Se remet-on d'une éviction de dernière minute de la liste des 23 ?

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ÉQUIPE DE FRANCE - Ils seront sept, le 2 juin au plus tard, à devoir quitter leurs petits copains au pied de l'avion pour le Mondial brésilien. Un déchirement qui, même lorsqu'il est prévu, n'en reste pas moins l'un des épisodes les plus marquants à l'échelle d'une carrière de footballeur...

"Depuis ma convocation pour la Coupe du monde 2010, je peux dire comme c'est beau de représenter la France, de découvrir toutes ces cultures mélangées au stade." La joie profonde décrite par Marc Planus, ce mardi dans L'Équipe, dit tout de ce qu'un Mondial peut provoquer chez un joueur. Elle permet aussi de réaliser à quel point, à l'inverse, la déception de ne pas en être se révèle si intense qu'elle peut briser n'importe quelle carrière. C'est l'histoire de ces évictions de dernière minute au moment de réduire à 23 une liste d'abord élargie dont la France s'est fait une spécialité, cultivant les psychodrames depuis 16 ans. À l'heure où Didier Deschamps va, à son tour, devoir assumer cette pénible charge , retour sur ces tragédies qui font aussi l'histoire du football français.

"Pas besoin de spéculer, les jeux sont faits, a déclaré Samir Nasri dimanche. Je partirai en vacances et je regarderai la Coupe du monde à la télé. Je pense que le sélectionneur n'a pas grand chose à me reprocher. J'ai fait un mauvais match en Ukraine (défaite 2-0 en barrage aller), comme mes coéquipiers. Le reste, ce sont des faux semblants, des fausses excuses." Le joueur aura le temps d'avaler son aigreur, cachée derrière cette posture de défiance. Ce qui ne sera pas le cas des sept recalés que retiendra Deschamps ce mardi soir. Car, bien que prévenus d'avance cette fois, ils ne pourront quitter sans douleur leurs partenaires juste avant qu'ils ne décollent pour le Brésil.

Anelka : " Rares sont ceux qui ont pu se relever après"

Exemple les plus marquant : le 21 mai 1998, Aimé Jacquet avait évincé six hommes (Nicolas Anelka, Lionel Letizi, Sabri Lamouchi, Ibrahim Ba, Pierre Laigle et Martin Djetou) juste avant le triomphe tricolore à domicile. "Ce n'était pas une bonne idée parce que cela fait toujours mal, avait ensuite pointé Anelka, alors âgé de 18 ans, qui avait vu Thierry Henry le dépasser de justesse et s'était faussement félicité, ensuite, d'avoir pu passer son permis de conduire cet été-là. Rares sont ceux qui ont pu se relever après." On se souvient effectivement qu'un Ibrahim Ba en pleine ascension avait sombré dans la dépression, perdant dès la saison suivante le fil et le sens de sa carrière.

Djetou, 23 ans à l'époque, a lui aussi connu une suite de galères après cette éviction. Dans un blog hébergé sur le site des Dernières nouvelles d'Alsace , il témoignait en 2008 : "Je reverrai toujours M. Jacquet avec ses fiches à la main. On a tous été reçus en même temps dans sa chambre. Il a pris la parole pour dire ce qu’il pensait de chacun et finalement annoncer qu’on n’était pas retenus. C’est là que Lamouchi est intervenu : 'Excusez-moi de vous interrompre, mais ce que l’on a envie d’entendre c’est pourquoi nous n’allons pas à la Coupe du monde.' Je n’ai toujours pas la réponse."

Djetou : " Je ne te cache pas que j’étais souvent bourré"

La suite ? "J'étais très très touché, même si je n’ai pas vécu cela comme une injustice. J’étais en concurrence directe avec des joueurs clés, comme Deschamps ou Desailly. N’empêche que sur le coup, c’est dur à digérer. Alors avec Lamouchi, on a appelé un taxi et nous sommes allés boire un dernier verre à Paris... Et finalement, je suis resté un semaine dans la capitale. Je ne te cache pas que j’ai fait la tournée des bars et que j’étais souvent bourré. Jamais je ne suis autant sorti de ma vie. J’avais besoin d’évacuer. Le sélectionneur nous avait préparé un programme d’entretien et avait nos portable pour nous joindre au cas où... Mais pour être franc, je n’avais pas la tête à ça."

L'ex-tour de contrôle de l'AS Monaco raconte, enfin, les conséquences concrètes de ce traumatisme. "En mai 2000, l’équipe de France préparait la Coupe des Confédérations au Maroc avant de partir pour l’Euro. J’ai alors expliqué à Roger Lemerre que je ne voulais pas participer au stage de Tignes, si je n’avais pas l’assurance d’être retenu. Je n’avais aucune envie de revivre 98. C’est bien, on a parlé comme des adultes, m’a-t-il dit. Mais il ne m’a plus rappelé, m’a descendu dans un papier de l’Équipe et a finalement emmené Karembeu, avec lequel j’étais en concurrence." Fuir cette épreuve, c'est donc dire adieu aux Bleus. Les bleus à l'âme, eux, font partie intégrante des risques du métier.

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