Diffusion de la CAN 2019 à l'Institut du monde arabe : "On voit presque ça comme une mission de service public"

Football
INTERVIEW - A Paris, L'Institut du monde arabe (IMA) organise depuis le début de Coupe d'Afrique des Nations la retransmission des matchs dans ses locaux. Des événements qui suscitent la ferveur des supporters. Romain Pigenel, directeur stratégie et des relations extérieures de l'institut nous en parle.

A chaque matchs, les places partent comme des petits pains. Et la ferveur est grande. Depuis le début de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), l'institut du Monde Arabe (IMA), à Paris, diffuse gratuitement toutes les rencontres et accueille les nombreux supporters venus soutenir leur équipe. Alors que la sécurité a été renforcée dans plusieurs villes pour éviter les débordements en vu de la finale de ce vendredi soir entre le Sénégal et l'Algérie, et que 282 interpellations ont été dénombrés dimanche dernier lors de la qualification des Fennecs, l'IMA semble, lui, bien étranger à ces débordements. 


Romain Pigenel, directeur stratégie et des relations extérieures de l'institut, nous raconte la genèse de projet qui rencontre un large succès.

LCI : Pourquoi avoir choisi de retransmettre les matchs de la CAN à l'Institut du monde arabe ?

Romain Pigenel : A la base, il s'agissait d'événements "collatéraux" organisés autour de l’exposition "Foot et monde arabe". Nous diffusions notamment les matchs dans lesquels jouait Mohamed Salah (la star du foot égyptien, ndlr), qui est l’un des sujets de l’exposition. Puis, avec le magazine So Foot, on a testé la diffusion des matchs de la CAN et ça a pris une très grande dimension !

Il y a vraiment une demande énormeRomain Pigenel

LCI : Le succès est-il au rendez-vous ?

Romain Pigenel : On a été submergé par la ferveur ! On s’est retrouvé dans une situation où les 300 à 400 places mises à disposition chaque fois partaient d’abord en une heure, puis en trente minutes, jusqu’à atteindre un niveau dingue. Dimanche dernier pour Algérie-Nigéria, on a ainsi dû ouvrir en urgence une deuxième salle pour accueillir 1000 personnes, car des centaines de personnes attendaient dehors sans billet en espérant de pouvoir rentrer. C’est devenu quelque chose qui nous a dépassés et, maintenant, on voit presque ça comme une mission de service public. 


Pour la finale ce vendredi soir, que l’on diffuse sur le parvis de l'IMA, le nombre de places a toutefois été restreint pour des raisons de sécurité. Nous n'avons mis "que" 2000 places en jeu : elles sont parties en 10 minutes ! Potentiellement, on pourrait réunir plusieurs milliers de personnes, probablement plus de 10.000. Il y a vraiment une demande énorme que nous seuls ne pouvons pas absorber. 

LCI : Etes-vous les seuls à organiser de telles retransmissions à Paris ?

Romain Pigenel : Sur grand écran, il me semble que l’on soit en effet les seuls à Paris. Il y a des bars, bien sûr, mais sur des périmètres plus restreints et avec des ambiances moins familiales. Une grande partie de notre public nous dit d'ailleurs qu'il n’y a pas de grands endroits festifs et populaires pour voir ces rencontres-là entre amis, en famille. Je pense que l’on a comble ce manque-là, et c’est pour ça que ça marche aussi bien.

L’ambiance et le spectacle sont quasiment plus dans la salle que sur l’écranRomain Pigenel

LCI : Comment se déroulent les diffusions ? Dans quelle ambiance ?

Romain Pigenel : Pour les rencontres de l’Algérie, les gens arrivent une à deux heures en avance et, dès qu’ils sont dans la salle, il y a des chants, des banderoles. On a de vrais supporters de clubs algériens qui viennent régulièrement et qui sont équipés avec des derbourkas (un instrument de percussion, ndlr), des tambours. Ça chante sans arrêt, du début à la fin du match. L’ambiance et le spectacle sont quasiment plus dans la salle que sur l’écran. Il y a des jeunes, des vieux, des étudiants, des gens qui viennent en famille, entre amis. Il y a vraiment quelque chose de particulier autour des matchs des Fennecs. Il y a une ferveur, une ampleur qui est, à mon avis, semblable à ce qu’il se passe actuellement en Algérie. 

LCI : Y-a-t-il eu des débordements ?

Romain Pigenel : Aucun, et c’est ça qui est formidable ! Dimanche dernier, nous croulions sous les demandes, il y avait quand même 1000 personnes présentes en même temps dans trois salles de l’IMA, mais il n'y a pas eu un seul débordement. A la fin, les gens nous aidaient même à ranger et à nettoyer. C'est vraiment une ambiance chaleureuse, fraternelle, c’est exceptionnel qu’il y ait autant de monde. 

LCI : Comment expliquez-vous cette ambiance bon enfant ?

Romain Pigenel : D'abord, je crois que c’est parce que les choses se sont faites par le bouche à oreille, avec un public qui n’est pas forcément habitué de l’IMA. Je pense d'ailleurs que beaucoup de gens y viennent pour la première fois. En revanche, depuis, certains sont devenus des habitués des retransmissions. On reconnait des visages. Les gens invitent leurs amis, qui invitent eux-même les leurs… donc il y a ce côté un peu familial. On attire à mon sens un public qui est le "vrai" public franco-maghrébin, c’est-à-dire des français comme les autres, qui n’ont pas envie de mettre le boxon mais juste de voir les matchs. Peut-être que s'il y avait plus d’endroits comme le nôtre, nous verrions bien plus ce public, qui est majoritaire, et que l'on donnerait moins d'importance à ceux qui viennent pour casser.

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