe gagne, les joueurs gagnent, et quand elle perd, c'est l'entraîneur qui perd... Mais j'avais besoin de vivre des émotions fortes. On fait ce métier pour réussir à concrétiser un projet commun avec les joueurs, amener les hommes vers la victoire. Ces émotions collectives n'appartiennent qu'au sport. Quand un titre vient récompenser tout un travail effectué en équipe, on ressent une satisfaction sans pareil.

Quel regard portez-vous sur le travail de Laurent Blanc à Paris, qui avait d'ailleurs été votre principal concurrent pour ce poste de Mister à la Roma ?
Je suis la Ligue 1 de loin. Je regarde surtout les matches de Lille. Après, je vois bien que le PSG et Monaco font une saison conforme à celle qu'on attendait d'eux. C'est normal, ce sont deux grosses cylindrées. Paris réalise un beau parcours en Ligue des champions. Son ambition d'aller le plus loin possible dans cette compétition est on ne peut plus légitime et logique, surtout qu'il est bien parti pour remporter un nouveau titre de champion de France. L'avenir nous dira s'il est un vrai prétendant à la victoire finale mais c'est une équipe de très haut niveau avec des joueurs fantastiques. C'était déjà le cas l'an passé mais quand vous voyez un Cavani arriver derrière, ça montre toute l'ampleur des moyens économiques de ce club. Grâce à ça, ils peuvent concrétiser leur projet hors-normes. C'est très positif pour le football français. À côté, Lille, Lyon et Marseille sont obligés de réduire la voilure. Heureusement que le PSG et Monaco, en attirant de très grosses stars, sont en capacité de maintenir un intérêt fort sur le Championnat de France.

Craignez-vous de voir Miralem Pjanic céder aux sirènes qataries  ?
Non, pas du tout. Il n'a jamais été question d'ouvrir les négociations. Il est invendable et le club a été bien clair à ce sujet-là.

Est-ce qu'un retour en France représenterait désormais une régression pour vous ?
Ce n'est pas d'actualité (rires). Je n'ai pas de plan de carrière mais je viens d'arriver à Rome, une ville où je me sens très bien dans la culture comme dans la langue. Je reviendrai en France un jour mais je ne sais pas quand... Peut-être quand j'aurai pris ma retraite.

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