Terrorisme - Abdeslam Ouaddou souligne "l'ambivalence" du Qatar

Terrorisme - Abdeslam Ouaddou souligne "l'ambivalence" du Qatar

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ANALYSE - Ancien international marocain, de confession musulmane, Abdeslam Ouaddou a vécu devant sa télévision le "moment tragique" subi par de nombreux Français vendredi dernier. Dans une longue interview accordée aux journalistes de Ouest-France, l'ex-Nancéien s'est (entre autre) interrogé sur le rôle du Qatar dans le fonctionnement de Daech, auteur des attentats perpétrés à Paris il y a sept jours.

Habitant de Lorraine, né au Maroc et élevé à Nancy, Abdeslam Ouaddou est attaché à la France. Le terrible drame vécu par les Français vendredi dernier a évidemment marqué l'ancien Nancéien, qui a raccroché les crampons il y a un peu plus de deux ans. "Je ne vous cache pas que le lendemain des attentats, on s’est tous réveillé avec une boule au ventre. Moi qui m’efforce d’inculquer à mes enfants des valeurs en adéquation avec la République tout en restant attaché à mes convictions musulmanes, c’est vraiment dur", a-t-il commenté lors d'une longue interview accordée aux journalistes de Ouest-France

"Au lendemain des attentats, j’ai modifié mon profil sur les réseaux sociaux en y ajoutant un drapeau bleu-blanc-rouge. Si vous saviez ce que j’ai pris derrière…, a enchaîné le jeune retraité de 37 ans. Ce qui me fait peur, c’est que les gens fassent l’amalgame. C’est pourquoi les gens de confession musulmane qui vivent en France depuis un moment doivent s’exprimer. Car ces terroristes n’ont rien à voir avec l’Islam. On ne peut pas associer l’Islam, qui est une religion de paix et de tolérance, à une organisation terroriste."

"Au Qatar, on m'a dit que je n'étais pas un vrai musulman, que j'étais un croisé"

Selon Abdeslam Ouaddou, "la communauté musulmane doit cesser de jouer sur l’ambiguïté. Elle doit s’unir et dire haut et fort qu’elle est contre ces atrocités." Le joueur révélé à Nancy et passé par Fulham et Rennes estime qu'"on ne parle jamais d’une seule voix. On ne sait jamais à qui on a affaire. Il y a trop de mouvances. Trop d’ambiguïtés." Des ambiguïtés au premier rang desquelles on retrouve selon lui les relations entre la France et le Qatar. "On stigmatise une communauté, on prône un Islam de France, et de l’autre, la France ouvre grand ses portes à un pays comme le Qatar qui prône des valeurs rigoristes, dénonce-t-il. Lorsque j’ai joué là-bas de 2010 à 2012, j’ai entendu des gens me dirent que je n’étais pas un vrai musulman, que j’étais un croisé, parce que j’étais un franco-marocain et que je revendiquais les deux cultures. Avouez qu’on n’est pas très clair avec ça."

Et l'ancien défenseur longiligne d'en remettre une couche sur l'état qui finance notamment le PSG. "C’est facile de s’acheter une bonne image à coups de pétro dollars et de présenter un tout autre visage sur son sol, affirme-t-il. Il y a une ambivalence du Qatar qui, d’un côté, investit beaucoup d’argent à Paris, et de l’autre financerait en secret Daech." Abdeslam Ouaddou s'interroge alors : "Comment une organisation d’à peine 50 000 hommes comme l’état islamique arrive à terroriser un pays comme la France. Comment fait-elle pour subvenir à ses besoins ? Qui lui achète son pétrole ? Qui lui fournit des armes ? Qui est derrière tout ça ?"

L'heure n'est pourtant pas au défaitisme et Ouaddou estime que la France doit repenser "l’organisation de sa sécurité. Cette dernière n’est plus compatible avec le monde dans lequel on vit. Si l’on garde ce système, on ne sera pas à l’abri. Tout le monde a peur de ces gens-là, y compris les musulmans de France que les terroristes assimilent parfois à des laïcs, à des bisounours. Ensuite, il faudra tirer les leçons de ce qui s’est passé en s’intéressant au profil de ces terroristes. Qui étaient-ils ? Des jeunes en perdition, lâchés par la société, et qui ont choisi de se tourner vers des gens qui leur ont promis la lumière en les valorisant. Il ne faut plus que cela se reproduise. Il ne faut plus perdre autant de jeunes en cours de route…"

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