Russie-France : à Saint-Pétersbourg, les Bleus jouent dans un stade qui fait scandale

FOOTBALL – Le stade Krestovski, où l’équipe de France affronte celle de Russie ce mardi (17h50 sur TF1), sera l’une des enceintes hôtes de la Coupe du monde 2018. Il a fallu onze ans de crispations, beaucoup d’argent et pas mal de pots-de-vin pour le construire.

Quand un pays accueille une Coupe du monde, il y a toujours un stade plus emblématique que les autres. En Russie, où se tiendra la Coupe du monde 2018, c’est celui de Saint-Pétersbourg, le stade Krestovski, théâtre du match amical entre la sélection locale et les Bleus, ce mardi, qui captera le plus l’attention. 


D’abord parce qu’il a précisément vocation à incarner le grandiloquent savoir-faire russe en matière de construction. Ensuite parce qu’il impressionne effectivement : avec ses 67.000 places, son architecture audacieusement moderne, son terrain et son toit rétractables, et son enceinte intégralement chauffée. Lundi soir, alors qu’il faisait -6°C à l’extérieur (la rivière en face était complètement gelée), Olivier Giroud devait ainsi enlever son sweat-shirt durant son échauffement, la faute aux 15°C ressentis sur la pelouse et en tribunes.

Le stade le plus cher de tous les temps !

Voilà pour la façade. Laquelle, du reste, faisait plus pâle figure lors de la Coupe des Confédérations, sorte de répétition générale du Mondial, qui s’est tenue l’été dernier en Russie. À ce moment-là, les témoins évoquaient un toit laissant passer des fuites d’eau et secoué à la moindre rafale de vent, des champignons essaimant sur un sol gorgé d’humidité, et des tremblements de tout le bâtiment dès que quelqu’un courait dans l’enceinte… Le résultat de plus de dix ans d’un chantier chaotique, qui a fait exploser délais et budget. Son coût estimé varie en effet de 700 millions à 1,3 milliard d’euros. Un record absolu s’agissant d’une enceinte sportive, même en prenant la fourchette la plus basse.

Comment en est-on arrivé là ? Le tournant est survenu en 2009 quand le géant Gazprom, dont le siège historique est basé à Saint-Pétersbourg et qui a financé la construction du stade, a menacé de purement et simplement se retirer du projet, en raison de trop nombreux épisodes de corruption et de détournement de fonds. Vladimir Poutine, forcément aux petits avec l’un des plus grands argentiers du pays, s’en était alors publiquement ému, parlant d’une "bien triste histoire"...

Des ouvriers contraints à travailler gratuitement

Hasard ou coïncidence : contrairement à d’autres, le chantier s’est accéléré dans la foulée. Il faut dire que l’État était allé jusqu’à contraindre les ouvriers à travailler gratuitement durant plusieurs semaines ! Quant aux dernières réparations (fondations renforcées, rouleaux de gazon remplacés, fuites réparées), elles ont entraîné, cumulées aux divers changements de direction, de constructeurs et de fournisseurs, un surcoût chiffré à 600 millions d’euros.

Mais ce qui choque la population locale, ce sont surtout les centaines de milliers d’euros d’argent public qui se sont évaporés dans des petits (ou grands) arrangements. "Comme souvent en Russie, près de 30 % des dépenses se sont perdues en pots-de-vin et commissions", jauge ainsi Piotr Popov, membre du parti d’opposition anti-Kremlin, cité par Les Échos. Et, si le stade en forme de soucoupe volante a désormais fière allure, ces retards et coûts astronomiques n’ont pas donné lieu au moindre débat public en Russie. Sans doute parce que le ballon a déjà capté toutes les attentions.

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